« Je me lève aux premières lueurs de l’aube, après une nuit d’insomnie et de fantasmagories exténuantes… Je suis si fatigué, si troublé. Je n’en peux plus. Je ne peux plus continuer comme ça. Tous les chemins de l’ombre conduisent à cette certitude atroce : il m’est arrivé ce dont j’avais le plus peur. Et le pire est que je ne sais pas si c’est vrai, si c’est fini ou s’il manque encore quelque chose, causes ou effets… Tout est épars, flottant, incohérent. Je ne sais pas si c’est la vérité ou si je suis en train de l’inventer… J’ai inventé tant de choses, la réalité m’a démenti tant de fois, qu’il m’est impossible de ne pas avoir des doutes… Il n’est pas possible qu’il fasse déjà jour. La nuit se prolonge, elle se balance comme un grand bateau obscur, entre la pensée et le rêve, entre la terreur et le réalisme. Je voudrais attraper une idée, une seule, et la contempler… Mais elles passent toutes hors de ma portée. »
Une
nuit, réveil en sueur, je contemple les étoiles. Il ne me reste plus qu’elles
depuis que le monde s’est effondré, mon monde. Se retrouver seul, dans le noir,
silence absolu, j’entends mon cœur battre. Battre pour une femme, une femme qui
est partie. C’est un peu de mon âme qui a disparu, s’est envolé au milieu de
ces étoiles. Alors des larmes coulent, celles d’un homme perdu, sans repère,
sans envie, dans une putain de vie.
Il
est écrivain, au devenir prometteur, mais l’inspiration n’y est plus, sa muse
partie. La télé est allumée. Ou pas. Elle grésille, lueur grise dans la
pénombre. On dirait un vieux Rintintin qui est diffusé. Un oiseau me parle, un
cactus me répond, enfin, je ne sais plus trop. Hallucinations d’un insomniaque.
D’ailleurs, que croire. Les images se confondent, de la réalité ou du rêve.
J’invente, j’imagine, je rêve, je fabule, je divague. Ma vie, mon âme, mon
œuvre. Des larmes, des vagues, mon vague à l’âme. Le jour se lève, ma vie est
derrière moi. Il y a les larmes d’un homme qui ruissellent comme la pluie le long
de la vitre. J’ouvre la fenêtre, vois le vide sous moi, le vide de ma vie, un
chien aboie, le cabotin, pendant que le ciel vire à l’orange.