lundi 9 avril 2018

Sam, t'es où, câlisse ?

« Un dernier coup d'œil à la ruelle, à la lune, au ciel pas d'étoiles, à une poutre au plafond.
« Anyway, je suis mort déjà. »

Un dernier coup d’œil à la ruelle éclairée par une lune pâle. Le plafond est bas, les nuages imposent leur chaleur ouatée. Je lève les yeux au ciel, espérant y retrouver malgré tout le bleuté de la lune. Mythique. La lune et une étoile qui brille dans le ciel, dans le cœur, au plus profond de mon âme. Sauvage. Un cri dans la nuit. Bestial. La bête rôde, un loup ? Non. Juste un chien qui clame sa solitude la nuit, comme un loup le ferait pour retrouver sa meute. Sam. Sauf que Sam n’a pas de meute, un chien solitaire, un chien SDF, un chien de SDF.

Des ivrognes gerbent sur le trottoir. Pourtant la soirée est encore jeune. De la musique stellaire braille sa mélancolie à l’intérieur des vieux juke-box d’un bar où les habitués s’endorment sur le comptoir quand ce n’est pas dans le caniveau. Un être perdu, une âme en peine. Il crie lui-aussi. Sa peine, sa solitude. Sa peur surtout. Il a perdu son compagnon, son être cher, son chien Sam. Il vit dans la rue. Sam le maintient en vie. Une grosse boule de poil pour se lover contre. Que va-t-il devenir, câlisse, sans son chien. Sans Sam.

« Lonely.
Y a pas de mot pour dire ça en français. Une solitude pesante et triste qui te donne pas envie de mourir (du moins pas les bons jours), mais juste de ne pas être là, comme Freddie Mercury.
I don't want to die, I sometimes wish I'd never been born at all. »

Il erre dans les rues, entre les ruelles toujours plus sombres. Des bouts de chemin obscur comme sa vie, aussi ténébreux qu’une musique de Leonard Cohen. Il parle tout seul. Je comprends sa douleur, je la ressens. Sam est tout ce qui lui reste dans sa vie. Un chien, comme une bouée de sauvetage pour le tenir à flot dans cette putain de vie. Sam, t'es où, câlisse ?

Il s’affole, il panique, il est surtout perdu. Il n’arrive plus à réfléchir. Sa pensée comporte ce voile noir qui masque toute perspective. Il respire, un coup, deux coups. La tension s’abaisse. Le rythme cardiaque se calme. Il a entendu une musique. Pas un appel, juste un souvenir. Une longue chanson comme le hurlement d’un chien sauvage sous acide psychotrope. Il se dirige vers cette mélopée mystique. Il espère que Sam a eu le même réflexe. Après tout, ils écoutaient ensemble les mêmes titres, les mêmes musiques d’âme. Et pendant ce temps-là, il raconte sa vie, sa déchéance. Putain de vie. Il n’a pas été épargné par le sort ou le diable. Tabarnak.

Sous la lune, quelques gouttes tombent entre les craques du bitume. De quoi faire pousser la mauvaise herbe, ces gouttes d’eau salée qui ne tombent pas du ciel mais de son âme. Et de la mienne, par l’occasion de cette rencontre. Merci. Fucking triste mais humaine. Profondément. 

« La nuit est en train de tomber, et ça me gosse vraiment beaucoup, mais la lumière est fucking belle. Je voudrais qu'il fasse gris, que les nuages soient tellement bas qu'on doive se baisser pour pas les manger dans face. Là, l'orange et la chaleur du ciel me rappellent que le monde se crisse bien de moi pis de nous. Que le monde continue sa vie comme si de rien n'était, alors que j'ai perdu la seule affaire qui me restait. »      

« Chercher Sam », Sophie Bienvenu.

8 commentaires:

  1. Réponses
    1. Calisse que c'était triste. Mais bon aussi...

      Supprimer
  2. Je ne sais pas si on retrouve Sam mais il m’a l’air bien triste ce livre. Certainement émouvant oui, mais bien triste !

    En revanche envie de nager avec les bulles de ta bière :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il faut bien des livres tristes pour les lecteurs tristes...

      Supprimer
  3. C’est aussi ça la vie. Des milliers de SDF et une horde de monde qui s’en crisse. La vie c’est aussi des bouts de chemin obscurs, parce qu’on ne sait jamais ce qu’il y a devant. La vie c’est l’histoire d’un SDF, comme tant d’autres, qui ont leur Sam à eux. Et le jour où il disparaît, c’est le temps qui s’écroule, avec ses rêves et ses espoirs. À partager des bouts de trottoir avec eux, il m’est arrivée aussi de verser des gouttes de sel dans les craques d’un trottoir. L’auteure a aussi vécu avec eux pour écrire ce roman. C’est fucking triste mais c’est la fucking life. Alors disons que c’est fucking vrai et profond... Merci pour Animals et Waters. Hostie c'est la classe en tabarnak...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La fucking life, ça fait mal. Et heureusement qu'il y a des compagnons de route et de trottoir pour la partager. Des bêtes à poil qui sont généralement plus humaines que les humains (bison compris) de notre société.

      Fucking triste mais fucking book. Tabarnak de vie.

      Supprimer