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mercredi 24 juillet 2024

Je me noie


  Je me noie. Je suis en train de me noyer. D’habitude, l’homme s’agite dans l’eau, essaie de faire des signes à sa femme restée sur le bord de l’eau. Mais en ai-je réellement envie, au fond de moi. Je bascule au fond de l’eau, les flots me ramènent à la surface, je replonge dans les tréfonds. Une crampe à la jambe droite, pas la gauche, non, juste la droite et je me noie.

  Et pendant que je plonge une nouvelle fois, mon regard intérieur plonge dans mon âme sous l’eau. Je repense à cette fois-ci où j’ai failli me noyer, déjà, une nuit de 1986, lorsque enfant, j'ai essayé de repêcher 11 briques de lait UHT dans le port de Dieppe. Je me demande encore pourquoi je ne me suis pas noyé cette nuit-là, cela aura facilité bien des choses. Oui, si seulement je m’étais noyé en 1986…

  « Mes poumons seront bientôt remplis de l’eau du lac. Entre ce moment et ma mort, il y aura certainement quelques secondes, ou une seconde seulement. Je produirai un dernier mouvement involontaire, j’imagine. Comme une cornemuse qu’un sonneur vient de poser sur une table se vide de son air en s’affaissant et agite bourdons et chalumeau dans une dernière imploration, je produirai un dernier mouvement et ce mouvement continuera sans moi. Je l’aurai initié de mon vivant et il perdurera dans ma mort tout comme une palombe criblée de plombs reste dans le ciel le temps de sa chute. » 

dimanche 24 décembre 2023

La Playlist d’un type Ordinaire


 « La leçon que j'ai tirée de la débâcle avec Charlie, c'est qu'il faut boxer dans sa catégorie. Charlie était d'une autre classe : trop jolie, trop maligne, trop spirituelle ; trop. Je suis quoi, moi ? Ordinaire. Un poids moyen. Pas le cerveau du siècle, mais pas débile non plus : j'ai lu des livres comme L'Insoutenable Légèreté de l'être, L'Amour au temps du choléra, et je les ai compris, je crois (ils parlent des filles, c'est ça ?), mais je n'ai pas beaucoup aimé ; mon palmarès des livres, c'est Le Grand Sommeil de Raymond Chandler, Dragon rouge de Thomas Harris, Sweet Soul Music de Peter Guralnick, Le Guide du routard de la galaxie de Douglas Adams, et je sais pas, un truc de William Gibson ou de Kurt Vonnegut. Je lis le Guardian et l'Observer, et aussi le New Musical Express et des fanzines ; je ne suis pas contre aller à Camden voir des films sous-titrés (palmarès des films sous-titrés : 37,2 le matin, Subway, Attache-moi, L'homme qui voulait savoir, Diva), mais finalement je préfère les films américains (palmarès des films américains, et donc des meilleurs films du monde : Le Parrain, Le Parrain II, Taxi Driver, Les Affranchis, Reservoir Dogs). »

J’entame donc l’histoire d’un pauvre type qui s’est fait larguer et qui depuis une dizaine d’années reste obnubilé par cet amour. Disquaire de profession et dans l'âme, il vit pour et dans la pop et le rock. Heureusement que la musique le sauve de son morne quotidien. Le rock, donc et les listes. Le jazz aussi mais ça c'est une autre histoire, pour un second tome. Il a cette manie, lubie, qu’à chaque instant marquant de sa vie, il fait des listes : les 5 nanas inoubliables, ou les 5 ruptures inoubliables, c’est la même chose, les 5 bouquins à emmener sur une île déserte (1.Moon Palace…), les 5 musiques à écouter à 15 ans en se masturbant (1.Violator…), les 5 disques sur lesquels on peut - doit - faire l’amour au moins une fois dans sa vie (1.The Köln Concert…). Bref les listes de 5, c'est sa life, putain de vie.

dimanche 1 janvier 2023

Funiculi Funicula


Une chaleur moite, la sueur qui dégouline le long de ma chemise, ladite chemise qui a changé de couleur depuis, j'erre dans les méandres de la solitude et des rues aux néons illuminés. Une devanture qui me fait ni chaud ni froid, pourtant je descends quelques marches pour accéder à ce café, le "Funiculi Funicula". 
 
