« Beaucoup de gens se sentent mal dans leur peau, parce que ce n’est pas la leur. »

« A onze heures et demie je fus pris d'un tel besoin de tendresse et d'amour que je suis allé chez les bonnes putes. Je suis allé rue des Pommiers, comme d'habitude. J'ai cherché Greta qui avait les bras longs mais je me suis rappelé qu'elle était allée travailler en appartement. Il y avait là cependant une grande blonde qui était moins bien sous tous rapports que les autres et je me dis qu'elle allait me témoigner plus de tendresse que les autres, par gratitude. Nous allâmes à l'hôtel des Professions libérales, au coin.
La bonne pute me dit qu'elle s'appelait Ninette et je lui dis que je m’appelais Roland, ça m'est venu comme ça. Elle me mit tout de suite à l'aise :
- Viens sur le bidet, chéri, que je te lave le cul.
C'est toujours la même musique. Je me mis à cheval sur le bidet à contrecœur. Il ne faut pas croire que les objets n'existent pas non plus. J'ai souvent pour eux des sentiments chrétiens. J'étais assis à poil sur le bidet avec mes chaussettes et je pensais que la vie d'un bidet, c'est quelque chose. »
La bonne pute me dit qu'elle s'appelait Ninette et je lui dis que je m’appelais Roland, ça m'est venu comme ça. Elle me mit tout de suite à l'aise :
- Viens sur le bidet, chéri, que je te lave le cul.
C'est toujours la même musique. Je me mis à cheval sur le bidet à contrecœur. Il ne faut pas croire que les objets n'existent pas non plus. J'ai souvent pour eux des sentiments chrétiens. J'étais assis à poil sur le bidet avec mes chaussettes et je pensais que la vie d'un bidet, c'est quelque chose. »
Avoir un serpent chez soi n’est pas chose usuelle. Surtout comme substitut au calinage. Parce que face à la solitude d’un homme, ce dernier a le besoin pour survivre de caresser son python, python qu’il a surnommé lui-même Gros-Câlin ! Mais une bête comme ça faut la nourrir, premier problème. Le second, c’est que tous vos collègues veulent voir votre python, mais toi, tu ne veux le montrer qu’à Mlle Dreyfus dans sa mini-jupe très courte en peau de fauve et laisser ton serpent se lover entre ses cuisses… Elle est si extraordinaire, cette femme, Mlle Dreyfus que j’en perds mes mots à chaque fois que je pense à elle. Confus même, devant sa beauté, la beauté de son con. Intimidé, devant son sourire. Bandé, devant son cul. Oups, je m’égare sur ses formes callipyges, le serpent qui est en moi se fourvoie dans des délires libidineux. Même ma psy n’y peut plus rien pour moi, un cas désespéré m’a-t-elle dit, avant de me sortir de son cabinet et de sa vie. Alors je me retrouve seul avec mon python, je deviens mon python, mon python devient moi, je ne sais plus qui est qui, c’est ça la solitude d’un homme. Parler à son serpent, un serpent qui te répond, il tire sa langue, tu le prends dans ta main, il s’allonge devant toi… Oui, je veux moi aussi un Gros-Câlin, ça semble si bon.
« … Il y a d’ailleurs en Russie un fleuve qui s’appelle le fleuve Amour. »
Merci pour ce grand roman sur la solitude d’un homme. Un roman d’amour ou de recherche de l’Amour où l'on arpente, comme les bonnes putes l'asphalte brûlant, ces rives de ce fleuve au même nom, l’amour pour l’extraordinaire Mlle Dreyfus, le désamour de soi, quand l’homme, cette bête insignifiante, ne se voit, sans prétention aucune, que comme la représentation d’une chiure de mouche, guère plus et encore c’est déjà un lourd fardeau pour le monde de la drosophile.
« Gros-Câlin », Emile Ajar.
« Je puis en tout cas assurer l’amateur éclairé qui hésite encore à acquérir un python que je n’ai aucun drame d’« incommunicabilité » avec Gros-Câlin. Lorsqu’on est bien ensemble, on n’a aucun besoin de se mentir, de se rassurer. Je dirais même que l’on reconnaît le bonheur au silence. Lorsque la communion est vraie et entière, sans frimes, seul le silence peut l’exprimer. »
Tabarnak! T’as relevé un défi de taille!!! Et là je ne joue pas avec les mots, le serpent démesuré qui frétille dans tes shorts, j’veux bien te croire ^^ mais je parle du défi d’écrire un billet sur un livre de Romain Gary! Crisse c’est mon auteur fétiche, mon chouchou, mon adoré, j’ai lu pratiquement tous ses livres et je ne suis jamais arrivée à en parler, j’ai ben trop peur, peur de pas en parler assez bien! (mais je travaille là-dessus...)
RépondreSupprimerD’ailleurs j’veux bien que tu m’expliques tes lubies de cul propre, séance de 50 minutes, j’ai tout mon temps... :-)
Le désamour de soi, la solitude de l’homme... autant de sujets que Romain (pour les intimes) maîtrise aussi parfaitement qu’une paire de Joes seincères...
Celle-là il faut l'immortaliser :D
Tu vois, moi non plus, je n'ai pas réussi à écrire sur Romain Gary, mon premier Romain, mon premier Emile. D'ailleurs, je n'ai parlé que de la longueur de mon serpent, sujet essentiellement masculin, parce que ce n'est pas la taille du serpent qui compte mais son frétillement...
SupprimerLes Joes sincères, j'ai trouvé ça magnifique, mais ce n'est pas de moi, c'est de Romain lui-même ;-)
Démesuré, démesuré, c'est pas ce qu'on m'a dit !
SupprimerEnfin moi j'dis ça, j'dis rien pantoute...^^
Et certainement que ce qu'on t'a dit est plus proche de la vérité :-) C'est que par moment, j'aime bien me faire mousser, dans la bestialité de ce monde...
SupprimerLa démesure est à la graine ce que les Joes sont à la sincérité ^^
SupprimerC'était ma pensée profonde du jour, à méditer...
Sublime pensée qui montre bien la profondeur de ton esprit et de ton âme...
SupprimerLa vie d'un bidet ça doit être effectivement quelque chose.
RépondreSupprimerOn a tendance à ne pas y penser assez souvent....
SupprimerSuperbe chronique d'un livre plus profond qu'il n'y paraît...
RépondreSupprimerhttp://thebinarycoffee.blogspot.com/2017/02/viens-que-je-te-lave-le-cul.html
Il y est toujours question de profondeur, surtout avec le cul, propre de préférence...
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