Affichage des articles dont le libellé est Kraken. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Kraken. Afficher tous les articles

mardi 27 juin 2023

Tu seras seule dans la grande nuit

"Me voici courbée sous les coups, mon front criblé de javelots d'angoisse, un naufrage dévale mon élan. L'au-delà chante et chante encore par-delà mes cris d'envol, lourd requiem que martèle la vie à l'orée de mes rêves, à l’embouchure de mes jours. Je remue mon ciel dans la poussière, je bois au fleuve des vertiges."
 
Tu seras seule dans la grande nuit, cette petite voix intérieure qui se répète. 
Tu seras seule sous les étoiles de Port-au-Prince, la ritournelle d’Haïti.
Tu seras seule.

Tête fêlée, une jeune adolescente.
Fleur d’Orange, une mère putain et alcoolique.
Papa, un gangster qui n’en est pas à son premier meurtre.
Silence, une fleur dans cette constellation.
Silence, une beauté, un sourire aux jambes caramélisées.
Silence, une femme qui s’est enfuie et dont Tête fêlée rêve de retrouver.
De l’autre côté du rivage.
De l’autre côté des vagues.
De l’autre côté de l’océan.
De l'autre côté de la nuit.

dimanche 30 octobre 2022

Le Testament de la Rue Sherbrooke


Un. Deux. Trois… J’ai compté, comme dans une fin de vie, d’ailleurs ma vie sent déjà la fin, un parfum de pisse et de mort qui colle à ma peau, le nombre de livres que j’ai lu de Russell Banks. Ce « Oh, Canada » fut donc mon dixième roman de cet auteur, à noter dans mon testament, au cas où, je les lègue à qui de droit ou à qui en veut, d’ailleurs j’ai déjà commencé le legs de certains d’entre eux. Le testament de la rue Sherbrooke.

« Plus tôt, une heure avant d'aller diner, Fife et son beau-père s'étaient installés dans des fauteuils en rotin, dans la véranda protégée par un grillage écran, sous des ventilateurs qui tournaient lentement au plafond, et ils avaient fumé et bu du bourbon avec de l'eau et des glaçons dans de grands et lourds verres en cristal. Loin des dames, comme aime à dire Benjamin. C'est une coutume qu'on honore chaque fois que Fife et Alicia viennent à Richmond, surtout récemment, du fait qu'Alicia enceinte évite l'alcool et le tabac et que Jessie consacre l'heure du cocktail à superviser le dîner de Cornel, puis son bain et les préparatifs de son coucher. Fife fume sa pipe et Benjamin un cigare. Fife trouve agréable l'odeur du tabac qui brûle, mêlée aux arômes qui flottent à travers les parois grillagées de la véranda et viennent des buissons de myrique, de viorne et d'itéa de Virginie disposés en rangs et massifs soigneusement entretenus près de la maison et plus loin, au bord de la large pelouse vert menthe. Il aime le son des glaçons qui tintent contre le cristal, le poids disproportionné du verre frais dans sa main, l'odeur de sucre brûlé du bourbon quand il le porte à ses lèvres. Il aime regarder le soleil tomber lentement vers les chênes verts de l'autre côté de la James River et voir l'eau passer au noir satiné quand le soleil disparaît derrière la silhouette des arbres. »

jeudi 31 octobre 2019

Chanson Suédoise

« La neige escomptait les contours de la plage, lui donnant des airs d’aquarelle. Elle avait coiffé le sable, les galets, et drapé la jetée. Sous la neige, le paysage devenait à lui seul un conte. Ses paillettes immaculées arrondissaient les angles et gommaient les différences, propageant une beauté douce et rassurante. Le silence ouaté transformait les cris en murmure et le vent en musique. »

Le tableau est idyllique, de la neige, belle et silencieuse, celle du Grand Nord à peine foulée. Le froid qui bleuit les doigts, même celui des cadavres. L’air frais de la Suède, et de belles suédoises pour faire frémir le caleçon. Mais oublions, le temps d’un roman, ces saunas où mon état vaporeux se prélasse dans une fantasmagorie des plus libidineuses. Car la réalité est nettement plus sanguine. Cruelle même, affreuse, abjecte. Une vision d’horreur.

Petite revue en détail de l’équipe, Emily Roy, la profileuse qui semble partager sa vie entre Londres et cette région suédoise, Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les crimes en série, le commissaire Bergström et son équipe aux noms bien suédois, et la jeune Aliénor Lindbergh, autiste Asperger qui complète l’équipe de ses incroyables connaissances… Ça en fait du monde à suivre, pour un troisième épisode pour qui n’a pas lu les précédents. C’est d’ailleurs mon seul reproche, cette difficulté à intégrer l’équipe et à comprendre leur rôle respectif, n’ayant pas abordé auparavant les précédents opus.

mercredi 15 mai 2019

Amour en cage


« Dans la vitrine, je dispose des livres d'occasion que je viens d'acheter. Il est environ quatre heures de l'après-midi. Une neige floconneuse commence à tomber. »

Sur ma table de chevet, je regarde la petite grue en origami, façonnée par de douces mains, précieuses mains caressantes. Je caresse la précieuse couverture d'un roman, pas d'occasion pour le coup. Une lanterne japonaise s'illumine dans ma sombre mémoire, une musique, une guitare, un saxo, me trottent dans la tête. Si profondément que je me demande si cette musique provient de cette vie, ou d'une vie antérieure, d'un passé si lointain. Hôzuki, des physalis couramment appelés Amour en cage – ou Lanterne japonaise. J'aime l'aspect floral des romans d'Aki Shimazaki, qui de ses mains québécoises m'a façonné cette grue et une précieuse dédicace.

Je vois cette boutique de livres d'occasion, l'envie irrépressible d'y pénétrer, corps et âme et m'imprégner de son parfum de philosophie et d'amour. Bien que j'y connaisse rien ni en l'un ni en l'autre. A l'intérieur, Mitsuko... Son sourire me dit quelque chose, fantasme de l'autre nuit dans cette taverne, moi miteusement triste, elle sublimement belle. Dans une autre vie, ou juste le week-end, elle est hôtesse dans cette taverne, si cher à Rufus. Mais le reste du temps, elle est seule à s'occuper de son fils muet. Jusqu'au jour où une femme, disons-le, bourgeoise, pénètre dans la boutique à la recherche de livres de philosophie rares – pour son mari précise-t-elle. Et là, des secrets bien lourds à porter rejaillissent pour bousculer l'équilibre fragile de ces vies.