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mardi 4 avril 2023

Un Dimanche Ordinaire à la Ferme


En trois jours et autant d’années, l’auteure m’emmène à la campagne, la France profonde celle du St-Nectaire. 1967, une exploitation fermière, ça sent la vache, ça sent le fromage. Et dans cette fragrance paysanne, lorsque les volets se referment à la nuit tombée, des coups et des silences. Lourds à porter, les maux deviennent de plus en plus suffocants pour cette épouse. Ce sont ces mots que je devine à travers ses pensées et ses silences, c’est son histoire, celle d’une femme-épouse, trois enfants en trois ans, dans une ferme d’un petit village du Cantal qui décida un jour de 1967 de ne pas revenir au foyer. Un dimanche ordinaire à la ferme.

« Le dimanche matin, quand ils partent, il gueule mais il ne cogne pas, il se retient, elle ne sait pas pourquoi et ne cherche plus à comprendre. Elle n'a jamais rien compris, elle s'en rend compte maintenant, quand il est trop tard. Elle pose le chemisier, la jupe, une combinaison, sur la chaise, à côté de la cheminée, sans les ranger puisqu'elle les portera demain pour descendre. Elle ne rentre plus dans sa robe bleue, celle de l'été dernier, avec une ceinture ; même avec la gaine neuve sous la combinaison ; pas la peine d'essayer. Sa mère dira, tu as encore pris ma pauvre petite. »
 
Elle se sent seule dans cette ferme, elle ne comprend plus, elle ne se comprend plus. Elle ne reviendra plus, quoi qu'en disent sa mère, les voisins, le village. Trop de violence entre les lignes. Et le courage d'affronter enfin ces regards.

dimanche 25 décembre 2022

La Pluie de Gould


 « C'est comme s'enfoncer dans une forêt ébouriffée. Ou marcher au bord de la rivière. On arpente sa vie. On choisit un chemin. On s'y habitue. On tente de retenir la route. L'itinéraire. C'est normal, il faut un biais pour découvrir. Un plan. Le chemin devient familier. Rassurant. On élabore nos propres repères. A partir de ce que l'on connaît. Mais on ne connaît rien. Les vrais ignorants ignorent leur ignorance. C'est un peu comme voir le paysage par une petite, petite, toute petite fenêtre. Et finir par croire que ce paysage se limite à ce qu'on en perçoit par cette petite, petite, toute petite fenêtre. Au lieu d'essayer d'élargir la fenêtre. De casser les murs. On préfère réduire ce paysage. Penser qu'il n'est que ce que l'on en voit. S'en contenter. C'est plus confortable. Et puis un jour on se rend compte que le monde est plus grand que nos yeux. Et on reste là, perdus. Au bord du vertige. »

Ici ça va. Enfin c’est pas moi qui le dis, c’est Thomas qui l’affirme là-bas. Il vient de s’installer dans une maison abandonnée avec une cabane désarticulée. Avec sa femme Ema. La maison de son enfance. Et les voilà, le joli couple aux sourires insouciants, en train de retaper la baraque. Je regarde par la fenêtre, il pleut, ça sent bon l’herbe mouillée. J’espère qu’ils ont fini de réparer le toit.

Là-bas, ça va donc. De vieilles pierres, de vieilles malles. Et de vieux souvenirs qui resurgissent du passé. En même temps que la reconstruction d’une maison, c’est la reconstruction d’une vie qui se joue aussi. Et d’un couple…

« Elle sentait bon la bière et la sueur des femmes. »
 

dimanche 24 avril 2022

Mon Étoile Belge, Putain putain

 

Une plage à Ostende
là où les regards s'étendent,
au-delà de l'horizon bleu pétrole,
là où les rêves se nappent d'alcool.
 
Une nouvelle étoile s'illumine
sans fard ni fond de teint
en compagnie de David, Mark ou Alain,
ma lune bleue, mes amphétamines.
 

vendredi 26 novembre 2021

Home-Run


Prendre son temps. D’ailleurs, tu es pressé ? Pas moi. J’ai 700 pages et des poussières et quelques bières. Pas que ce dernier élément ait son importance, c’est juste pour la rime et j’en suis pas très fier, même pas de frime. Donc au départ, c’est une question de temps et de courage. Oui, il faut du courage pour assister à un match de base-ball. Tellement lent, tellement long, qu’il en faut du temps, autant que pour lire un roman de John Irving que pour boire quelques bibines.

Parce qu’il va s’en dire, que le John en question, lui il aime aussi prendre son temps. Il faut plusieurs centaines de pages pour planter le décor ou envoyer une balle de base-ball à son receveur. Surtout que là, ce sont les minimes qui jouent. Et pourtant de l’action, il va y en avoir. Imagine la plus belle des mamans, celle que tous les autres papas se retournent pour regarder ses hanches et son cul ! Et son sourire si craquant, ses cheveux au vent, avec ses lunettes de soleil plantées dedans, et pan… La balle lui tombe sur la tête, une vengeance des Dieux peut-être, et re-pan plus de maman. Out. Ou home-run en jargon base-ballistique. 