Quelques personnes à l'intérieur, un vieux à la table du fond, un pauvre type dans son coin seul à sa table avec une bière, une dame presque diaphane au milieu dans une robe immaculée blanche... Malgré tout, ce que je perçois au premier abord, c'est le coté tempéré du café, ni trop chaud, ni trop frais. Et presqu'en dehors du temps, de ce temps, de notre temps. Peut-être parce que le café est en sous-sol par rapport à la rue... Et cela se ressent aussi dans l’atmosphère qui s'y dégage. Étrange, comme un univers parallèle. Fascinant comme une paire de jambes qui se croisent et décroisent. Envoûtant comme le parfum d'un sourire. Jasmin.

"Sous l'effet de l'attraction terrestre, l'eau coule de haut en bas. Nos âmes exercent une force d'attraction, elles aussi. Face à quelqu'un qu'on estime et en qui on a confiance, on ne peut pas mentir. On ne peut pas s'empêcher de se montrer sous son vrai jour. En particulier dans les moments où on essaye de cacher sa tristesse ou ses faiblesses."

dimanche 13 novembre 2022

Dans La Sloche


Elle se voit comme la Antigone de Sophocle, pourtant autour d’elle, ses connaissances la voient comme la Antigone de Robert Laflamme, ce piètre écrivain québécois qui fait chavirer le cœur et l’esprit de milliers de lecteurs québécois. Elle n’en peut plus, elle, Sapho-Didon Apostasias. On lui parle toujours de Laflamme, de son Antigone, son flagrant portrait, de tous ces avatars de Réjean Ducharme, de tous ces pseudos-écrivains du Québec. Elle n’en peut plus du Québec ? Mais ça va aller. Ou pas. Parce qu’elle veut en finir. A la place de « ça va aller », ça pourrait s’appeler j’ai la haine, j’ai la rage, je veux mourir… Je pourrais rajouter plein de sous-titres mais je retiens surtout cette notion de rage et de désespoir, cette incessante envie d’en finir quand on n’est plus à sa place, quand on ne trouve plus sa place dans cette société-là. Et de ça, je le comprends parfaitement. La haine. Je la comprends parfaitement. Le dégoût. Même dans les flaques de sloche.

« Montréal en mars est parfois comme une caresse. Je pose avec délectation mes pieds dans les grandes flaques de sloche, je me laisse soulever par la douceur de l'air plus doux et j’éclabousse mon grand manteau noir en gloussant de plaisir. C'est le dégel qui, cette année, nous vient en avance, comme un messie. Que m'annonce cette fonte du monde qui m'entoure ? Que s'écoule-t-il dans ce ruissellement des eaux ? Qu'advient-il de moi au printemps ? Qu'arrive-t-il aux filles qui n'ont plus rien à perdre ? Aux filles perdues dans les rues de Montréal où il est impossible de ne pas trouver son chemin ? Que deviennent les Didon québécoises ou les Antigone des cieux floconneux ? »

lundi 2 mai 2022

Carnet Intime du Quotidien et du Vide

un jour de septembre (vendredi)
Je descends du taxi, comme dans un rêve, devant l'entrée de ce petit ryokan, perdu et si petit devant ces cryptomérias qui l'entourent, une forêt parée de vert et d'or en cette saison. Je me repose sous le regard complice de la lune. Un clair de lune qui illumine le kimono de cette femme, juste prêt à s'ouvrir pour prendre un bain d'étoiles et de poésie. Les rayons de la nuit recouvre d'un voile sa nudité si blanche, si belle, aussi blanche et parfumée qu'une fleur de jasmin. Je déambule dans les jardins aux alentours, attendant l'appétit ou l'envie de vivre. La pénombre commence à m'envelopper au fur et à mesure que je marche vers la profondeur de la forêt, je ne sais pas si je retrouverai mon chemin, de pierre, de terre, de fraîcheur végétale, je continue d'avancer jusqu'à tomber aux détours d'un bosquet, devant une auberge. Je m'y engouffre, soirée mousse. Au menu, de la mousse. Rien d'autres. Des mousses délicates et délicieuses, elles poussent derrière cet arbre, celles-ci légèrement plus âcres se ramassent à l'ombre des grosses pierres. Même le jus est vert. Qui oserait boire un verre de jus vert dans une nuit dédiée à la mousse. Rassasié je suis, et retrouve la voie de mon futon, guidé par les voix de ces jeunes filles, apprenties geishas.
 
