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lundi 4 novembre 2024

Un Soleil Ivre De Rage Tourne Dans Le Ciel


« Elle se redresse pour prendre son walkman, qui doit être à ses pieds. Bernard Lavilliers la bercera. Alice écoute en boucle la cassette d'O Gringo depuis qu'elle a quitté Québec, elle connaît "Sertao" par cœur. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc. [...] Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte. Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir. »

Le long du fleuve Maroni, dans les années 80, un soleil ivre de rage tourne dans le ciel, Alice s'offre une virée en Guyane, Bernard Lavilliers dans son casque Koss, pour oublier sa vie québécoise. Elle profite de ses vacances pour se ressourcer au vert, un vert jungle, un vert comme l'enfer, mais ça elle ne le sait pas encore.

Trente ans après, Flora s'occupe de la succession de sa mère tout juste décédée et œuvre en parallèle auprès de femmes victimes de violence conjugale. Dans un Québec neigeux, elle sentira l'humidité obscure de sa vie. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc, ils l'emmènent sur une autre terre où est enfouie de lourds et profonds secrets que ni sa mère, ni son père qu'elle adorait pourtant n'avaient souhaité déterrer. 

mardi 16 juillet 2024

La Nuit De Noël Où Je Quittais Valparaiso


  C’est la nuit de Noël à Valparaiso. La petite Caroline, 7 ans, rêve encore du père Noël quand ses parents lui apprennent qu’ils partent tous ce soir en avion direction le Canada. Ils quittent tout, la terre, la famille, les camarades de classe et la poussière de leur maison. Jamais ils n’y reviendront, tel est un pays au Pinochet règne encore sur la majestueuse Cordillères des Andes. 
Dis maman… 
C’est où le Canada ? 
Dis maman… 
C’est encore loin le Canada ?

  « Hochelag', c'était surtout juste chez nous. Bétonné, crade, frette, poussiéreux. Ça puait tout le temps sur Sainte-Catherine Est. Les roteux, la marde de chien, la pisse de gars saoul, le sperme séché, les vieilles botches de cigarette, la bière cheap tablette, les vidanges qu'on met sur le bord du trottoir n'importe quel jour, l'enfermé même dehors. Ça sentait le scrap. Ça sentait la misère. Il y avait personne de perdu à Hochelag'. Tout le monde était emprisonné dans la dèche, captif de son passé, séquestré par la vie, reclus dans sa solitude. » 

lundi 15 avril 2024

Kurt Cobain n'est pas mort


Catherine pour son quatorzième anniversaire reçoit en cadeau de la part de ses parents un roman, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée... Le programme est presque annoncée ainsi dans ce roman initiatique de l'adolescence, apprendre la vie de ses propres moyens, toutes expériences autorisées dans le Chicoutimi-Nord, là où il fait ben frette une grande partie de l'hiver. La meilleure période, celle des campes au fin fond des bois, autour de la chaleur d'un feu et d'une bouteille de vodka qui circule de mains en bouches, premières baises, premières drogues.
 
"Le matin de ma fête, mes parents s'étaient chicanés. Mon père était rentré à quatre heures du matin. Il était aux danseuses avec des clients. Ma mère était en beau maudit. Elle haissait ça, les danseuses. C'était juste des crosseuses qui prenaient tout l'argent des gars dans le bar. Mon père a dit à ma mère que c'était à cause de ses clients qu'il s'était ramassé là. C'était tout le temps la même affaire. Les gars de Montréal voulaient y aller quand ils venaient au Saguenay sans leur femme." 

