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lundi 3 juin 2024

La Mélancolie d'un Vieux Shérif


  Le blizzard s'installe dans le Wyoming, le vent se mêle à la neige, les rues de Durant s'illuminent de quelques lampions colorés. Le shérif Walt Longmire s'apprête à installer un sapin devant son office, joyeux Noël. Mais avant, il doit passer à la maison de retraite où le corps de Mari Baroja a été découvert ce matin, totalement froid. Mais bon à cet âge-là, cela ne sera qu'une formalité administrative. Walt se voit déjà ce soir, au coin de la cheminée, une bouteille de Gouden Carolus Whisky Infused, une merveille cette bière, presque aussi sombre qu'une nuit sans lune, la lune a d'ailleurs déserté son paysage depuis quelque années, on dirait.
 
  "Des salves piquantes de neige dévalaient les Hautes Plaines à cinquante kilomètres à l'heure. C'était comme si la météo avait décidé de passer de défavorable à épouvantable à la minute où j'avais trouvé Anna Walks Over lce dans la poubelle. La colère que je ressentais était comme le vent. La rage n'a pas sa place dans le maintien de l'ordre, et je lui résiste la plupart du temps, mais elle est là, guettant les brèches ouvertes par les passions, attendant que je trébuche ; et je venais de faillir."
 

samedi 26 août 2023

Ce pays a soif de sang

Viens. Viens, j't'emmène au bout du monde. Un monde de poussière et de violence. Un monde, dans le Texas des années 1850, où je croise un gamin venu rejoindre une bande de types, juges ou prêtres, des scalpeurs d'indiens, mais pas que... Scalpeurs de mexicains, mais pas que... Scalpeurs de nègres, aussi... Fuir le monde ou se construire un monde, telle est la motivation du p'tit.

"La nuit venue une seule âme se leva par miracle d'entre les corps fraîchement tués et s'éloigna furtivement à la lueur de la lune. Le sol sur lequel il était resté tapi était trempé de sang et imprégné de l'urine des bêtes dont la vessie s'était vidée et il allait, souillé et pestilentiel, fétide rejeton de la femelle incarnée de la guerre. Les sauvages s'étaient retirés sur les hauteurs et il apercevait le reflet de leurs feux et il pouvait les entendre chanter leur étrange et plaintive mélopée là où ils étaient allés faire rôtir les mules. Il se glissa parmi les gisants pâles et écartelés, parmi les chevaux étalés sur le sol les membres épars, et il releva sa position d'après les étoiles et partit à pied vers le sud. La nuit prenait des milliers de formes là-bas dans les buissons et il gardait les yeux fixés sur le sol devant lui. La lueur des étoiles et la lune en son décours traçaient l'ombre vague de sa marche sur l'obscurité du désert et les loups hurlaient le long des crêtes et se dirigeaient au nord vers le lieu de la tuerie. "
 
Viens. Viens, j't'emmène pour une longue traversée du désert, sous un soleil implacable, avec des hommes implacables. Dans la poussière de ce monde, tu chevauches les ténèbres, à travers des corps en putréfaction, des chevaux et des hommes, et des os blanchis de bisons. Des rivières asséchées et des ravines de sang. Sous le regard de la lune, les loups hurlent une certaine mélopée de leurs vies. 

samedi 3 juin 2023

Entre Les Lignes


« - Et si on prenait ce verre ensemble aujourd’hui ? Maintenant, ça irait ? 
Il avait dû monter l’escalier quatre à quatre car il était essoufflé.
- Enfin, sauf si vous avez un copain…
- Ce n’est pas le cas, répondit-elle en riant. En fait, j’en cherche un. Donc ça ne me dérange pas du tout d’aller boire un verre avec vous. »

On ne va pas se mentir, les histoires de train sont toujours les mêmes. Le train s’arrête en gare. Souvent de vieilles gares, certaines sont grouillantes, d’autres paraissent abandonnées. Des gens montent dans le wagon, pendant que d’autres en descendent. Voilà en quoi peut se résumer un roman sur une ligne ferroviaire, en l’occurrence la ligne Hankyu Imazu qui relie Takarazuka à Nishinomiya. Huit gares desservies et autant d’histoires à suivre sur un Aller-Retour.

Billet en poche, je monte dans le wagon lorsque la sonnerie retentit, attention à la fermeture des portes. J’aurais pu prendre le Shinkansen, j’ai préféré une balade ferroviaire dans la « campagne », juste histoire de regarder le bord de mer ou des collines souriantes et verdoyantes, un train bleu. Pourquoi avoir choisi justement Takarazuka-Nishinomiya ? Simplement pour observer les nids d’hirondelles dans une gare, une belle gare parait-il. Voilà, c’est aussi ça le Japon. Le respect pour ces hirondelles en sachant que leur fiente peut causer des ravages sur ton costume neuf ou mon tee-shirt noir Joy Division.