un jour de mai (mardi)
Je découvre que c'est la journée internationale de la Chouffe. Je chouffe, alors. Chouffes-tu avec moi. Chouffons donc ensemble. Pourquoi pas. Comme ça, une idée saugrenue. Farfelue. Je sais je ne sais pas mettre de la folie dans une vie. Ma folie, c'est ma Chouffe. La Chouffe, c'est ma vie. Je décrète ainsi, le mardi journée mondiale de la Chouffe, même si mon monde s'est restreint à quelques centimètres de poussière.
 

jeudi 13 mai 2021

Tu es con

 

Deux frères, une femme. 

Gilles, l’aîné est journaliste dans l’“art-de-vivre”. Fabien, le cadet est star de ciné. Au milieu, Annabel, une troublante femme, chevelure brune et yeux qui pétillent. De quoi en tomber amoureux. De quoi en faire son obsession. Il suffit de plonger dans son regard devant un verre ou sur un quai de gare. 

Il y a des rencontres qui ne se commandent pas, elles sont simplement là, et de cette évidence naît une passion, plus qu'une envie passagère, plus qu'un un désir à l'intensité du sourire, elle est obsession. Gilles l’observe, timidement, secrètement, il la désire fiévreusement, la belle Annabel ne quitte plus son esprit. Jour. Nuit. Soleil, brume, lune. Elle est partout. Elle déambule boulevard des Batignolles. Je la suis, Gilles aussi. Place Wepler, bistrot d’en face, je m’installe en terrasse, elle prend une burrata, je prends une bière. 


« Elle s'en alla légère dans l'après-midi de printemps, heureuse d'avoir été baisée. C'est l'un des moments dans ma vie où j'ai le plus regretté de ne pas être une femme. »

dimanche 26 janvier 2020

HP. Ignition


Un banc sous un arbre, quelques pigeons s’y sont abandonnés. Une note de silence, la musique de ma vie. Je m’assois. Quelques oiseaux fredonnent leurs ébats envolés. Seul. Mon regard se pose sur cette grande bâtisse qui se dresse devant moi, à l’ombre du soleil. D’un autre âge, austère malgré son nom fleuri, j’ai la triste impression de me retrouver face à une prison sans barreaux. Les Primevères, HP. Ignition.

« Je refusais de manger. Ils ont fini par me poser une sonde afin de m’alimenter. Chaque soir, avant d’aller me coucher, un infirmier fait rentrer le tube par mes narines. Deux poches de liquide opaque me nourrissent. Le tube remplit mon estomac. Je ne connais pas son goût, j’imagine un lait concentré chimique saveur protéines, glucides, lipides, vitamines. Vers quatre heures du matin, un infirmier vient me changer les poches. Deux litres par nuit. Gavée, comme une oie. J’attends l’abattoir. Mon corps rejette le liquide, il a compris. Il goûte : oppression, soumission, détention, gavage, remplissage. Il dégoûte. »


dimanche 10 novembre 2019

Cours de Biochimie

Cela commence comme dans un rêve. Deux filles superbes et brunes descendent de voiture, je regarde leurs sourires dans ma combinaison bleue de garagiste, un short moulant, une mini-jupe mini, ce parfum d'ivresse, de jasmin et de chatte humide. Je fond pour un sourire, et craque pour leurs culs croquants. Terriblement bandant cet effet qu'elles me font sur une route ensoleillée de l'Andalousie, dans la province d'Almeria. J'ai chaud, même dans les rêves, dès qu'il y a du soleil, je sue à grosses gouttes de plaisir de voir ces courbes danser autour de moi, comme un morceau de glace dans un verre de mojito, ces seins qui dansent le hula hoop sous mes yeux prêts à gicler des larmes de bonheur et de jouissance. Pour parfaire la tableau idyllique de cette scène, la radio diffuse un extrait de « Ummagumma », le plus grand album rock de l'histoire du rock et de tous les temps. Cela en devient presque trop pour moi, l'éjaculation est déjà au bord du drame quand je pose ma main au bord de leurs fentes sans défense et ouvertes à mes propositions.