Pis, Catherine pour son quatorzième anniversaire se rend chez le coiffeur. Elle veut les cheveux de Mia Wallace dans Fiction Pulpeuse. Des cheveux noirs comme la nuit sans lune, elle est belle, elle fait dix-huit ans au moins, Pascal va la regarder et pis Keven aussi qui va la regretter. Tout le monde autour va halluciner, même Marie-Êve. Les gars sont beaux, et elle aussi maintenant. Comme dans les films en noir et blanc. Comme les lagopèdes à queue blanche.
 

mercredi 4 novembre 2020

la Fin du Monde

 


Sophie Bienvenu est devenue en l’espace de trois romans une incontournable, une icône sanctifiée de ma littérature « 100% pur laine et sirop d’érable entre les Joes ». Je l’adore, cette nana, le genre à écouter du Pink Floyd, ça se ressent dans son écriture. Ou du Kurt Kobain dans un vieux chandail. J’adore ses histoires qui me font à la fois sourire et pleurer. J’adore le sirop d’érable, son spleen, la façon dont il s’écoule sur le corps d’une femme. Et la fin du monde, n’en parlons même pas, elle fait partie intégrante de ma vie. Bon, fini de parler de ma vie qui n’intéressera pas grand monde, retrouvons-nous autour d’elle.

 

C’est l’histoire de Florence. Autour d’elle, gravite tout un tas de gens, qui l’approche, la touche, se rapproche, s’éloigne. Chaque chapitre est un fragment de vie, une petite étincelle qui s’allume ou s’éteint dans l’entourage de Florence. Toutes ses vies, de près ou de loin, forment ainsi le puzzle de sa vie, et celui de sa mère qui l’a laissée à l’adoption à sa naissance, celui d’un roman choral dont les pages se tournent aussi facilement que les bières se décapsulent. C’est dire, la frénésie de la vie dans ce coin-là, là où des baleines surgissent devant le silence d’un kayak, là où des types silencieux coupent du bois pour l’hiver et des nanas à l’accent drôle et au débit rapide pellètent la neige devant chez elles pour retrouver le char garé la veille dans le noir...

 

« Je m'assois un peu au soleil sur le banc [...], histoire de profiter des derniers rayons de soleil avant un autre hiver qui va durer toute la vie. C'est con, depuis que je suis arrivée au Québec, j'ai la chanson de Joe Dassin qui tourne en boucle dans ma tête chaque mois d'octobre. Il m'arrive d'ailleurs de mettre une robe longue, histoire de ressembler à une aquarelle de Marie Laurencin. »

 

samedi 28 décembre 2019

C'est pas la Fin du Monde

Les dernières pièces de théâtre que j’ai lu doivent remonter à mes années collèges. Je ne sais même plus, depuis ces lustres ancestraux, son auteur, un type qui se faisait prénommer Molière ou Corneille, peu importe, bref ce classicisme scolaire m’ennuyait profondément, parce que j’ai toujours pensé que le théâtre se vivait d’abord avant de se lire…

Alors, je me suis dit, avant d’annoncer ma mort imminente – à moins qu’intérieurement elle soit déjà survenue, il fallait que je me remette au théâtre, par choix, par goût et plus par obligation. Et du coup, pas n’importe quel texte. Il fallait quelque chose qui me transcende, la dernière pièce de théâtre, le dernier acte d’une vie. Celle qui servira de testament ou de chronique posthume car demain sera juste la fin du monde.

J’adore Xavier Dolan, même si j’ai une nette préférence pour ses films dans sa langue natale, et c’est avec beaucoup de plaisir (encore plus qu’à sa sortie en salle) que je me suis replongé dans la campagne française avec Gaspard Ulliel, Vincent Cassel et Nathalie Baye, adaptation cinématographique d’une pièce de Jean-Luc Lagarce. Il fallait que je jette mon dévolu sur ce texte et ô combien que j’ai apprécié ce plaisir, presqu’autant qu’une bonne broue aux saveurs locales d’outre-Atlantique. Merci Xavier de m’avoir permis de m’aventurer hors de mes prairies habituelles où l’herbe aromatisée à la vodka est si verte…

