C’est
le jour de la Saint Patrick – jour qui se prolonge nuit après nuit dans mon
univers parallèle. Et quand on s’appelle McCarthy, un nom qui donne l’origine
de son sang et de sa soif au peuple irlandais, on s’engouffre forcément dans un
pub McCarthy pour y venir la célébrer dans la bienveillance d’une
lumière tamisée de quelques néons, un toucan se reflétant dans le miroir en
face du comptoir. Tu commandes une pinte de Guinness. Le barman prend son temps
pour venir prendre ta commande. Il commence à la tirer, puis une pause
s’impose, faire reposer les bulles, essuyer quelques verres, regarder autour de
soi, te regarder, même te causer. Il se trouve que je ne suis pas du genre à
causer. Alors j’attends, j’en commande même une seconde tout de suite, histoire
d’éviter la panne sèche du gosier entre deux pintes. Le barman continue sa
tâche, il tire la suite de ma pinte, écrête le surplus de mousse, mousse
onctueuse et soyeuse, un nuage immaculé dans un verre qui donne envie de s’y
plonger.
« Une fois tirée
la moitié de ma pinte de Guinness, le patron la laisse reposer trois minutes,
comme le veut la tradition séculaire. Ça permet à la bière de se clarifier. Et
au barman de demander qui on est, d’où on vient, et pourquoi on se trouve là.
Les autres clients écoutent en hochant la tête. Ensuite il finit de tirer la
pinte, lisse la mousse avec la lame d’un couteau tout jauni, et attend qu’on
trempe les lèvres dans le breuvage. »