Mais il n’y a pas que des oiseaux, croix de bois croix de fer le cri du papillon, sur cette ligne pour agrémenter la conversation sur le quai. Je rencontre des lycéennes, des femmes de tout âge, vielles mégères ou jeunes femmes mûres comme ces fruits délicieusement acides et sucrées, des grands-mères avec leurs petits-enfants. Des couples qui se forment, et si on prenait un verre ensemble, une Carolus par exemple, des couples qui se déforment. 

mercredi 31 mai 2023

Comme une ardente patience


« Et ce fut à cet âge… La poésie
Vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où
Elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
Non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas
Des mots, ni le silence :
D’une rue elle me hélait,
Des branches de la nuit, soudain parmi les autres,
Parmi des feux violents
Ou dans le retour solitaire,
Sans visage elle était là
Et me touchait.
… »

Un 31 mai, je me tiens silencieux, le regard perdu dans les rêves sur ce quai de gare. Prochain train vers le Sud, la pampa. Le sourire verdoyant de ses « collines ». Prêt à m’embarquer vers de profondes aventures, comme une ardente patience. Il est 7 heures du mat, des odeurs de café noir chatouillant mon esprit. Des hommes se précipitent dans les wagons, entassement de bêtes dociles. Un brouhaha amplifié par les charpentes métalliques de la gare. Épris d’un ardent désir, je suis prêt à m’embarquer vers cette nouvelle vie, ce buisson ardent, avec en son cœur le silence, l’amour et la poésie. Je regarde mon téléphone portable, attendant patiemment un message pour me donner le signal d’embarquer vers ce monde nouveau. En attendant, je feuillette un bouquin, des poèmes de Pablo Neruda écrits sur l’île Noire, les mémoires de Pablo, qui me ramène forcément à une ardente patience d’un autre chilien Antonio Skarmeta.
 

mardi 20 novembre 2018

Poem for a Loser, Place Plume


Autant te le dire de suite, j’ai été attiré par le titre, « Les Perdants héroïques : Inventaire de débuts sans fin heureuse », le côté perdant probablement même si la face héroïque semble de trop.

Autant te le dire de suite, la couverture, hideuse au pas possible (Actes Sud m’avait habitué à mieux), aurait dû me faire fuir. Grave erreur, je n’ai pas suivi cette fuite. Je suis resté à cette table, j'ai bu ma bière, une Carolus d'Or pour celles et ceux que ça intéressent, île flottante pour sourire à la vie et me perdre ainsi dans les méandres de la vie de ces perdants.

Autant le dire de suite, si je suis allé vers ce roman de Miguel Albero, c’était aussi pour en découvrir un peu plus sur la littérature espagnole, olé, qui n’a rien de olé olé ici. Une littérature du genre à mettre de l'eau gazeuse dans son vin rouge... 

Et je ne vais donc pas te faire languir plus longtemps sur l’histoire, quelques mois et bières après, j’ai pratiquement tout oublié de ce roman qui pourtant fait voyager, notre vieux protagoniste partant à la recherche de son ami et des différents perdants héroïques. Qu’est-ce qu’un perdant héroïque, me diras-tu ? Si, si, tu fais semblant d'être intéressé à mon bouquin... C’est un type qui s’inscrit au marathon et qui 600 m après le départ se rend compte que ce n’est pas pour lui et file discrètement au premier virage. C’est un type qui a le titre de son premier roman, mais qu’ensuite n’arrive pas à remplir les pages blanches de celui-ci. Etc, etc... bla bla bla Olé !

