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jeudi 14 janvier 2021

Bêtes de Nuit

Et si on prenait la route pour le Maine. Une maison de campagne au cœur de la forêt, quelques jours de vacances en famille. Le soleil couchant, l'asphalte s'assombrit, les lumières s'éteignent... Nocturnes sensations... J'entame un bouquin, nocturne insomnie. Tony conduit tranquillement, sur des routes de silence et de poussière, et puis l'accrochage. Des gars sortent d'une vieille guimbarde, le look Amérique profonde ou dégénéré façon Délivrance. Et puis là, l'impensable, l'inimaginable, nocturne horreur. Le début du cauchemar.

Il savait qu'à l'ivresse de la chevauchée nocturne succéderait une gueule de bois matinale et qu'il aurait toutes les peines du monde à ne pas tomber de sommeil dans l'après-midi et à retrouver un horaire normal, mais il était un cow-boy en vacances et c'était le moment ou jamais d'être irresponsable.
- Alors, c'est parti, dit-il.
Ainsi s'en furent-ils par l'autoroute, sous le long crépuscule de juin, croisant au large des cités industrielles, cisaillant lentement les courbes et avalant patiemment les longues montées et les descentes parmi les terres agraires, pendant que le soleil, derrière eux, incendiait de ses derniers feux les fenêtres des fermes à flanc de colline. Tous trois s'extasiaient de l'aventure et s’émerveillaient de la beauté de la terre au couchant, avec cette lumière rase jetée sur le jaune des champs, le vert des bois et le noir du goudron devant eux, qui virait étrangement à l'argent dans le rétroviseur. 

dimanche 19 février 2017

des Animaux Nocturnes


Une exposition dans une galerie d’art où des femmes obèses remuent leurs bourrelets en habit de cheerleaders. Générique. Étrange, mystérieux, obscène presque. Elles se retrouvent allongées, nues sur des promontoires… Pornographie d'un étrange spectacle. Mal à l'aise, l’art avec la majuscule à L.A. Un film sur l'Art, signé par l'esthétique Tom Ford. Dès les premiers instants, je sens que le couple en face de moi se délite, la fin d'une histoire. Lui est absent, question de boulot à New-York, des maîtresses probablement à New-York aussi. Elle dirige sa galerie, monte ses expositions, seule. Elle se dit pourtant trop cynique pour ce métier, et en ce vendredi soir, elle a le cafard, seule dans sa maison style architecte branché, froide et isolée. Comment passer un bon week-end, au chaud sous la couette, verre de rouge et roman tripant qui sort des tripes et des coutumes, le rouge salutaire, l'écriture de sang et de larmes

Elle reçoit un manuscrit, qui lui est spécialement dédicacé, de son ex-mari. « Nocturnal Animals », la virée d'un père dans le Texas profond, avec femme et fille. Une vieille voiture sur une route déserte, façon « Duel ». Mais ceci n'est que littérature. Pourtant, seule dans cette maison, avec un verre de vin, elle rentre dans le texte. Elle s'imagine dans cette voiture, avec son ex-mari et sa fille. Les pages défilent, elle se sent de plus en plus bouleversée par l'histoire. Est-ce le roman de sa vie, une vie qui vire au cauchemar. Le roman d'une vengeance avec force sadisme. Tu te souviens de cette balade bucolique en canoë ? Flippante. Tu gardes l'ambiance, et tu remplaces la rivière bouillonnante par un désert assoiffant. Un gang de hillbillies texans, des animaux nocturnes, pas consanguins mais tout aussi abrupts dans la sauvagerie de leurs actes.


mardi 20 décembre 2016

Ecrit à l'encre des Heptapodes

Ce n’est pas mon « Premier Contact » avec le québécois Denis Villeneuve puisque je le suis depuis quelques années, « Incendies », « Prisoners », « Sicario ». Je prends un immense plaisir à découvrir ses films dans des registres aussi différents. Plaisir renouvelé une fois de plus dans cette science-fiction qui montre plus d’émotions que d’effets spéciaux.

Ce n’est pas non plus mon « Premier Contact » avec le langage extra-terrestre, j’ai toute la discographie – ou presque - de Magma et de Christian Vander. Alors je suis ouvert à l’écoute des gens d’une autre planète. Les sons ne me font pas peur. Les silences non plus.

Installé tranquillement à la terrasse d’un café, matant ma bière, une blonde charpentée, et les jambes de la voisine, une brune épicée, un portable sonne, puis un second. Cela vibre de toute part, sonneries, bips, sms. Même la voisine qui décroise ses jambes, ça me décoiffe. Il doit se passer un truc de ouf. Justement un truc a atterri dans le Montana, au milieu d’un ranch, les bisons en sont tout retournés. Et pas que…   

Au casting, le colonel Forest Withaker (petite présence, à la limite de l’anecdote) joue son rôle de commandant, tiraillé entre l’écoute de ses conseillers et de sa hiérarchie. Jeremy Renner, le scientifique et Amy Adams (que je découvre), la linguiste, sont justement ces deux conseillers chargés d’établir un « Premier Contact » avec ces Aliens.