vendredi 1 février 2019

Fonne et Phoque


J’imagine une étendue blanche, de la neige en abondance, de la glace qui coule du nez. Même ma bière est gelée. Je me rabats sur un verre de rhum ou mieux, une bouteille de vodka glacée. A ces températures extrêmes, il faut savoir survivre en milieu extrême pour rentrer dans « l’hiver de force ». Mais comment tourner les pages à ces températures-là, lorsque mon majeur devient tout bleu. Voilà une question que je me pose, de force ? Mais ce n’est pas la seule. Qui est ce Réjean Ducharme que je découvre ici. Un récit alambiqué, sorti de son alambic, même en suçant la tire, j’ai pas tout compris. Je ne suis donc pas encore prêt à recevoir mon passeport québécois. En plus j’ai pas l’accent, et j’arrive même pas à comprendre Céline Dion quand elle braille.

« Elle joue avec le deuxième bouton de sa blouse ; elle ne le lâche pas. Le bouton du haut, elle le laisse tranquille, détaché. Quand la nervosité augmente le bouton suivant saute et l’échancrure s’échancre assez pour qu’on voit, loin du monde et du bruit comme on dit, ses seins dormir ou couver ; mais la gêne de déranger nous prend et on rattrape vite nos regards ; peut-être qu’un jour nous serons amis avec eux aussi. »

J’ai pas tout compris, certes. La lecture fut parfois complexe, ardue même, face à tant d’élucubrations huluberluesques. Pourtant, j’ai aimé. J’ai été sous le charme de Ducharme. Cela doit faire partir d’une sorte de rite initiatique qu’ont les québécois, pour nous autres français, avant d’oser nous accepter. Il faut passer par Réjean Ducharme si tu veux faire partie de cette confrérie des buveurs de broue - et d’Unibroue. Comme celui d’écouter Robert Charlebois. 

dimanche 6 janvier 2019

La Recette des Bonbons aux Patates


Quand le sommeil fuit mon paysage nocturne, je m’enfuis dans la littérature. Cheminée éteinte, tabarnak fait frette ici, genre j’ai oublié une fenêtre ouverte et le vent s’engouffre à m’en tourner plus rapidement les pages de mon bouquin, senteur d’érable. Roman québécois donc, ce qui doit expliquer le grand froid qui règne dans cette cabane. En revanche la parlure me réchauffe, elle est enjouée même si je ne comprends pas tout. Peu importe, cela doit faire partie d’un rite initiatique d’immersion dans un monde où il parle comme nous sans parler comme nous. Et heureusement encore que je lis moins vite qu’ils ne parlent dans cette lointaine contrée…

« A l'épicerie, dans la rangée huit, une petite dame bloque le passage avec son énorme chariot qui couvre à peine la largeur de son impressionnant derrière. Qu'elle m'empêche de circuler est une chose, plutôt normal même, vu les pyramides précaires d'articles en tout genre entassés dans le milieu de l'allée, mais qu'elle ne s'en rende pas compte et ne fasse même pas semblant d'essayer de se pousser un peu me tue. Son visage est crispé dans une moue de dédain apparemment provoquée par l'insatisfaction que lui inspire la lecture des ingrédients des produits sans exception. Elle les attrape un à un, les tourne dans tous les sens, s'attarde à tous les petits pourcentages de gras, de sucre, de sel et ne semble jamais trouvé là son bonheur ou quelque chose qui satisfasse son désir de se faire du bien. Son pouce et son index pincent sa bouche aux commissures pâteuses et viennent se rejoindre au centre de sa lèvre inférieure après avoir râclé les peaux mortes, les croutes séchées d'un rouge à lèvres à moitié effacé dans les teintes de mauve. Des traces tenaces d'un mauvais vin rouge bu la veille, peut-être. Par réflexe, fort de cette seule trace probablement mal interprétée, mon cerveau la transforme en une vieille alcoolique pas fine, facile à détester. Je m'avance en me traînant les pieds, pour faire du bruit, mais elle ne bouge pas. Sourde en plus. J'ai besoin d'aller tout droit, d'atteindre la section des desserts maison, pour ramasser trois tartes aux pets-de-soeur de la boulangerie Bouchard de L'Isle-aux-Coudres. [...] Une personne qui dort à peu près normalement se résigne sans regimber à changer de rangée pour éviter le problème. Je n'en suis pas. En passant près d'elle, en la frôlant sans délicatesse, dans ma tête je lui crie de toutes mes forces : "Mange de la laitue bio, crisse !" J'ai une voix intérieure qui porte, elle bouge, se dirige vers l'allée des légumes. Je me rends jusqu'au bout de la rangée, prends mes tartes, les paie et sors, sans détruire quoi que ce soit, sans tuer personne. Je suis parfois capable d'un contrôle absolument épatant. » 

