« Elle se redresse pour prendre son walkman, qui doit être à ses pieds. Bernard Lavilliers la bercera. Alice écoute en boucle la cassette d'O Gringo depuis qu'elle a quitté Québec, elle connaît "Sertao" par cœur. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc. [...] Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte. Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir. »
De la poussière, des poils et des litres de bières, de bourbon et de vodka à l'herbe de bisons...
lundi 4 novembre 2024
Un Soleil Ivre De Rage Tourne Dans Le Ciel
« Elle se redresse pour prendre son walkman, qui doit être à ses pieds. Bernard Lavilliers la bercera. Alice écoute en boucle la cassette d'O Gringo depuis qu'elle a quitté Québec, elle connaît "Sertao" par cœur. Les pales du ventilateur coupent tranche à tranche l'air épais comme du manioc. [...] Y'a guère que les moustiques pour m'aimer de la sorte. Leurs baisers sanglants m'empêchent de dormir. »
mardi 16 juillet 2024
La Nuit De Noël Où Je Quittais Valparaiso
C’est la nuit de Noël à Valparaiso. La petite Caroline, 7 ans, rêve encore du père Noël quand ses parents lui apprennent qu’ils partent tous ce soir en avion direction le Canada. Ils quittent tout, la terre, la famille, les camarades de classe et la poussière de leur maison. Jamais ils n’y reviendront, tel est un pays au Pinochet règne encore sur la majestueuse Cordillères des Andes.
lundi 15 avril 2024
Kurt Cobain n'est pas mort
Catherine pour son quatorzième anniversaire reçoit en cadeau de la part de ses parents un roman, Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée... Le programme est presque annoncée ainsi dans ce roman initiatique de l'adolescence, apprendre la vie de ses propres moyens, toutes expériences autorisées dans le Chicoutimi-Nord, là où il fait ben frette une grande partie de l'hiver. La meilleure période, celle des campes au fin fond des bois, autour de la chaleur d'un feu et d'une bouteille de vodka qui circule de mains en bouches, premières baises, premières drogues.
mercredi 4 novembre 2020
la Fin du Monde
Sophie
Bienvenu est devenue en l’espace de trois romans une incontournable, une icône
sanctifiée de ma littérature « 100% pur laine et sirop d’érable entre les
Joes ». Je l’adore, cette nana, le genre à écouter du Pink Floyd, ça se ressent
dans son écriture. Ou du Kurt Kobain dans un vieux chandail. J’adore ses
histoires qui me font à la fois sourire et pleurer. J’adore le sirop d’érable,
son spleen, la façon dont il s’écoule sur le corps d’une femme. Et la fin du
monde, n’en parlons même pas, elle fait partie intégrante de ma vie. Bon, fini
de parler de ma vie qui n’intéressera pas grand monde, retrouvons-nous autour
d’elle.
C’est
l’histoire de Florence. Autour d’elle, gravite tout un tas de gens, qui
l’approche, la touche, se rapproche, s’éloigne. Chaque chapitre est un fragment
de vie, une petite étincelle qui s’allume ou s’éteint dans l’entourage de
Florence. Toutes ses vies, de près ou de loin, forment ainsi le puzzle de sa
vie, et celui de sa mère qui l’a laissée à l’adoption à sa naissance, celui
d’un roman choral dont les pages se tournent aussi facilement que les bières se
décapsulent. C’est dire, la frénésie de la vie dans ce coin-là, là où des
baleines surgissent devant le silence d’un kayak, là où des types silencieux
coupent du bois pour l’hiver et des nanas à l’accent drôle et au débit rapide
pellètent la neige devant chez elles pour retrouver le char garé la veille dans
le noir...
