L’histoire d’une femme, j’aime les histoires de femmes, c’est mon côté potin mondain entre deux verres de vin, en cristal les verres bien entendu.
Le roman d’un sexe, une toison brune, des jambes qui s’écartent, la sève qui s’écoule ; c’est mon côté voyeur entre deux verres d’un single malt, l’aventure dans cette inconnue qui s’ouvre à moi.
La musique sauvage, riffs sur les sentiments, pas de quoi siffloter la joie de vivre, le bonheur conjugal. Un western sans poussière avec mise à mort de l'âme, pendue à la branche du chêne familial, une balle perdue dans le cœur du plaisir.
Mais le roman, la femme, le sexe se composent sans douce mélodie autour de l’addiction. L’addiction au sexe, l’addiction maladive qui détruit, à commencer par soi-même, puis autour de soi. C’est du brut.
Et comme toute addiction reconnue, il y a surtout une énorme souffrance, la perte de son âme, la peur de l’autre, puis celle de la découverte. Malgré un mari et un enfant, Adèle est ainsi, prise dans le tourbillon malsain de ses pulsions, celles du sexe à tout-va, en tous lieux. Il y a la vie de façade et puis sa vie intérieure et bouillonnante.
« Et puis, ils sont allés à Montmartre. « Ça plaira à la petite », répétait Monsieur. Place Pigalle, ils ont pris le train touristique et Adèle, coincée entre sa mère et l’homme, a découvert le Moulin-Rouge avec terreur.
Elle garde de cette visite à Pigalle un souvenir noir, effrayant, à la fois glauque et terriblement vivant. Sur le boulevard de Clichy, vrai ou pas, elle se souvient d’avoir vu des prostituées, par dizaines, dénudées malgré la bruine de novembre. Elle se souvient de groupes de punks, de drogués à la démarche chancelante, de maquereaux aux cheveux pommadés, de transsexuels aux seins pointus et aux sexes moulés dans des jupes léopards. Protégé par le cahotement du train aux allures de jouet géant, serrée entre sa mère et l’homme qui se lançaient des regards lubriques, Adèle a ressenti pour la première fois ce mélange de peur et d’envie, de dégoût et d’émoi érotique. Ce désir sale de savoir ce qu’il se passait derrière les portes des hôtels de passe, au fond des cours d’immeuble, sur les fauteuils du cinéma Atlas, dans l’arrière-salle des sex-shops dont les néons roses et bleus trouaient le crépuscule. Elle n’a jamais retrouvé, ni dans les bras des hommes, ni dans les promenades qu’elle a faite des années plus tard sur ce même boulevard, ce sentiment magique de toucher du doigt le vil et l’obscène, la perversion bourgeoise et la misère humaine. »