J’ose à peine sortir la graine au vent de ma cabane enneigée, de peur d’effrayer la tite Josée venue se balader dans mon coin suite à ses longues insomnies, mouvements perpétuels de l’esprit qui tourne en boucle surtout la nuit. Josée, dans ces moments-là, elle discute avec son père, rien de bien anormal me diras-tu sauf que son père est décédé même s’il erre encore les rivages de sa vie. C’est que ses pensées tournent trop vite dans sa tête, comme une vis qu’on enfonce dans le crâne et tourne indéfiniment, inlassablement, infatigablement…

mardi 28 novembre 2017

Les Fleurs de Macadam

Maeve, Loïc et Frédérique forment un trio d’inséparables que la vie sépare de temps en temps au grès des aléas du vent et des envies. Fameux triangle des Bermudes où au bout du compte, Maeve se perd dans ce conte à trois. Si des liens forts les unissaient au temps de l’adolescence, ces accroches semblent empêcher Maeve de vivre pleinement sa vie actuelle et ses rencontres. Accrochée à Loïc, amoureuse de Fred, sa vie erre de l’une à l’autre, entre deux tea-time aux sablés alléchants avec la vieille du dessus… Jusqu’au jour où elle croise la vie de Max – et sa fille – et qu’elle sente qu’il faut redéfinir son emprise avec Loïc, tout en gardant l’odeur des sablés et de cigarette dans le hall de son immeuble. Mais comment demander à Loïc de lui rendre son jeu de clé ?

« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m'invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j'ai retiré mon chandail, que j'ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu'il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. » 

Premier roman de Miléna Babin, d’une jeunesse talentueuse, j’ai pris un plaisir à découvrir l’auteure dans cette histoire si fréquemment étudiée, le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Un vent de fraicheur souffle sur les pages, c’est qu’au Québec il peut faire frette, mais un index qui descend lentement dans le creux  des reins jusqu’à la craque des fesses réchauffe l’atmosphère, mon sourire et mon âme à cette image. Entre deux chapitres, je m’imagine déambuler dans la rue, entre les craques des trottoirs, dans mon coton ouaté, jusqu’au prochain dépanneur pour acheter un paquet de cigarettes et quelques bouteilles de Trois Pistoles. Grimper dans une van, une Seagull à l’arrière, faire chauffer l’autoradio d’un hard-blues enivrant et suivre les étoiles qui filent jusqu’au point de rendez-vous : BBQ & Binouzes chez Max. La simplicité même. Cela s’appelle, je crois, sourire à la vie.

jeudi 13 juillet 2017

Lady Oscar


« - Tiens.
- Encore toé…
- Tiens.
- C’é quoi ça ?
- Un livre.
- Un cadeau ?
- Mais non, franchement, c’est juste un livre ?
- Ah. J’en veux pas. Je lis pas.
- Pourquoi ?
- Parce que j’haïs ça.
- Pourquoi t’haïs ça ?
- T’aurais dû m’amener de la bière, une bonne ‘tite bière frette. »

L’histoire commence comme ça. Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n’en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n’a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l’intéresse, lui, c’est sa bière, un Don de Dieu, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu’elle viendra rapidement.

