Ça n'existe pas, Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. A part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chardonne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable "bonheur". Ou ceux, ils sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. »
Tu connais la jeunesse de Barbezieux. D’ailleurs tu connais Barbezieux, au fin fond de la campagne Charentaise, à deux ponts ou deux routes de la Dordogne. Le désert absolu en matière de plaisirs adolescents. Surtout quand tu es en Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Un lieu qui n’existe pas. D’ailleurs, Barbezieux n’existe pas, ou ne devrait pas, surtout quand tu es jeune.
Alors casque sur les oreilles, protection en mousse orange, le lecteur cassette autoreverse attaché à ta ceinture, tu écoutes Bruce Springsteen qui deviendra le boss, « Because the night ». Cette nuit. Et après, me diras-tu ? Rien, juste cette musique et après on s’embrasse, on se suce et on s’encule. Oh It's so good Oh it's so good Oh it's so good
Quand tu es seul, tu sors un livre, tu aimes les livres, l’odeur de la bibliothèque, ces étagères de poussière. Mais tu ne le dis pas, tu le caches un peu même. Pas que tu es honte, mais avec ton aspect longiligne, on te prend déjà pour une tapette, que tu n’as pas besoin que les insultes « sale pédé » fusent à tout bout de champs. Parce que des champs dès la sortie de Barbezieux, il n’y a que ça…
