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mercredi 8 mars 2017

Dans la Moiteur Étouffante de Port Tropique

Le marcel jauni par la poussière et la sueur, le panama vissé sur la tête, je m’installe à la terrasse du Havana bar. Bières et whisky, sinon je ne me sentirai pas à mon aise. Quelques putes aussi, sinon je ne me sentirai pas à mon aise non plus. Le soleil me brûle la peau, le cul de cette gamine me brûle la rétine. Bienvenue à Port Tropique, une ville imaginaire d’Amérique Centrale.

Franz, une passion pour l’alcool et les putes. Mon ami, mon double qu’a mis en scène Barry Gifford. Une éternité que je ne l’avais pas lu, celui-ci. Toujours le même style, des phrases courtes, des chapitres courts, une page suffit parfois pour dresser l’état des lieux ou celui de ma queue. Dans la moiteur étouffante de « Port Tropique ». 

« Son pénis avait durci, mais il ne voulait pas se masturber. Il but un peu d’eau gazeuse, vomit. »

Je regarde le soleil se coucher dans la mer, les yachts amarrés au port, les putains autour des hôtels. J’entends des coups de feu au loin, une révolution se prépare, les socialo-communistes veulent le pouvoir. Franz transporte une mallette de billets de banques, des trafiquants - d’armes de drogues de rhum on s’en fout – pour un échange de service ou de bon procédé. Mais Franz s’en fout de tout cet argent. Il fait son job, il boit une bière, il se fait sucer, il est à Port Tropique comme il pourrait être dans n’importe quel bled des Tropiques.

samedi 26 novembre 2016

Chicago


Stud Terkels est un journaliste radiophonique, célèbre pour ses histoires orales retraçant la vie et la mémoire de l’Amérique. Je le découvre donc, ici ce soir, dans Division Streets, l’histoire orale de Chicago et de ses habitants. Là un mot t’interpelle d’entrée : « oral » pour un livre. Muni de son enregistreur audio, Stud parcourt les rues de Chicago, à la rencontre des gens, petit peuple ou bourgeois. Il les interroge sur eux, sur ce qu’ils pensent de la ville, de leur pays, du monde et de leurs voisins. Il retranscrit par la suite ces paroles, avec ses mots, pour nous donner ainsi un instantané d’une époque, d’un peuple, d’une ville. C’était Chicago en 1965. Blancs et noirs, retraités et femmes de ménages, chefs d’entreprise et putains.

 Et en 1965, à le lire ou les écouter, je perçois cette peur, que je devrais accordée au pluriel, tant elles sont nombreuses. La bombe, le Vietnam, le chômage mais surtout les Noirs. Il y a tant de sujets qui prêtent à débat et qui interrogent, interpellent, effraient. Chacun a ses propres peurs, ses raisons et ses prédispositions. Chacun tente de vivre ou survivre dans cette ville trop cosmopolite, trop changeante. Et chaque quartier a ses humeurs, ses inquiétudes, ses joies et ses peines. Certains retiennent de petits bonheurs, d’autres gardent en mémoire leur injustice, et puis il y a ceux que tout effraie, l’autre, le monde, la folie humaine, l’inconnu.



« Je regarde les Blancs et ils m'irritent. Chaque Blanc veut gagner un million de dollars. Son but dans la vie, c'est un yacht sur le lac Michigan, un yacht et des bains de soleil. Il n'a pas de vrai but. Le Noir, lui, il en a un bien défini. Les Blancs doivent chercher eux-mêmes, ils faut qu'ils trouvent exactement ce qu'ils veulent, et s'ils ne le font pas, les communistes s'empareront de ce pays sans même tirer un coup de fusil. »