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dimanche 24 janvier 2021

Fjord Cubain


Ne me parle pas de blizzard, de froid, de neige et de fjords norvégiens. 

Non, parle-moi plutôt de bikinis, de soleil et de mojitos. J’aime les bikinis et les mojitos.

Hasta Siempre, commandante.

Ne me parle pas de solitude, de tristesse et d’abandon.

Non, parle-moi plutôt d’amour, de passion, de sexe. J’aime les histoires d’amour, j'aime les histoires de sexe, surtout avec un mojito.

« Des mojitos dans le sang, au soleil, pas à la maison pour retrouver le vide, l'absence. Prolonger au maximum, au lieu du taxi, les jambes, malgré la chaleur, pour traverser ces rues pleines d'odeurs obscènes, de sueur, de bananes pourrissantes, les relents tout proches de l'océan, les poissons et l'essence par temps de crise mêlés à l'odeur des lointaines plantations. Le vent saturé de salpêtre qui fouettait les façades humides, l'odeur de poussière mouillée. »

Elle n’avait simplement pas envie de passer le réveillon du 31 décembre, seule dans sa maison. Seule, son fils ne faisant guère d’effort pour venir la voir de temps en temps, ou pour prendre de ses nouvelles. Seule et triste, cette bibliothécaire norvégienne, d’un « certain » âge, prend sur un coup de tête un billet d’avion pour Cuba. Hôtel 5 étoiles, je l’accompagne, j’aime la chaleur cubaine, surtout celle de ces danseuses mi-dénudés que je croise à l’ombre d’une plage pendant qu’elle reste au bord de la piscine, un verre de mojito et un orchestre de bellâtres noirs jouant quelques salsas cubaines.

Il lui offre un verre de vin blanc, ce bel homme à la trompette, ce noir qui dénote sur sa peau blanche. Une histoire qui va finir dans le lit de sa chambre, 4ème étage vue sur l’océan. Elle a au moins deux fois son âge, ça la gêne un peu au début, mais la passion est la plus forte. C’est la fin des vacances, le retour en Norvège et cette impression de vide comme cette bouteille de rhum, ce sentiment de solitude qui te colle à la peau comme une poussière de vie.

« La vie, déclara Ramon dans une chemise à motif d’anciens fanions, a la couleur du rhum. »

Plusieurs voyages successifs au cours des mois, des années. Toujours le soleil cubain, toujours le même noir à la fin de la chanson au bord de la piscine, le même verre de vin blanc. Comme une répétition pour trouver la finalité. Celui de le faire sortir de la prison ensoleillée de son île… mais au milieu du vent et de la neige peut-il avoir un avenir dans son monde à elle ?

Voilà donc un très beau roman, qui parle de solitude et d’un certain choc entre deux mondes qui se rencontrent, se trouvent – ou pas. Une belle histoire teintée, d’amour et de tristesse – cela va ensemble -, de rhum et de salsas – cela va de paire -, de soleil et de neige. Une belle histoire de sexe, j’aime sentir son parfum « mojito », à laquelle plusieurs semaines après, j’en garde en mémoire ses effluves, avec ce qu’il faut de poussière et de sueur. Merci. 

« Loin de l’océan et de tous les arbres, les chevaux aux flancs secs et courbant l’encolure vers la terre, l’odeur de poussière, de rhum, des cigares qui rougeoyaient au rythme de la respiration, comme si cette petite lumière qu’ils provoquaient étaient synchronisés avec un pouls, emplissait l’espace, puis se retirait vers les murs. Vertige, nausée, je voulais dormir, il me suivit jusqu’à un lit de planches au premier étage où je me réveillai au chant du coq à l’aube, à côté de lui, sous une couverture. »   

« Parle-moi », Vigdis Hjorth.

Traduction : Hélène Hervieu. 



jeudi 10 décembre 2020

Rhum et Caribou


Je laisse derrière moi le Mont-royal et son « ascension » vertigineuse, un écrin de verdure au cœur d’une ville, et un type qui vit dans une cabane dans les arbres. Peut-être pour voir les étoiles de plus près, ou pour boire un p’tit verre de caribou, seul sans être dérangé par les ivrognes du coin, ceux qui martèlent l’asphalte craquelé de leurs sabots poussiéreux. Il m’a fait découvert un peu de son univers, si on peut appeler ça un univers, un gars qui vit dans la rue. Parce qu’à travers les déambulations nocturnes et dissolues que j’arpente dans les rues de Montréal, mon regard se porte sur ces marginaux. Comme son nom l’indique, des gens à la marge de notre société où il faut savoir parfois regarder et écouter pour leur donner un semblant d’humanité. Je vois aussi des expatriés, une colonie haïtienne, à l’image de mon pote Dany avec qui je prenais un thé et une tarte au citron meringué au Café Sarajevo en me prenant pour un écrivain japonais.

« A cause des enfants, les femmes en parlaient à mots couverts. Elles échangeaient en termes sibyllins les derniers échos glanés dans un journal ou à la radio, discutant du mode opératoire du psychopathe. La scène qu'elles évoquaient se passait forcément en hiver, car en hiver tout était plus glauque. Parfois, il faisait nuit dès 15h30, on pataugeait dans la neige aux stations de bus. Lorsque finalement apparaissait le véhicule aux allures de vieux bison exténué, la file indienne se mettait docilement en branle, l'un après l'autre les usagers grimpaient dans le véhicule, généralement bondé et puant le vêtement mouillé. Bien plus tard, une passagère constatait une sensation bizarre au mollet ou à l'arrière de la cuisse : son bas nylon avait été tailladé, et généralement un mince filet de sang s'écoulait d'une estafilade peu profonde. Le maniaque au rasoir avait de nouveau sévi. »