« Je m'assois un peu au soleil sur le banc
[...], histoire de profiter des derniers rayons de soleil avant un autre hiver
qui va durer toute la vie. C'est con, depuis que je suis arrivée au Québec,
j'ai la chanson de Joe Dassin qui tourne en boucle dans ma tête chaque mois
d'octobre. Il m'arrive d'ailleurs de mettre une robe longue, histoire de
ressembler à une aquarelle de Marie Laurencin. »
samedi 28 décembre 2019
C'est pas la Fin du Monde
Les dernières pièces de théâtre que j’ai lu doivent remonter à mes années collèges. Je ne sais même plus, depuis ces lustres ancestraux, son auteur, un type qui se faisait prénommer Molière ou Corneille, peu importe, bref ce classicisme scolaire m’ennuyait profondément, parce que j’ai toujours pensé que le théâtre se vivait d’abord avant de se lire… vendredi 1 février 2019
Fonne et Phoque
J’imagine une étendue blanche, de la neige en abondance, de la glace qui coule du nez. Même ma bière est gelée. Je me rabats sur un verre de rhum ou mieux, une bouteille de vodka glacée. A ces températures extrêmes, il faut savoir survivre en milieu extrême pour rentrer dans « l’hiver de force ». Mais comment tourner les pages à ces températures-là, lorsque mon majeur devient tout bleu. Voilà une question que je me pose, de force ? Mais ce n’est pas la seule. Qui est ce Réjean Ducharme que je découvre ici. Un récit alambiqué, sorti de son alambic, même en suçant la tire, j’ai pas tout compris. Je ne suis donc pas encore prêt à recevoir mon passeport québécois. En plus j’ai pas l’accent, et j’arrive même pas à comprendre Céline Dion quand elle braille. dimanche 6 janvier 2019
La Recette des Bonbons aux Patates
Quand le sommeil fuit mon paysage nocturne, je m’enfuis dans la littérature. Cheminée éteinte, tabarnak fait frette ici, genre j’ai oublié une fenêtre ouverte et le vent s’engouffre à m’en tourner plus rapidement les pages de mon bouquin, senteur d’érable. Roman québécois donc, ce qui doit expliquer le grand froid qui règne dans cette cabane. En revanche la parlure me réchauffe, elle est enjouée même si je ne comprends pas tout. Peu importe, cela doit faire partie d’un rite initiatique d’immersion dans un monde où il parle comme nous sans parler comme nous. Et heureusement encore que je lis moins vite qu’ils ne parlent dans cette lointaine contrée…mardi 28 novembre 2017
Les Fleurs de Macadam
Maeve, Loïc et Frédérique forment un trio d’inséparables que la vie sépare de temps en temps au grès des aléas du vent et des envies. Fameux triangle des Bermudes où au bout du compte, Maeve se perd dans ce conte à trois. Si des liens forts les unissaient au temps de l’adolescence, ces accroches semblent empêcher Maeve de vivre pleinement sa vie actuelle et ses rencontres. Accrochée à Loïc, amoureuse de Fred, sa vie erre de l’une à l’autre, entre deux tea-time aux sablés alléchants avec la vieille du dessus… Jusqu’au jour où elle croise la vie de Max – et sa fille – et qu’elle sente qu’il faut redéfinir son emprise avec Loïc, tout en gardant l’odeur des sablés et de cigarette dans le hall de son immeuble. Mais comment demander à Loïc de lui rendre son jeu de clé ?« Le reflet que le vin laissait sur ses lèvres m'invitait depuis un moment. À la lueur des réverbères, j'ai retiré mon chandail, que j'ai laissé tomber à mes pieds. Ses doigts ont effleuré mes seins de longues minutes avant qu'il ne me prenne. Sur le tapis du salon, une valse maladroite et libératrice. Sur mon ventre, des gouttelettes de vin blanc renversées par mégarde, sa langue. Au milieu de notre guerre silencieuse, nous avons joui. Moi la première. »
jeudi 13 juillet 2017
Lady Oscar
L’histoire commence comme ça. Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n’en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n’a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l’intéresse, lui, c’est sa bière, un Don de Dieu, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu’elle viendra rapidement.jeudi 25 mai 2017
Le Silence des Loups
Souvent j’associe intérieurement musique et littérature. Non pas que j’ai besoin de musique pour lire, cela dépend juste du moment, et surtout du lieu. La musique me sert pour m’isoler du reste du monde, afin de pénétrer au mieux dans le livre. Pénétrer quel beau mot, surtout quand le roman est écrit par une femme que je trouve des plus magnifiques. Mais la beauté ne fait pas tout parce qu’en plus, elle sait m’émouvoir avec ses silences et ses notes de musique, un piano aux accents du sud, Aix-en-Provence, la Camargue, le Vercors, les loups. Le roman me faisait un poil peur, poil de loup, poil de bison, une touffe d’émotion. Je n’imaginais pas que la femme pouvait être parfaite, m’émouvoir autant par sa crinière brune et par son interprétation de Beethoven que par la mise en scène de sa biographie, mélangeant souvenirs d’enfance, références musicales et passions animales. Les passions bestiales, ça me cause… Une passion physique, même.« J’avais le sentiment physique d’être englobée par la musique. »


