« Les bruits du saloon étaient comme assourdis par
des couches de poussière et de chaleur. »
Un nuage de poussière, les portes battantes d'un saloon, un
homme seul au comptoir, une bière un bourbon, l'évocation d'un majestueux
troupeau de bisons quelque part dans l'ouest sauvage... Le tout dans les trente
premières pages. Il y a même une putain qui regarde mon regard vide, au fond de
la salle. C'est dire que je suis d'entrée plongé dans mon élément, la grande
littérature de la conquête de l'ouest, parmi les trappeurs de castors, les
chasseurs de bisons et les ivrognes qui ont perdu leur fortune autour de
quelques bouteilles de whisky frelaté.
« Il prit une profonde inspiration, l’odeur âcre du
pétrole mêlé à la sueur et à l’alcool emplit ses poumons ; cela le fit
tousser. Il s’approcha du bar, qui lui arrivait à peine à la taille. Le barman,
petit homme chauve aux grandes moustaches et au teint bilieux, le dévisagea
sans mot dire.
« Une bière », dit Andrews.
Le barman prit une lourde chope sous le bar. Il ouvrit le
robinet d’un des fûts posés sur de larges caisses en bois et fit couler la
mousse blanche le long du verre.
« Ça fera vingt-cinq cents », dit-il en plaçant la
chope devant Andrews.
Ce dernier y trempa les lèvres ; la bière insipide lui parut
plus chaude que la salle. Il posa une pièce sur le comptoir. »