Dans deux jours, ou deux cents pages, nous connaitrons le « nouveau » vainqueur du WSOP 81, World Series of Poker, un genre de championnat du monde de Poker où des centaines de joueurs se retrouvent enfermés dans un casino prestigieux de Las Vegas pour en découdre de bluffs et de mathématiques. Car ne vas pas croire que le poker est un jeu de hasard. La chance n’a pas son mot à dire, le public s’émeut de ho et de ha (Patriccckkk !) à la découverte du flop ou de la river, mais avant d’en arriver là, il y a eu la stratégie, les probabilités et la pression (pas celle qui finit dans une choppe, ici c’est plus bouteille d’eau ou thermos de café à volonté).
Mais avant de s'asseoir à la table finale, les huit ou neuf meilleurs joueurs du tournoi, car il n’en restera qu’un et ce ne sera pas un Macleod, Al Alvarez, écrivain-poète anglais, journaliste et passionné de poker s’invite dans le Nevada et les coulisses de ce WSOP, avec ce très bel ouvrage qui ne s’adresse pas forcément aux passionnés de poker – dit celui qui est capable de passer des heures comme subjugué devant son écran de télévision à regarder de vieilles rediffusions d'anciens tournois de Texas Hold'em. Avant tout, ce livre nous parle de tout, sauf du poker ou presque. Le poker, c'est aussi une histoire de mythe et d'ambiance.
« Glitter Gulch est réservé aux gens de passage, la plupart âgés et repérables de loin : des vieilles en pantalon vert fluo, jaune banane ou orange de Floride pétant, agrippées à un gobelet rempli de petite monnaie dans une main, le levier d'un des 50 000 bandits manchots de Vegas dans l'autre ; des vieux aux dents en plastique et costard bleu ciel en plastique en train de jouer au craps à 1 dollar, au black-jack à 50 cents et au Stud Limit poker à 3 dollars ; des épaves en fauteuil roulant ou derrière des déambulateurs, des bossus, des difformes, des squelettiques et des obèses claquant leurs aides de la sécurité sociale, leurs pensions d'invalidité et leurs retraites, attendant leur heure et le miracle d'un jackpot qui transfigurerait leurs dernières années marquées par le dénuement. Tous sont animés d'une ferveur digne du sabbat des sorcières de Walpurgis, un mélange d'optimisme du joueur mâtiné de nostalgie. À L'ANCIENNE, hurlent les enseignes de néon, en plus des CONSOMMATIONS AU BAR 50 CENTS, GAGNEZ UNE VOITURE 25 CENTS, ASPIRINE & TENDRESSE À VOLONTÉ. Pour ces Snopes des Temps modernes, telles les canailles du roman de Faulkner, Glitter Gulch constitue le dernier arrêt, absurde, sur le lent chemin qui mène au cimetière. »