C'est à ce moment-là que je me réveille, me demandant ce que je fais dans cette putain de vie qui n'en finit pas. J'avale ma salive, amère, en même temps que mon comprimé blanc et ovale. Le café coule, ploc-ploc, au goutte-à-goutte dans la cafetière. Noir, un demi-sucre pour accompagner ma triste destinée dans un monde où la biochimie s'est substituée à mon plaisir. Mon taux de sérotonine (c'est fou comme ce mot me renvoie à mes cours de biochimie de M. Pelmont) sanguin croit en même temps que la ferme virilité de mon membre décroit. Point final d'une vie.

samedi 28 septembre 2019

Sur une Musique de Bashung


Mettre un disque sur la platine, se servir un verre, la soirée sera longue, tristesse intime à faire hennir les chevaux de plaisir. Le roman, pas d’une franche gaieté. Bien calé à l’arrière d’une dauphine, je commence l’ouvrage, avec un minimum d’entrain, je dois l’avouer. Je ne sais pas, j’ai du mal, trop biographique pour moi, pourtant j’aime la noirceur. L’histoire d’un deuil, l’histoire d’une femme. Delphine revient sur sa mère, Lucille, qui a souffert tout au long de sa vie. Et pour comprendre la vie de cette femme, elle doit remonter jusqu’à son grand-père, Georges au comportement aussi autoritaire et intransigeant qu’ambigüe. Lucille, pour moi, c’était avant tout la guitare de B.B. King, je reste dans l’univers de la musique, rien ne s’oppose à la nuit. Osez remuer le passé, osez marcher sur l’eau et éviter les péages, osez écrire tous ces secrets. Lourds de sens, ces silences étouffés n’en demeurent pas moins insupportables. Mais je n’accroche pas à la vie de Georges, elle m’ennuie presque, je sais pourtant qu’elle est indispensable à la suite, du roman, du récit. En fait, j’aimais surtout lire les doutes de l’auteure sur le besoin d’écrire l’histoire de sa mère, un livre qu’elle n’aura jamais lu.

« Lucille est devenue cette femme fragile, d’une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s’est tenu au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée, humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité, murée dans sa solitude. »

mardi 25 décembre 2018

A Love Supreme


« Épilogue : Un an après cette aventure, John Coltrane fut canonisé par le pape sous le nom de Saint Trane. Le premier volet de son œuvre A LOVE SUPREME remplaça le GLORIA dans la messe catholique. »

Prendre un verre de vin, mettre un disque de jazz, ouvrir ce petit livre rouge. La révolution, par le vin, par le jazz, par le communisme. Un beau programme sur une Afrique des années 70, une vision colorée… monochrome en Rouge. Il n’y a que du rouge, même dans la couverture. Les premières nouvelles parlent de cette période où le communisme devient la religion d’état. Avec une verve toute africaine, Emmanuel Dongala s’amuse de ces situations derrière lesquelles se cachent une pointe de cynisme et de désillusion. Sortir de la colonisation blanche pour verser dans la colonisation rouge… avec du vin rouge qui tâche… âpre et écorchant.

« Les gens de Pointe-Noire sont de grands buveurs de bière et de vin rouge importé, ce qui fait qu'à cette heure où commence la nuit, ils envahissent les buvettes comme les insectes nocturnes courent à la lumière, afin d'étancher une soif accumulée toute la journée dans cette ville où il fait particulièrement chaud malgré la présence de la mer. »

Nuit noire, nuit blanche, quatre heures du mat’, la bonne heure pour penser à ma misérable vie, ou l’oublier. Le froid pointe, je ne suis pas à Pointe-Noire malheureusement, les femmes couleur ébène s’immiscent dans mon monde de rêves et de musique, des tambours qui auraient pu être du Bronx mais qui viennent des bidonvilles, et surtout du jazz. Un verre de vin... De palme, c’est toujours mieux qu’un vieux rouge qui râpe la gorge. Je mets un disque sur la platine. Le soleil est couché mais sa lumière reste intense, au fond de mon cœur. La lune se dévoile, éclaire mes ondes, sensuelle, blue moon je l’appelle, et Sun Ra m’illumine.

mardi 20 novembre 2018

Poem for a Loser, Place Plume


Autant te le dire de suite, j’ai été attiré par le titre, « Les Perdants héroïques : Inventaire de débuts sans fin heureuse », le côté perdant probablement même si la face héroïque semble de trop.