dimanche 17 juin 2018

Se prendre pour Gary Cooper

« - Y a un fusil pointé sur toi, vieux, a lancé un type. Approche-toi de la lumière, les mains en l'air.
C'était pas le moment d'enfiler mes bottes. J'ai obéi.
- T'es là depuis combien de temps ? a demandé un homme avec une moustache noire.
Ils étaient quatre. Tous armés.
- Combien de temps, on s'en fiche, a repris un barbu. Ou bien il est avec nous, ou bien il est mort.
- Je suis avec vous, j'ai répondu. C'est qui, vous ?
Le barbu a froncé les sourcils.
- T'as déjà convoyé du bétail en participation ?
- Juste contre un salaire. Je suis un cow-boy pas fainéant qui cherche une occasion.
- Elle vient de te trouver, a-t-il déclaré. On t'appelle comment ?
- Duke, j'ai fait.
- Certainement pas, a-t-il dit. Duke, c'est moi.
Il m'a regardé d'un sale œil à la lueur du feu et il a ajouté :
- Toi, tu t'appelles Leather.
- Ça m'étonnerait, j'ai répliqué. Je suis pas un dur à cuire. J'ai une peau tout à fait normale.
Brusquement, j'ai compris qui était Duke. Tout le monde le connaissait - c'était un des meneurs du Rough String. En fait, j'avais choisi de m'appeler Duke, peu de temps auparavant, à cause de la réputation qui entourait ce nom. J'ai ajouté poliment :
- Si tu le dis... Je m'appelle Leather.
- Allez chercher les bottes de Leather, a ordonné Duke. Servez une tasse de café à Leather.
C'est comme ça que j'ai changé de nom. Et c'est comme ça que je suis devenu un bandit. Pas plus compliqué que ça. Je me suis endormi honnête et fauché. Je me suis réveillé hors-la-loi et toujours fauché. Et incompris de tous.
»

Un air d’harmonica comme dans tous les bons westerns se mélange aux refrains du vent. Un homme sur son cheval, son costume noir maculé d’une poussière ocre et collante. Le teint gris, tiraillé par la soif, il chevauche la dernière colline, avant le repos éternel. Des coups de feu au loin, règlements de compte à OK Corral ou Duel au soleil. Des braillements humains, cris avinés sortant du saloon et rires des dames de petites vertus venues égailler la solitude des chercheurs d’or.

dimanche 1 octobre 2017

Si la Neige est un Silence...

Je me souviens de son premier roman, « La Végétarienne ». Han Kang m’avait subjugué par sa plume, son audace, sa sensualité. Le début peut-être d’une grande histoire entre elle et moi, - et les végétariennes peut-être. Quelques années après, je me décide à apprendre le grec, pas n’importe lequel, le grec ancien, avec son écriture qui ressemble autant à des hiéroglyphes qu’à de l’alphabet coréen. Dans l’amphithéâtre ou à la terrasse d'un café, le parfum de feta se mélange à celui de l'ouzo, temps anciens chauffés par le soleil d'une rencontre silencieuse.

Dès que je rentre dans la salle de cours, je retrouve la grâce. Certes je me sens parfois perdu dans les considérations linguistiques d’une telle langue morte, mais je touche la beauté de l’âme. Cet homme qui perd progressivement la vue, et qui ne perçoit plus que des ombres de lumière dont le soleil lui brûle sa rétine. Cette femme qui ne dit pas un mot. Elle semble avoir perdu l’usage de la parole. D’ailleurs m’entend-elle ? Pourquoi ne me parle-t-elle pas ? Ces deux êtres dont leurs blessures paraissent s’inscrire au plus profond d’eux-mêmes, vont se retrouver. Avec timidité mais émotions...

« Si la neige est un silence qui descend du ciel, la pluie est peut-être faite de phrases interminables qui en tombent.
Des mots tombent sur les trottoirs, sur les terrasses des immeubles en béton, sur des flaques d’eau noires. Ils giclent.
Les mots de la langue maternelle enveloppés dans des gouttes de pluie noires.
Les traits tantôt ronds, tantôt droits, les points qui sont restés un bref moment.
Les virgules et les points d’interrogation qui se courbent. »

samedi 17 juin 2017

Pulse

pulse
[pʌls]
noun
1- MEDECINE   pouls
[single throb]   pulsation
he took my pulse   il a pris mon pouls
her pulse (rate) is a hundred   son pouls est à cent (pulsations par minute)
my pulse quickens when I see her   quand je la vois, j'ai le cœur qui bat plus fort
2- ELECTRONICS & PHYSICS [series]   série d'impulsions
[single]   impulsion
3- [vibration]   rythme régulier
4- [bustle, life]   animation
5 -BOTANY [plant]   légumineuse
COOKING
(dried) pulses   légumes secs

pulse
[pʌls]
intransitive verb 
[blood]   battre
[music, room]    vibrer
a vein pulsed in his temple   une veine palpitait sur sa tempe
the music pulsed inside my head   la musique résonnait dans ma tête

Dictionnaire Larousse Anglais-Français.

Ce soir, c’est samedi, alors je vais aller danser.

Je pulse, in and out
Dardé par les phares
Empoisonné du soleil noir
Je pulse et pulse encore

Etienne Daho, Jungle Pulse