« Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doute pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée, j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus. »
Avant
de me plonger dans les premières lignes de ce petit livre, je l’imagine déjà
comme l’une des belles histoires d’amitié de la littérature. Hans et Conrad,
deux amis fidèles pour la vie. Hans Schwarz est juif, mais bon peu importe, vit
dans un univers plutôt bourgeois. A 16 ans, au lycée Karl Alexander Gymnasium
de Stuttgart, il ne brille pas plus que ses camarades, mais se fait remarquer
par sa solitude. Si les autres le méprisent par moment, il n’en fait guère une
affaire personnelle et laisse couler les guerres personnelles comme l’eau de la
Neckar qui traverse majestueusement la ville.
Un
matin comme tous les autres, ou presque, le soleil plonge la ville dans les
reflets de sa Neckar. Ce matin, un nouvel élève entre en scène, Conrad Graf von
Hohenfels, une tête d’un blond princier, la noblesse dans ses vêtements et dans
son maintien. Une cour s’affaire autour de lui à la cour de récréation, mais il
n’en semble guère touché par ses marques de fausses attentions, conscient de
son statut familial et de la noblesse de son sang.