- Dis, c’est quoi un sandwich à la crème glacée ?

Et pis, y’a Hélène qui veut qu’on l’appelle Joe. Un prénom masculin pour faire comme Lady Oscar du temps de la splendeur de Versailles. Elle ne rate pas un épisode de ce manga japonais et se rejoue dans sa tête et dans sa vie les scénarii, les dangers et les actes de courage de cette lady élevée comme un garçon. Lady Oscar, c’est son initiation à la vie.

Entre ces deux-là, une certaine connivence va s’installer. Ils vont s’apprivoiser. Ils vont apprendre à se connaître. Il faudra quelques temps pour qu’ils s’apprécient vraiment, mais une fois l’amitié scellée, cela sera un bonheur de les voir converser. Elle n’a que huit ans, même si elle déclare en avoir dix. Elle rêve d’exploits assez dignes pour sauver Marie-Antoinette des malversations de son entourage. Sauf qu’elle doit se contenter de livrer des journaux ou de servir des bières frettes dans une salle de bingo. Il n’attend plus rien de la vie, si ce n’est qu’elle lui foutte la paix (la vie) en s’évadant rapidement de son corps déjà froid (tiens, une douleur dans le bras gauche, sueurs et palpitations, serait-ce le bon moment).

« - En tout cas… ce serait fun si t’arrêtais de vouloir crevé.
- Pis toé de jouer au p’tit gars manqué. »

jeudi 25 mai 2017

Le Silence des Loups

Souvent j’associe intérieurement musique et littérature. Non pas que j’ai besoin de musique pour lire, cela dépend juste du moment, et surtout du lieu. La musique me sert pour m’isoler du reste du monde, afin de pénétrer au mieux dans le livre. Pénétrer quel beau mot, surtout quand le roman est écrit par une femme que je trouve des plus magnifiques. Mais la beauté ne fait pas tout parce qu’en plus, elle sait m’émouvoir avec ses silences et ses notes de musique, un piano aux accents du sud, Aix-en-Provence, la Camargue, le Vercors, les loups. Le roman me faisait un poil peur, poil de loup, poil de bison, une touffe d’émotion. Je n’imaginais pas que la femme pouvait être parfaite, m’émouvoir autant par sa crinière brune et par son interprétation de Beethoven que par la mise en scène de sa biographie, mélangeant souvenirs d’enfance, références musicales et passions animales. Les passions bestiales, ça me cause… Une passion physique, même.

« J’avais le sentiment physique d’être englobée par la musique. »

Choisir un disque. Commencer par Rachmaninov, son premier disque. Contre l’avis de tous, bien entendu. La jeune demoiselle n’en faisait qu’à sa tête. Forte de caractère, sanguine et fougueuse même. La tête dans le mur, mais elle avance toujours, souvent à contre-courant, contre les conseils de ses maitres. Une sacrée personnalité, sûre de ses choix comme quand elle part en Russie faire un concours qui n’est pas encore de son niveau. La Russie, l’autre passion d’Hélène. Bien sûr, il doit y avoir des loups en Sibérie, mais c’est surtout la patrie de Rachmaninov et de Dostoïevski. Parce qu’en plus, elle est cultivée, la petite. Tu permets que je l’appelle la petite, après tout, elle n’est née qu’en 69 – année … - cela dépoussière les vieux croutons d’antan. Parce qu’avant elle, j’avais l’impression que la musique classique était faite pour les vieux. Putain ! Cela veut dire que moi aussi maintenant je suis un vieux – vieux crouton, vieux con, peu importe l’appellation maintenant que j’écoute du classique entre deux vieux disques de vieux de Deep Purple. Et là je me rends compte que mon premier disque classique était un concerto de Deep Purple, ça ne me rajeunit pas… Mais là, je m’égare, revenons à Liszt ou plutôt à Brahms…