Je
me promène dans la rue, à la recherche d’un bar ouvert, le genre avec vomis sur
le trottoir, signe qu’on a le droit de saouler toute sa peine à l’intérieur et
à l’extérieur. Fraîcheur hivernale qui me tient éveillée lorsque je pisse
contre le réverbère. C’est à ce moment-là qu’un SDF me parle en japonais. N’y
prêtant guère attention, je m’enfuis dans le lieu enfumé où les odeurs aigres
d’urine débordant des chiottes et de sueur des piliers de comptoir scotchés à
leur tabouret me prennent à la gorge. Difficile de respirer, le cœur est
comprimé – où est-ce ma putain de vie qui me comprime. Il cogne, dans le corps,
dans la tête. Boom, boom, une explosion de tristesse qui largue ses larmes
radioactives. Je commande une bière pour commencer, ce ne sera qu’un début,
j’ai besoin d’oublier ma vie, cette putain de vie. Je sors le bouquin de ma
poche, renverse au passage la boite à cure-dents, finis ma bière.« J’avais la gorge sèche et du mal à respirer, ma respiration se résumait à un râle sec. Je vidai d’une traite une troisième bouteille de Corona et ressentis aussitôt les vingt centilitres de bière plonger directement dans mes couilles avant de se répandre en moi. »
Mon
compte réglé, la gueule minable, impossible de me regarder dans la glace
derrière le comptoir, toute l’histoire de ma vie, je sors titubant et croise de
nouveau le regard de ce japonais. Et le voilà qu’il reprend contact et me
demande d’aller voir une certaine Keiko, en me filant un sachet d’ecstasy. Pour
le plaisir. Et crois-moi que l’ecstasy conjugué à la Corona, ça te met en vrac
tes pulsions sexuelles, à en déchirer les coutures de ton jean.