Affichage des articles dont le libellé est Chris Haley. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Chris Haley. Afficher tous les articles

mardi 9 janvier 2018

Des Moissonneuses-Batteuses et de la Couille Poilue

« Le Festival de la Couille », un titre qui va te faire sourire, air malicieux qui plisse de jolies rides autour des yeux. Parce que tu crois que j’ai choisi ce titre pour le titre, et tu t’attends à ce que je t’abreuve de salacités perverses au goût de sperme et de suc séminal dégoulinant entre les cuisses de demoiselles n’ayant pas froid aux yeux ni aux majeurs. Sauf qu’aujourd’hui, je vais m’attarder aux histoires vraies que composent ce livre. Pas un roman, pas tout à fait des nouvelles bien que cette vingtaine d’histoires pourraient se lire comme telles. Entre deux grands romans, Chuck Palahniuk ne cesse d’écrire. Pour des journaux, pour soi, pour moi. Il parle de la vie, celle des gens de l’Amérique profonde perdus dans le Kentucky ou la Géorgie. D’ailleurs peu importe l’État où il erre son esprit, l’écrivain compose des articles, des reportages, des impressions du temps et du vent et cela en devient presque passionnant. Pas comme, bien entendu, son « Fight Club » ou son « Choke » car l’auteur choque les âmes de ses mots crus et de ses situations trash. Non, là il expose des faits, il interviewe des célébrités ou presque, il se balade dans des campagnes pour de fabuleux concours de moissonneuses-batteuses. Il se retrouve dans des bars à écraser des cafards pendant que son pote se fait écraser par le cancer dans la chambre de l’hôpital du coin de ce bar. Il s’enivre dans de réputés concours de fellation… Mon univers, en somme. Le silence de la campagne que seul le moteur d’un mastodonte Massey-Ferguson vient déranger. Le silence d’un homme seul attablé devant une bière sur un comptoir collant que seul un jukebox crachotant un air de country vient perturber. Le silence d’une femme pompant passionnément que seule ma giclée impromptue vient accentuer.

« Ce soir, il est question de briser et de réparer. Ce soir, on a le pouvoir de vie et de mort.
Tout le monde est rassemblé pour le concours de moissoneuses-batteuses de Lind. Lind est une ville de quatre cent soixante-deux âmes dans les collines arides, aux confins est de l'état de Washington. Elle est blottie autour des silos d'Union Grain, alignés le long du chemin de fer de la Burlington Northern. Les artères numérotées – First, Second et Third Road – sont parallèles aux voies ferrées, elles aussi. […] Dans toutes les directions sur plus de cent cinquante kilomètres, il n'y a que des champs d'armoise et d'amarante, sauf sur les collines vallonnées couvertes de blé. Dans cette région, les tourbillons de poussière s'en donnent à cœur joie. Les voies ferrées relient les grands silos des villes agricoles comme Lind, Odessa, Kahlotus, Ritzville et Wilbur. A la sortie nord de Lind s'élèvent les restes en béton du pont ferroviaire de Milwaukee Road, aussi spectaculaires qu'un aqueduc romain. Aucun document ne permet de savoir d'où vient le nom de Lind. Vers le sud, s'étendent les terrains de rodéo, des gradins sur trois côtés d'une arène poussiéreuse. Les lièvres viennent pâturer dans un parking de graviers autour des carcasses cabossées et rouillées des anciens participants au concours de démolition. Les concurrents sont de grosses et lentes machines à moissonner le blé. »