"- Harry, combien de temps faut-il pour écrire un livre ?
- Ça dépend.
- Ça dépend de quoi ?
- De tout."
De la poussière, des poils et des litres de bières, de bourbon et de vodka à l'herbe de bisons...
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
A la faveur d'une colline de ouf, genre dos d'âne surpuissant qui meurtrit à chaque passage les vieux amortisseurs, tu ralentis, pries religieusement au nom du père et de tous les seins, ton heure a sonné, tu entends les cloches de l'enfer se fracasser dans ton crâne imbibé de bières et de gin... c'était ça l'esprit du rock'n'roll. Ça fait mal à la tête mais putain ça te purifie l'âme.
Tu montes le son, avec l'âge tu as perdu quelques décibels acoustiques, à moins que ça soit l'abus de guitares illicites dans les tympans. Tu as gardé ton uniforme d'écolier, casquette, short et cartable, aux bons souvenirs des cours de biochimie, la chimie des hormones et de la fermentation, les fers de lance de la vie sur Terre ou en Enfer. Car il est toujours question d'enfer lorsque tu mets les doigts dans la prise, surtout le majeur à t'ébouriffer les cheveux, riffs sauvages sur courant alternatif. Le pouvoir du rock'n'roll est toujours là, fidèle à ses principes et à ses solos.
Souvent j’associe intérieurement musique et littérature. Non pas que j’ai besoin de musique pour lire, cela dépend juste du moment, et surtout du lieu. La musique me sert pour m’isoler du reste du monde, afin de pénétrer au mieux dans le livre. Pénétrer quel beau mot, surtout quand le roman est écrit par une femme que je trouve des plus magnifiques. Mais la beauté ne fait pas tout parce qu’en plus, elle sait m’émouvoir avec ses silences et ses notes de musique, un piano aux accents du sud, Aix-en-Provence, la Camargue, le Vercors, les loups. Le roman me faisait un poil peur, poil de loup, poil de bison, une touffe d’émotion. Je n’imaginais pas que la femme pouvait être parfaite, m’émouvoir autant par sa crinière brune et par son interprétation de Beethoven que par la mise en scène de sa biographie, mélangeant souvenirs d’enfance, références musicales et passions animales. Les passions bestiales, ça me cause… Une passion physique, même.« J’avais le sentiment physique d’être englobée par la musique. »