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dimanche 20 novembre 2022

Les Empanadas de Violeta

«Alvaro Vives part de bonne heure tous les dimanches pour aller chercher les empanadas chez Violeta. Il aime le lent trajet toujours par les mêmes rues jusqu'à l'autre bout de la ville, non seulement pour la paix que procure une habitude ininterrompue, mais aussi parce que les empanadas de Violeta sont véritablement magistrales - un déjeuner dominical chez Chepa et Alvaro Vives, répètent les amis et parents invités, n'est pas un déjeuner sans les empanadas de Violetta : cette pâte parfumée, légère, et la farce juteuse, cuisinée avec un équilibre très étudié. Oui, après avoir mangé une empanada de la Violeta des Vives, à côté toute autre semble faite de chiffons mous et farcie d'un hachis puant le cadavre. »     
 
Ce dimanche-là, comme tous les autres dimanches, le jour du seigneur et des empanadas. Les femmes sont parties à la messe, les hommes au bistrot. Le soleil tape, la sueur dégouline déjà de sous ma chemise. Même la poussière a la flemme de s'envoler et reste collée à la route. Je m'installe devant la télévision, mieux que la messe, le feuilleton, façon télénovelas, épisode 69 qui raconte des histoires d'amour, des histoires de sexe et surtout des histoires d'empanadas. Et à propos d'empanadas, celles de Violetta sont si exquises qu'elles mettraient à genoux le curé de la paroisse avant son vin de messe. Elles parfument la cuisine jusqu'aux étages regroupant les chambres qui d'habitude présentent plus des odeurs de naphtaline. Mais le dimanche est un jour particulier, et ce parfum quel délice, j'imagine le jus de la viande qui coule dans ma bouche lorsque je mords dedans et englobe mon palais... C'est chaud, c'est exquis, c'est divin. Comme une bouteille de vin. C'est brûlant, c'est sublime, c'est divin. Comme un entrelacement de jambes et de sexes entre les draps blancs.
 

jeudi 11 février 2021

Mariage à Tegucigalpa

L’année dernière, je me suis embarqué pour le Honduras. J’ai été tellement pris par ce voyage, empêtré dans la poussière et la chaleur de ce pays, que je n’avais pas encore pris le temps de noter mes mémoires. Et pourtant… J’y ai rencontré du beau monde à Tegucigalpa, en particulier Erasmo Mira Brossa, célèbre avocat et président du Parti national hondurien et de son épouse doña Lena Mira Brossa, bourgeoise hautaine. D’ailleurs, c’est jour de fête à Tegucigalpa : ils marient leur fille Teti avec Clemente. Aux dires de doña Lena, il est bien trop âgé pour elle – vingt-cinq ans de plus - mais pire que tout il est communiste et encore plus pire que tout il est salvadorien. Alors Mira qui n’ira pas à ce mariage enferme le pauvre Erasmo dans la salle de bain pour l’empêcher d’aller également au mariage de sa propre fille. S’ensuivent alors des dialogues truculents, des situations grotesques pour ne pas dire absurdes par porte interposée. Sublime à épanouir les sourires du lecteur devant son verre de bière ou de la lectrice dans son maillot brésilien.

« Il y a plus de chances que l'homme marche sur la Lune que les Salvadoriens sur les trottoirs du Honduras », comme s'il y avait un rapport quelconque entre le grand voyage de l'espace de Neil Armstrong et cette guerre stupide.

Moi, chaque fois que je peux, je préfère regarder les informations sur l'alunissage plutôt que celles qui empoisonnent la vie avec cette maudite guerre, mais les journaux ressemblent à des chiens enragés, ils ne parlent que de combats, d'incursions, de prises de villes et de biens qui me mettent les nerfs en boule, comme si les pas de l'homme sur la lune n'étaient pas plus importants qu'une guerre entre deux pays frères.