Bonjour.
Une voix au téléphone.
Vous pourriez venir demain matin, Madame. Nous aimerions vous parlez. Vous pourriez nous aider. Je vous donne rendez-vous à 9h00 au poste de police du Havre.
Je n'arrive plus à sortir un son de ma gorge. Des images viennent et reviennent, viennent et reviennent. Comme ces vagues qui s'échouent sur le rivage. Ressac.
Bonjour.
Reconnaissez-vous cet homme ? Non, pourquoi je devrais... Je ne sais pas. On a retrouvé le corps de cet homme sur la plage. Non, je ne le connais pas. Il n'avait pas de papiers, rien dans ses poches, juste un ticket de cinéma, la séance de lundi soir. Vous êtes sûr de ne pas avoir une petite idée sur son identité. Non… Au dos du ticket de cinéma, il y avait votre numéro de téléphone…
"Il était midi quand je suis montée sur la digue - je voulais faire moi
aussi la promenade au phare. Un halo d'humidité flottait sur la jetée,
qui s'est évanoui dès que je me suis approchée, la barre devenant alors
très réelle, tendue, et rehaussée côté mer d'un muret de béton tel un
rab de rempart, si bien que j'entendais les vagues cogner contre la
muraille, le boucan du ressac, mais je ne voyais rien. Au loin, le phare
projetait son désœuvrement sur l'avant-port, flou et solitaire, résigné
à attendre le soir pour émettre sa signature lumineuse : un éclat rouge
toutes les cinq secondes visible à vingt et un milles nautiques. Le
battement cardiaque de la nuit portuaire. Une pulsation électrique qui
le distinguait parmi les phares et balises de la façade Ouest et clamait
: je suis le phare de la digue Nord du Havre."
