
Une première note de piano, je ferme déjà les yeux, mon esprit vogue au-delà de la rivière, bien loin d'une fugue d'hiver. Et pourtant, si près, je sens les vagues m'envahir. Mon corps plonge, l'eau est froide. J'ouvre les yeux, j'ouvre mon cœur, l'eau est bouillante. J'ai longtemps été bercé par la musique éthérée du label ECM, aux confins du jazz et du silence. Je me suis immédiatement reconnu dans ces sonorités, comprendre le silence entre les notes.
Le voyage m'amène sur les rives de la tristesse. Le minimalisme du piano s’associe au violoncelle de David Darling. Et le violoncelle me plonge souvent dans les souvenirs, des vagues de mélancolie s'échouent sur le rivage de ma vie, une écume blanche recouvre l'immobilité du sable mouillé. Note la métaphore.
Jon Christensen économise ses gestes, sa batterie distille quelques coups de cymbales, toujours avec parcimonie. Car si la musique se veut subaquatique, elle est aussi légère et aérienne que la grâce d'une baleine en rut dans la baie du Saint Laurent.
Entre deux silences ou des accords de guitare, il est de convenance d'écouter les sublimes percées de Terje Rypdal, guitariste que j'admire depuis son Odyssey de 1975. Ses riffs transpercent les rivages de la mélancolie pour sombrer dans l'extatique. Ils m'hypnotisent, le regard laissé au loin sur l'horizon. La mer qui n'en finit pas. L'océan sans fond sans marge sans limite. Bleu profond, noir. Gris même parfois comme mon âme qui s'aventure dans la pochette de ce disque.