« Nous ne faisions que jouer, me semble-t-il. Nous avions onze ans l'été où ma mère mourut. C'était notre dernière saison en minimes et nous en avions plus que marre. Je trouve déjà le base-ball ennuyeux ; et la dernière saison en équipe minimes ne sert que de prélude aux interminables périodes de base-ball qui menacent d'innombrables Américains. Pour mon malheur, les Canadiens affectionnent aussi le base-ball, tant comme joueurs que comme spectateurs. C'est un jeu avec de longs moments d'attente, un jeu où l'on espère avec une exaspération grandissante une action d'une exaspérante brièveté. Au moins, dans les équipes minimes, les gosses jouent beaucoup plus vite que les adultes, grâce à Dieu ! Nous ne passions pas notre temps à cracher ou à nous gratter les aisselles ou le pubis, mimiques apparemment essentielles à la bonne marche d'une partie adulte. Mais il faut tout de même attendre entre les lancers, attendre le bon vouloir de l'attrapeur, laisser l'arbitre examiner la balle après chaque coup - et attendre que l'attrapeur trottine jusqu'au monticule pour chuchoter au lanceur ses instructions pour le lancer de la balle, puis attendre que l'entraîneur se traîne sur le terrain afin de supputer avec le lanceur et l'attrapeur les possibilités du prochain lancer...

Ce jour-là, lors du dernier tour de batte, Owen et moi attendions stoïquement que le match s'achève, nous ennuyant à tel point que l'idée ne nous vint pas qu'une vie humaine allait s'achever ainsi. »

samedi 28 décembre 2019

C'est pas la Fin du Monde

Les dernières pièces de théâtre que j’ai lu doivent remonter à mes années collèges. Je ne sais même plus, depuis ces lustres ancestraux, son auteur, un type qui se faisait prénommer Molière ou Corneille, peu importe, bref ce classicisme scolaire m’ennuyait profondément, parce que j’ai toujours pensé que le théâtre se vivait d’abord avant de se lire…

Alors, je me suis dit, avant d’annoncer ma mort imminente – à moins qu’intérieurement elle soit déjà survenue, il fallait que je me remette au théâtre, par choix, par goût et plus par obligation. Et du coup, pas n’importe quel texte. Il fallait quelque chose qui me transcende, la dernière pièce de théâtre, le dernier acte d’une vie. Celle qui servira de testament ou de chronique posthume car demain sera juste la fin du monde.

J’adore Xavier Dolan, même si j’ai une nette préférence pour ses films dans sa langue natale, et c’est avec beaucoup de plaisir (encore plus qu’à sa sortie en salle) que je me suis replongé dans la campagne française avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Nathalie Baye, adaptation cinématographique d’une pièce de Jean-Luc Lagarce. Il fallait que je jette mon dévolu sur ce texte et ô combien que j’ai apprécié ce plaisir, presqu’autant qu’une bonne broue aux saveurs locales d’outre-Atlantique. Merci Xavier de m’avoir permis de m’aventurer hors de mes prairies habituelles où l’herbe aromatisée à la vodka est si verte…

mardi 30 juillet 2019

Le Silence des Cimes


« Peut-être aurions-nous vraiment pu rester là-haut pour toujours, et personne ne s’en serait jamais aperçu. »

A la recherche de fraîcheur et de plantes pour Génépi, mon regard se porte vers là-haut, vers l'infini et au-delà des nuages, des cimes majestueuses parcourues par des bourrus locaux, des chamois ou quelques touristes. Que vais-je bien y trouver là-haut que je n’aurais pas ici, en bas ? Le silence, probablement. Car plus l’on monte, plus il est accepté, probablement pour pouvoir y communier toute l’essence de son être avec celle de la nature. L’amitié aussi. C’est dans ces hauteurs au milieu de la rocaille et du silence que va se forger une amitié forte, et durable, espérons plus que les neiges éternelles qui fondent à vue d’œil, entre deux gamins, un de la ville, l’autre d’ici. Pietro et Bruno au cœur de la vallée d’Aoste. L’apprentissage de la vie, la vie de son père aussi.

« En montant, j’aimais m’arrêter une minute au bord du lac. Je me penchais pour caresser l’eau et en sentir la température au contact de ma peau. Le soleil, qui illuminait les cimes du Grenon, n’était pas encore arrivé jusque dans la vallée, et le lac gardait une qualité nocturne, comme le ciel quand il ne fait plus noir et que le jour tarde à venir. Je ne me rappelais plus très bien les raisons qui m’avaient fait m’éloigner de la montagne, ni ce que j’avais aimé d’autre quand je ne l’avais plus aimée elle, mais j’avais l’impression, en la remontant chaque matin en solitaire, que nous faisions lentement la paix. »