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dimanche 13 octobre 2024

Les Amours de Barbezieux


  « Je suis élève en terminale C au lycée Élie-Vinet de Barbezieux.
Ça n'existe pas, Barbezieux.
Énonçons autrement. Nul ne peut dire : je connais cet endroit, je suis capable de le situer sur une carte de France. A part peut-être les lecteurs, et ils sont de plus en plus rares, de Jacques Chardonne, natif de la ville, et qui en a vanté l'improbable "bonheur". Ou ceux, ils sont plus nombreux, mais ont-ils de la mémoire, qui empruntaient la nationale 10, naguère, pour se rendre en vacances, au début du mois d'août, en Espagne ou dans les Landes, et se retrouvaient systématiquement bloqués dans les embouteillages, là, précisément, à cause d'une succession mal pensée de feux tricolores et d'un rétrécissement de la chaussée. »

  Tu connais la jeunesse de Barbezieux. D’ailleurs tu connais Barbezieux, au fin fond de la campagne Charentaise, à deux ponts ou deux routes de la Dordogne. Le désert absolu en matière de plaisirs adolescents. Surtout quand tu es en Terminale C au lycée Elie-Vinet de Barbezieux. Un lieu qui n’existe pas. D’ailleurs, Barbezieux n’existe pas, ou ne devrait pas, surtout quand tu es jeune.
Alors casque sur les oreilles, protection en mousse orange, le lecteur cassette autoreverse attaché à ta ceinture, tu écoutes Bruce Springsteen qui deviendra le boss, « Because the night ». Cette nuit. Et après, me diras-tu ? Rien, juste cette musique et après on s’embrasse, on se suce et on s’encule. Oh It's so good Oh it's so good Oh it's so good

  Quand tu es seul, tu sors un livre, tu aimes les livres, l’odeur de la bibliothèque, ces étagères de poussière. Mais tu ne le dis pas, tu le caches un peu même. Pas que tu es honte, mais avec ton aspect longiligne, on te prend déjà pour une tapette, que tu n’as pas besoin que les insultes « sale pédé » fusent à tout bout de champs. Parce que des champs dès la sortie de Barbezieux, il n’y a que ça…    

mardi 20 juin 2017

Rencontres Chaudes à Barbezieux

J’allume la télé, chambre douteuse d’un hôtel, Rue de la Gaieté. La rue des théâtres. Mardi, c’est relâche ce soir. Alors je descends la rue dans tout son long jusqu’au Falstaff, bar à Chouffe. Se désaltérer d’une Chouffe avec toute la langueur et le cérémonial. Une seconde pinte même, c’est happy hour. En remontant la rue, je vois les néons de quelques sex-shops encore en activité. Presque glauque. Je me glisse derrière le rideau, en toute discrétion. Je glisse une pièce dans la fente. Je glisserai bien un majeur dans sa fente, danseuse nue et aguicheuse derrière une vitre, des miches rondes, un cul pressenti ferme. Où est le vrai là-dedans ? Certainement pas dans ses seins, ni dans l’amour ou la passion. Le lieu est froid, sans amour, sans attrait même, même pas celui de la digression. De toute façon, internet a tué les sex-shops. 

« Il ferma la porte à clé derrière lui, glisse une pièce de dix francs dans l’appareil et cherche la chaîne vingt-deux. La brune est toujours là mais pas la blonde. A sa place, un grand type musclé à genoux fait un cunnilingus à celle que malgré lui il considère déjà comme sienne. Autant c’est excitant à faire un cunnilingus – et certaines filles, se dit-il, ont des chattes délicieuses, il est persuadé que la chatte est la bouche de l’âme, les âmes noires et amères donnant aux chattes un goût noir et amer -, autant c’est ridicule à voir. Ce type à genoux qui tire la langue, grotesque ! »

J’allume la télé, nouvelle chambre miteuse d’un hôtel de campagne. Pas de room-service, ni même de bar. J’éteins la télé, de toute façon, y’a même pas le câble. Il faut que j’aille sur la place du village, troquet ouvert jusqu’à 22h30 où les agriculteurs en mal de solitude étanchent leurs soifs jusqu’à plus soif, d’un rouge agressif d’un blanc cassis, une télé toujours allumée sur les informations régionales pour suivre le cours de la viande de bœuf. Barbezieux. Il y a plus idyllique pour faire des rencontres. Je hais ces salons littéraires qui déplacent l’esprit au milieu des bouses de vache. A marcher dedans sans porte-bonheur. Rencontres chaudes à Barbezieux, ça fait bander !