Eté 1967, début et fin d’une vie. Pour la fin, celle de John Coltrane. A Love Supreme sera son testament. Une œuvre qui bousculera tant d’âmes, celle de Patricia en premier, la tienne peut-être, la mienne, une évidence. L’été de la mort de Coltrane fut une ode à la brune, belle et pleine d’épices, à la musique, des références rock au punk et à l’amour, pour un homme son évidence. 1967, un tournant dans cette putain de vie.
« C’était le vendredi 21 juillet, et subitement je me suis heurtée au chagrin d’une époque. John Coltrane, l’homme qui nous adonné A Love Supreme, venait de mourir. Des dizaines de personnes se rassemblaient en face de St. Peter’s Church pour un dernier adieu. Les heures ont passé. Les gens sanglotaient tandis que le cri d’amour d’Albert Ayler réchauffait l’atmosphère. On aurait dit qu’un saint était mort, un saint qui nous avait offert une musique pour guérir l’âme et n’avait pu lui-même être guéri. Parmi tous ces inconnus, j’ai ressenti un immense chagrin pour cet homme que je n’avais pas connu, sinon à travers sa musique. »
Patti Smith, dont sa musique a participé depuis quelques années à ma vie, se livre presque intimement et nous livre un grand roman d’amour et de tristesse, deux sentiments qui vont de pair. Spleen, les mots de Baudelaire sont profondément ancrés dans son âme. Coltrane, Baudelaire, les références, des êtres qui me causent également tant ils sont présents en moi. Elle évoque aussi ses doutes à ses débuts, et d’ailleurs il n’y a de début qu’à cause de l’influence d’un autre poète, dont j’ai aimé me recueillir sur sa tombe, main dans sa main, Jim Morrison, le silence des lieux, son silence, mon silence. « Le silence était complet, à l'exception du bruissement des feuilles d'automne et de la pluie, qui devenait plus drue. Sur la tombe sans inscription s'accumulaient les présents des pèlerins qui m'avaient précédée : fleurs en plastique, mégots de cigarettes, bouteilles de whisky à demi vidées, chapelets cassés et amulettes bizarres. Le graffiti qui veillait sur lui était fait de mots tirés de ses propres chansons, traduits en français : C'est la fin, mon merveilleux ami. This is the end, beautiful friend. » The End, fin d’une vie au cimetière du Père Lachaise, la tristesse en guise de suite, le retour au silence et à cette putain de vie.