Autant te le dire de suite, la couverture, hideuse au pas possible (Actes Sud m’avait habitué à mieux), aurait dû me faire fuir. Grave erreur, je n’ai pas suivi cette fuite. Je suis resté à cette table, j'ai bu ma bière, une Carolus d'Or pour celles et ceux que ça intéressent, île flottante pour sourire à la vie et me perdre ainsi dans les méandres de la vie de ces perdants.

Autant le dire de suite, si je suis allé vers ce roman de Miguel Albero, c’était aussi pour en découvrir un peu plus sur la littérature espagnole, olé, qui n’a rien de olé olé ici. Une littérature du genre à mettre de l'eau gazeuse dans son vin rouge... 

Et je ne vais donc pas te faire languir plus longtemps sur l’histoire, quelques mois et bières après, j’ai pratiquement tout oublié de ce roman qui pourtant fait voyager, notre vieux protagoniste partant à la recherche de son ami et des différents perdants héroïques. Qu’est-ce qu’un perdant héroïque, me diras-tu ? Si, si, tu fais semblant d'être intéressé à mon bouquin... C’est un type qui s’inscrit au marathon et qui 600 m après le départ se rend compte que ce n’est pas pour lui et file discrètement au premier virage. C’est un type qui a le titre de son premier roman, mais qu’ensuite n’arrive pas à remplir les pages blanches de celui-ci. Etc, etc... bla bla bla Olé !

samedi 25 août 2018

Un goût de bois, de sel et de poussière


« Nous longeons des hauts fourneaux, des stations-services et des caravanes alignées sur le bord de la route. »

Avec un goût de poussière dans la bouche, le dos fourbu par cette route interminable et cahotante. Je crache par terre le peu de salive qui me reste en bouche. Ma main, par habitude, plonge dans la glacière mais ressort à nue. J'ai déjà bu la dernière bière il y a bien soixante miles. C'est donc avec un sourire salutaire que je tourne le volant, et m'engouffre dans ce qui ressemble le plus à de la vie, un soupçon de vie dans une poussière balayée par le vent. Ferme la vitre ! on n'arrive plus à respirer.

« Il engage sa vieille voiture dans le parking d'un vaste bâtiment en bois surmonté d'un panneau qui annonce 'The Ranch' en grandes lettres malingres. Le soleil commence tout juste à se coucher, mais l'endroit est aussi illuminé que Las Vegas. Toute une armée de pick-up sales encombre le parking. »


Se frayer un chemin entre les rétroviseurs et les pare-chocs chromés et suivre le brou-haha d'une meute gueularde et assoiffée. Un lieu qui n'a pas de nom, comme un ranch sans nom. Un air abîmé, par le temps, la poussière et le fracs de la vie, j'imagine déjà les âmes qui y règnent. De la peine et de la bière qui coulent à flot sur le comptoir et qui déversent son lot de solitude et de tristesse. Être un cow-boy solitaire a son revers, celui de se retrouver seul à boire sa bière, dans la fraîcheur d'une pénombre en coin, ou dans un coin d'une moiteur extrême.
  

dimanche 13 mai 2018

Une Nuit à San Francisco


Il y a certaines musiques qui rentrent dans votre vie comme des hommes ou des femmes, sans en comprendre la raison. Combien de fois me suis-je retrouvé à déambuler dans le port de San Francisco, (Sittin' on) The Dock of the Bay, la lumière bleutée de la nuit ou de la lune pour illuminer mes désirs nocturnes. Une musique qui se balade de jazz et de folk, un mélange multiculturel de blues et de ballades entre l'Irlande et l'Amérique.

Cet album, je le chéris plus que tout au monde. Il m'a tant apporté de bonheur dans mes nuits d'insomnie ou mes errances solitaires. Il a été un compagnon de route. Tu veux te faire un concert ? Pars à San Francisco, une nuit illuminée, un concert inoubliable. 

