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dimanche 9 mai 2021

Pour le Meilleur


Vincent est vieux. Très vieux, même. Rongé par l’arthrose, il n’attend plus que la mort. Mais la grande faucheuse ne l’a pas encore ramassé, perclus dans un hameau isolé. Vingt ans que Vincent ne vit plus. Vingt ans, c’est le temps qui s’est écoulé depuis la mort de sa Bénédicte. Assassinée, violée, brûlée. Un acte d’une sauvagerie insoupçonnable, irrespirable, inimaginable. Brûlée, violée, assassinée, violée… Je ferme les yeux… avant que l’envie de gerber ou de pleurer me prenne.
 
Vingt ans, et dans quelques jours les assassins de sa femme seront libérés.
Vingt ans, Vincent y pense encore à ce jour. Vingt ans que Vincent rumine sa rage, sa tristesse, sa vengeance. Une vengeance qui le libérera peut-être.
 
En attendant, Vincent boit. Des bières, beaucoup de bières. Et du whisky aussi. Et de la gnole aussi. Vincent boit, puisqu’il n’a plus grand-chose à faire si ce n’est sortir son chien encore plus vieux que lui, encore plus perclus de rhumatismes que ses vieux os qui arrivent tout juste à le lever de sa chaise jusqu’à la porte du frigo pour attraper une bière.
 
« Je suis vieux, je suis seul, je suis alcoolo, je suis une caricature. »

dimanche 26 avril 2020

Quarantaine

« L’agent sanitaire a maintenant introduit le thermomètre dans son oreille droite. Un bip retentit, telle une alarme. T-K est aussitôt pris d’une violente quinte de toux. L’inspecteur s’écarte précipitamment.
Les contrôles sanitaires ont été mis en place pour contrer une épidémie. Une maladie contagieuse a franchi les frontières du pays où elle s’était déclarée et se propage comme une traînée de poudre à travers le monde. Mais personne n’a encore pu identifier avec certitude les vecteurs de contamination. Un médicament est à l’étude, et les États, par peur d’en manquer, s’arrachent tous les vaccins disponibles. Heureusement, le taux de mortalité de cette maladie n’est pas très élevé. T-K, qui s’est fié aux déclarations répétées des journaux télévisés de son pays, a cru qu’il suffirait de respecter une hygiène personnelle rigoureuse pour se garder à l’abri de ce virus hautement transmissible. »


J'arrive à l'aéroport, l'esprit encore vaseux de la cuite de la veille. L'embarquement comateux, je regarde quand même l'hôtesse de l'air, genre #jenesuispasunvirus et jambes à la coréenne. Un putain de mal de crâne. Le whisky ou ce rhume que j'ai choppé et qui s'attache à moi comme des morpions avides de mon sang ambré. Le débarquement ressemble au début d'un cauchemar, inspection sanitaire et thermomètre dans le cul, c'est bien meilleur. Fièvre matinale, mal dans sa peau, le cœur qui s'emballe. Ces gars en combinaison d'astronaute, même si j'ai toujours rêvé de devenir cosmonaute, me foutent un peu les jetons. La communication entre nous est difficile, de par leur masque, de par ma compréhension de la langue. Pas la peine de chercher un taxi, on m'emmène direct à mon nouveau lieu de résidence, un hôpital bien gardé. Mais, bon, je ne devais pas être assez atteint, la libération suit son court, je sors dehors, à l'air libre, un nuage m'enveloppe, une fumée blanche que les institutions sanitaires vaporisent à partir de camion citerne naviguant de rues en ruelles. J'entre dans l'immeuble, un appartement à l'étage loué par ma société, le gardien a le masque de circonstance, je me sens perdu dans ce pays inconnu. Et c'est à ce moment-là, je le sens, que je bascule dans un autre monde. Personne ne semble prévenu de mon arrivée, j'essaie de joindre l'autre bout de la planète, malgré le décalage horaire, c'est que je crois que j'ai oublié en partant mon clébard dans mon appartement, la vieille grincheuse du dessus doit être encore en train de pester contre les aboiements intempestifs du chien de mon ex-femme. Une voix me répond, le chien baigne dans une mare de sang avec mon ex-femme. Je savais que cette fois-ci j'avais « un peu » trop bu...