"La masse impressionnante de nuages qui avait tout à l'heure surgi de loin là-bas, vers le sud, s'amoncelait maintenant de plus en plus, déployant dans le ciel d'étranges reliefs de la couleur du plomb annonciateurs de tempête, telle une énorme barrière qui se serait soudain dressée entre la corvette et l'horizon. Les rayons d'un soleil, déjà à demi voilé filtraient tristement à travers les nuages, s'irisant, comme une sorte d'auréole, d'une écharpe brillante et multicolore, qui tombait dans la mer.
L'averse était imminente.
- Au cacatois et au perroquet ! hurla l'officier de quart."
Les vagues déferlent sur le pont, l'océan se fait sauvage, l'écume blanchâtre lèche le sol lavé des pêchés de ce bas-monde. Les matelots alignés par vents et marées, la vieille corvette rentre à son port. Les marins débarquent, les bars seront bruyants cette nuit, les femmes sortent leurs sourires en plus de leurs parures. Nuit de sueur. A son bord, reste Bom-Crioulo, un colosse ébène, la sueur luisante, le regard troublant. Les muscles saillants, cette machine dans la tête, le cuirassé noir, machine sourde et tempête, le corps fier, leitmotiv, nuits secrètes. A son bord, le jeune Aleixo, charmeur et charmant mousse, le corps fragile d'un éphèbe dans la nuit brésilienne. Un regard, un sourire, sur un quai humide, la sueur brûlante. Saudade.
