« L’agent
sanitaire a maintenant introduit le thermomètre dans son oreille
droite. Un bip retentit, telle une alarme. T-K est aussitôt pris
d’une violente quinte de toux. L’inspecteur s’écarte
précipitamment.
Les contrôles sanitaires ont été mis en place
pour contrer une épidémie. Une maladie contagieuse a franchi les
frontières du pays où elle s’était déclarée et se propage
comme une traînée de poudre à travers le monde. Mais personne n’a
encore pu identifier avec certitude les vecteurs de contamination. Un
médicament est à l’étude, et les États, par peur d’en manquer,
s’arrachent tous les vaccins disponibles. Heureusement, le taux de
mortalité de cette maladie n’est pas très élevé. T-K, qui s’est
fié aux déclarations répétées des journaux télévisés de son
pays, a cru qu’il suffirait de respecter une hygiène personnelle
rigoureuse pour se garder à l’abri de ce virus hautement
transmissible. »
J'arrive à l'aéroport,
l'esprit encore vaseux de la cuite de la veille. L'embarquement
comateux, je regarde quand même l'hôtesse de l'air, genre
#jenesuispasunvirus et jambes à la coréenne. Un putain de mal de
crâne. Le whisky ou ce rhume que j'ai choppé et qui s'attache à
moi comme des morpions avides de mon sang ambré. Le débarquement
ressemble au début d'un cauchemar, inspection sanitaire et
thermomètre dans le cul, c'est bien meilleur. Fièvre matinale, mal
dans sa peau, le cœur qui s'emballe. Ces gars en combinaison
d'astronaute, même si j'ai toujours rêvé de devenir cosmonaute, me foutent un peu les jetons. La communication entre nous est
difficile, de par leur masque, de par ma compréhension de la langue.
Pas la peine de chercher un taxi, on m'emmène direct à mon nouveau
lieu de résidence, un hôpital bien gardé. Mais, bon, je ne devais
pas être assez atteint, la libération suit son court, je sors
dehors, à l'air libre, un nuage m'enveloppe, une fumée blanche que
les institutions sanitaires vaporisent à partir de camion citerne
naviguant de rues en ruelles. J'entre dans l'immeuble, un appartement
à l'étage loué par ma société, le gardien a le masque de
circonstance, je me sens perdu dans ce pays inconnu. Et c'est à ce
moment-là, je le sens, que je bascule dans un autre monde. Personne
ne semble prévenu de mon arrivée, j'essaie de joindre l'autre bout
de la planète, malgré le décalage horaire, c'est que je crois que
j'ai oublié en partant mon clébard dans mon appartement, la vieille
grincheuse du dessus doit être encore en train de pester contre les
aboiements intempestifs du chien de mon ex-femme. Une voix me répond,
le chien baigne dans une mare de sang avec mon ex-femme. Je savais
que cette fois-ci j'avais « un peu » trop bu...