Il est quatre heures du matin, quand cette musique be pop a lula m'entraîne seul sur cette avenue, au cœur de la baie ou au plus profond de mon cœur. Des chœurs qui s'enchaînent, et cette voix de crooner qui me chavire, une trompette qui me chet et où mon esprit divague sur les vagues du rivage, visage en sueur et en pleurs d'une nuit ô combien émouvante.

vendredi 5 janvier 2018

La Solitude du Bento

« La solitude me sonne dans la tête. Un son de clochette, très aigu, à me casser les oreilles. Pour que les autres ne le remarquent pas, je lacère une photocopie. Fines et longues lanières. Le bruit agaçant du papier qui se déchire couvre au moins celui de la solitude. »

Elle occupe un bureau, au fond de la classe. Seule. A la pause, elle se pose à la fenêtre et regarde la cour de récréation. Seule. A midi, elle s’installe pour manger son bento. Seule. La solitude au lycée ne se vit pas forcément bien. Jamais réellement choisie, surtout quand les groupes de travail se forment et qu’à la fin, elle se retrouve toujours seule, ou la dernière à être choisie pour intégrer d’autres filles qu’elle trouve immatures.

A quelques rangées de là, il y a bien ce garçon qui lit cet étonnant magazine de mode en cours de maths. Il parait même plus seul qu’elle. Elle tente un rapprochement. Il l’intrigue, la façon dont il s’isole du reste du monde. Un début de quelque chose, peut-être… Sauf que le garçon n’a d’yeux et de pensée que pour cette stupide mannequin-chanteuse-vedette, avec des jambes aussi longues que… Un vrai otaku.

lundi 24 juillet 2017

Bière, Cachaça, Rhum

« - Je viens des regrets, je vais vers le rêve et je suis là par hasard.
Silence perplexe. Jamais personne, à Esmeralda, n’avait proféré de phrases aussi sibyllines. »

Le soleil semble se coucher dans la moiteur de la jungle. Seul au comptoir, je bois ma bière en silence, silence de la jungle. Clac, un moustique en moins, tâche noire et sang sur le comptoir. Le silence se fait de nouveau, silence de la jungle. Le serveur me sert un verre de cachaça. Le perroquet se tait. L’atmosphère se bloque. Il se trame un truc. Et dans truc, je n’entends rien de sexuel, à mon grand regret, la seule pute du village est avec le colonel. Un truc du genre spirituel, un verre de rhum se pose sur le comptoir. Il fait soif. Pour contrer le triptyque chaleur-humidité-moustique, en Amazonie, on compose avec bière-cachaça-rhum. Le remontant de la vie. La musique de la vie. D’ailleurs, à propos de musique, suis-je le seul à l’entendre ? Je me retourne, personne dans la taverne. J’ai déjà oublié que je suis du genre à boire seul, dans ma vie. Le silence s’est subitement tu. Des notes sortent du fleuve. Un piano blanc qui vogue le long du Rio Negro. Étonnant. Je crains d’avoir trop bu. Et pourtant, tout le village est là, sur les rives d’Esmeralda, curieux de cette musique, et de cet étranger qui joue du piano assis, les yeux fermés.

Il s’appelle Amazone Steinway, Amazone comme le fleuve, Steinway comme le piano. La musique de la vie, la vie est un long fleuve pas aussi tranquille que l’Amazone.

mercredi 14 juin 2017

une Orgie de Chouffe

Comment peut-on se séparer d’un John Fante. L’illustre Fante si cher à Bukowski, sa renommée posthume le lui doit bien. Petite histoire du livre version objet, avant de démarrer dans le vif du sujet. Je le découvre, les pages plus que jaunies. Il sent le vieux, il sent le vécu. Des rides sur la tranche qui le rend encore plus beau à mes yeux. En fait, c’est comme les femmes, leurs rides leur donnent tant plus de charmes. Surtout s’il est question d’ « orgie ». Mais ne te fis pas au titre et revenons au délice orgiaque. Le livre jauni, odeur humide, majeur en émoi, s’est retrouvé par le plus grand des hasards sur une brocante charentaise, son précédent lecteur nul doute qu’il est à appeler au masculin parce que Fante est fait pour les mâles qui ont du poil sur le torse. Première aberration : comment peut-on vendre sur une brocante un Fante ? Du coup, un homme, encore un peu jeune, un peu de poil sur les pattes et sur le menton, le repère, le prend, ne négocie même pas. Un Fante ne se négocie pas, jamais. Seconde aberration : cet homme, qui respire pourtant l’intelligence, ne le lit pas et me l’envoie aussitôt. Je ne peux rien dire, juste à accepter ce cadeau. Avec jubilation, même. Un nouveau Fante, ça ne se refuse pas, jamais. Un jour, petit, tu deviendras un homme et tu liras John Fante.

