Fines
et froides les gouttes ruissellent le long des rives de mon chapeau, les
lampadaires éclairent ma sombre face, étrangeté d’une nuit sans lune.
Pas
un chat, ni même la chatte d’une pute, l’obscurité des lieux leur fait peur.
A
moins que ce soit le silence qui y règne, celui de ma vie qui empiète dans ces
ruelles tristes.
Un
reflet dans le caniveau m’absorbe, j’ai envie de m’y engouffrer comme dans une
bouche d’égout, pour ne plus en ressortir, dégouts.
Je
poursuis mon chemin, l’air d’un chien mouillé, peut-être même l’odeur aussi.
J’allume un vieux mégot de cigare, parfum mâle.
Le
regard perdu, empli d’un je-ne-sais-quoi peut-être est-ce du vide, de l’amour
ou de la tristesse, je recherche le bleu de la lune, le cœur bleui par des
bleus à l’âme.
Je
me sens dans la peau d’un privé, je lisse ma moustache en V. Mon dernier
contrat, même pas payé, l’archétype du privé loser à la recherche de sa lune.
Ce
que j’aime dans la vie d’un privé, plus que les coups reçus dans la gueule, des
gnons qui font mal, c’est la fiole de whisky dans la poche de mon imper, la
bouteille dans le tiroir de mon bureau. Ma raison d’être, misérable être qui
erre dans la nuit.
