Depuis
sa sortie en salle, je rêve de voir ce diptyque, conçu au départ comme une
mini-série en 5 épisodes à la télévision japonaise. Cinq années qui se sont
écoulées et qui m’ont obsédé, cinq années durant lesquelles je me posais ces
deux questions à chaque tasse de thé :
1.
Qui sont celles qui voulaient se
souvenir ?
2.
Qui sont celles qui voulaient oublier ?
Kiyoshi Kurosawa, avant tout renommé pour ses films d’horreur et surnaturels, dans le genre « terrifiant » et « creepy », à en hurler un cri interminable (de jouissance ?), vient ici avec un autre état d’esprit, inquiéter par le mystère. Il fait de ce Shokuzaï un thriller hautement psychologique qui interroge l’âme des hommes et des femmes en l’occurrence, puisqu’il n’y sera question que de « celles ».
Elles
sont donc cinq. Cinq petites filles que l’innocence de l’âge s’arrêtera nette
en cette fin d’après-midi, dans le terrain de sport de ce petit village de
campagne. Elles sont en train de jouer, à la balançoire, à la marelle ou à la
corde à sauter, je ne sais plus, des jeux de petites filles. Un type demande un
petit service à l’une d’entre elle. Innocent que je suis, je me dis quand même
qu’il a l’air un peu louche le gars. Pourquoi elle, d’ailleurs ? Pourquoi
pas moi ou toi ? Elles se poseront cette question toute leur vie, hantées
par une réponse qui ne viendra jamais apaiser leur souffrance. Emili vit ses
derniers instants, alors que le soleil n’est pas encore couché, violée et
sauvagement assassinée dans le gymnase désert. Elles l’ont toutes vu mais ne
disent rien, ne se souviennent pas de la tête de l’assassin. La mère d’Emili,
entre tristesse et colère, les maudira. Elles ne se déferont jamais de cette
malédiction maternelle.