Deux nouvelles dans « l’orgie ». La première qui porte son nom me parle de son père. Fils d’immigré italien, la famille est importante. Le paternel, la fondation d’une famille. Il y est question d’une mine d’or et donc du père de ce jeune garçon. Un père qui boit, un père qui voit d’autres femmes que sa mère. Beurk. Le petit s’en trouve traumatisé, sonnant la fin de l’innocence enfantine. Ce père qu’il estimait tant descend en chute libre de son piédestal. Il y est aussi question de religion. Dans cette famille catholique et italienne, la foi de sa mère et ses prières incessantes deviennent lourdes à porter pour ses frêles épaules. Surtout quand son père lui demande une certaine solidarité masculine vis-à-vis des mensonges avec sa mère. La fin d’un couple à ses yeux de jeune rital.

« Dieu avait répondu à mes questions, dissipé mes doutes, restauré ma foi ; le monde était de nouveau acceptable. Le vent était tombé, les flocons descendaient doucement comme de silencieux confettis. Grand-maman Bettina prétendait que les flocons de neige étaient les âmes du ciel qui revenaient sur terre pour une brève visite. Je savais que ce n'était pas vrai mais que c'était possible ; j'y croyais parfois quand l'envie m'en prenait.J'ai tendu la main devant moi, de nombreux flocons sont tombés dessus, étoiles qui vivaient quelques secondes, et après tout pourquoi pas ?
Peut-être l'âme de Grand-papa Giovanni, mort il y avait maintenant sept ans, ou celle de Joe Hardt, notre camarade de la troisième base, tué l'été dernier sur sa moto, et toute la famille de mon père dans les lointaines montagnes des Abruzzes, grands-tantes et grands-oncles que je n'avais jamais connus et qui avaient quitté ce monde. Et toutes les autres, ces milliards d'âmes mortes, les pauvres soldats tués au combat, les marins perdus en mer, les victimes de la peste et des tremblements de terre, les riches et les pauvres, tous ces êtres morts depuis le commencement des temps, tous condamnés sauf Jésus-Christ, le seul dans toute l'histoire de l'humanité qui soit jamais revenu, le seul et unique, mais y croyais-je vraiment ? » 

vendredi 2 juin 2017

Du Speed, de la Fumée et un Lac en Feu

 

Je te l’accorde, c’est le plus connu, je n’ai donc rien à dire dessus, encore moins à écrire. Tout a été dit, écrit, pensé, joué ou mimé. Oui, moi je mime Ritchie Blackmore à la guitare. Chacun ses héros. Dis tu vois pas de la fumée au-dessus du lac ? Pff, arrête de fumer, ou fais tourner ta Chouffe. C’est les pieds dans l’eau, eau froide d’un lac de montagne, lac de Genève, que le disque s’apprécie le mieux. L’eau est fraiche, mais la chaleur monte dans les veines. Une chaleur endiablée même. La nuit bien sûr. Pour voir les étoiles sous le clair de lune. Clair bleuté, étoiles scintillantes, autoroute lactée vers le ciel, prendre l’escalier pour le septième ciel, non, je me trompe de groupe, même année pourtant. Le rythme est soutenu dès le premier titre, une longue cavalcade où je chevauche la plus belle des pouliches. A rugir de plaisir, sauvage comme un lion. Speed, complètement speed, l’intro. Du speed et du metal, yep mec, du bon vieux riff, ce jour-là, ou cette nuit-là, dans un bus, le speed metal est né. Hallelujah. Speed King, plus fort et bien meilleur que Burger King. Non mais, tu sens pas cette odeur de brûlé ? Arrête tes délires, tu as déjà vu un lac en feu… Heu oui, je crois dans les années soixante-dix… Bon OK, mais c’est parce que le gars il chauffait trop le manche de sa guitare ? Ritchie ? Non, trouduc… Frank. Le Frank de Zappa & the Mothers of Invention. Il parait qu’il a mis le feu au chapiteau. Waouh, la légende. Yep, mec.  En attendant, écoute la batterie de Ian Paice. Yep, mec, elle claque. Et le gars à la guitare il assure un max. Yep, mec, Ritchie, on revient toujours à Ritchie, sa guitare illumine ma putain de vie comme un arc-en-ciel musical. Rainbow on my fucking life. Et la basse sur Pictures of Home ! Yep, mec, Roger Glover, je l’adore ce type love is all, l’âme de Deep. De toute façon, y’a pas à négocier : Deep Purple c’est 5 garçons dans le vent, Jon Lord, Roger Glover, Ritchie Blackmore, Ian Paice et Ian Gillan. Y’a eu des gars avant, y’a eu d’autres gars après. Y’avait des titres avant, des titres après. Le label Mark II. Deep Purple ne sera jamais mort, tant qu’il en restera un, le dernier. Mais cette formation-là reste le summum, celle qui me procure le plus de frissons et d’émotions. Mais, bon, cet album est bon, y’a tous les bons titres qui feront vivre l’âme des concerts suivants : Smoke on the water, Lazy, Space Truckin’. 

mardi 11 avril 2017

Jaï Alaï

«…dans la vie, il n’existait pas de marche arrière. »

Par où commencer une chronique quand un roman bouleverse les pages de ta vie. Je découvre Jean-Paul Dubois avec ce livre sur « la succession », le deuil, la vie et l’amour impossible. Petit aparté d’entrée de jeu avant d’oublier, sur un sujet à peu près similaire, mon grand coup de cœur de l’année précédente était signé Philippe Claudel, « l’arbre du pays Toraja », roman qui n’a pas eu le droit à sa chronique ne trouvant les mots pour exprimer mon bouleversement. Comme souvent quand on bouleverse ma vie. Un roman donc qui a eu le droit à mes silences et dont je lui rends un peu hommage ici. Mais revenons au Pays Basque…

Par où ?
La Floride, bien sûr, Miami. Du soleil, des boites de nude girls, et le paradis des strings, bien sûr. Non oublie toutes es émotions, tu n'es pas dans un roman de Tom Wolfe qui a tant su me vanter les charmes de Miami et ses atouts proéminents. Florida, orange sanguine et sex on the beach… Je me dois donc de délaisser la plage, ses marais de crocodiles et ses danseuses latinas pour me concentrer sur cette corbeille en osier, fabrication directe et exclusive du Pays Basque par l’entreprise familiale ô combien réputée Gonzalez, que les aficionados nomment en bon basque chistera, ces trois murs qui se dressent devant moi, une foule hurlante, les paris sont fous, parier sur moi, le pauvre type, le jeune médecin un peu fou qui a plaqué la médecine de papa pour vivre de sa passion, la pelote basque.      

dimanche 29 janvier 2017

Vague à l'âme, Peyotls et Cowgirls

J’enlève mes santiags toutes poussiéreuses avant de pénétrer l’antre du ranch de « la Rose de Caoutchouc ». C’est que je tiens encore un peu, si peu, à ma vie qu’il serait dommage que je me fasse estropier, flinguer, castrer par la renommée Bonanza Jellybean. Elle tient d’une main de maîtresse ce ranch où, bonheur des yeux et des culs, seules des cowgirls sévissent dans ce lieu de fantasmes et de peyotls.

Sissy, de longues jambes, un pouce démesuré à Richmond, Virginie. Défaut majeur dans sa plasticité certes, mais c’est le stetson vissé sur sa crinière qu’elle va user de son appendice et de son charme pour sillonner les routes d’Est en Ouest, du Sud au Nord, version autostop. Ça a du charme l’autostop, et je n’hésiterai pas à arrêter mon pick-up pour la prendre dans ma cabine hurlant le vague à l’âme de Johnny Cash.

« South Richmond était un quartier de trous de souris, de rideaux de dentelle, de catalogues de chez Sears, d’épidémies de rougeole et de sandwichs au salami où les hommes s’y connaissaient plus en carburateur qu’en clitoris. »

Ce roman de Tom Robbins fera des étincelles dans ma tête, dans mon esprit, dans ma libido. A chaque page, son image, son délire. L’auteur abuse des substances hallucinogènes. Sous quelle forme ? Champignons, entre autre, mais pas que, tant son imagination totalement débridée épouse un univers totalement déjanté. Depuis que j’ai tourné ces pages, je rêve chaque nuit de cowgirls, je rêve de leur pays une bière assis au comptoir, elles les longues jambes croisées dans une minijupe bien serrées, moi les yeux dans le vague, l’âme dans la vague, rêve d’une vague de whisky qui viendrait me fouetter le visage de son embrun iodé.