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lundi 18 mars 2024

Paix Dieu et Amour


« Pour expliquer la vie au monastère, il faut avant tout mentionner le silence. Pendant mes années passées ici, j'ai appris que le silence n'était pas seulement le calme ou l'absence de bruit. Au contraire, il s'agit plutôt d'une écoute très attentive. Le silence est nécessaire pour percevoir le bruit au-delà du bruit, la sensation au-delà de la sensation. »
 
Sous le regard de la lune, pleine et bleue, contemplant le silence, je me remémore la vie de Frère Jean. Il y a des vies que l'on n'oublie pas, comme des instants de bonheur venus éclaircir votre horizon. Frère Jean est là devant moi, dans sa robe monacale. Il est vieux maintenant, plus le genre à monter sur une échelle. Pourtant, il a encore la mémoire vive et les souvenirs douloureux. Oui l'amour fait mal. Il cogne, il frappe quand on ne l'attend pas. Il fait se poser des questions, puis il disparaît le jour, un jour, pour revenir chaque nuit, une vie. 
 
« Le silence ressemble à un miroir sombre qui parvient à révéler les os et la chair même à travers plusieurs couches de vêtements. D'une certaine manière, c'est quelque chose de redoutable. Lorsque je décidai de prendre l'habit de moine, j'étais plein d'admiration pour ce calme, mais je n'avais pas imaginé qu'il possède un tel pouvoir. Je ne me souviens pas précisément, mais il me semble que je me retournai alors timidement vers la gare. Le sifflet de mon train qui repartait me parut irréel. J'eus le sentiment d'avoir laissé ma courte jeunesse dans ce train, avec le bruit, mes peurs, joies, dégoûts, angoisses, pleurs, envies, jalousies... Comme je posais un pied dans le long couloir plongé dans la pénombre, j'aperçus furtivement mon âme toute nue par l'entrebâillement des rideaux du vacarme. »
 

dimanche 19 septembre 2021

Curry Indien et Chaï Latte


Dès les premières pages, je me retrouve au milieu d’odeurs, de parfums, de couleurs et de femmes. Un harem ? A mon grand désarroi, en fervent passionné de tantrisme, je suis juste au sein d’une cuisine familiale où ça popote autant que ça papote. Un grand repas s’y prépare, aux souvenirs et à l’anniversaire des funérailles, peut-être les miennes, d’ailleurs, qui sait… Le temps de goûter à la saveur d’un curry orangé, je prends part à ce partage, littérature indienne au menu du jour. Cela fait longtemps que je n’ai pas posé mes sabots poussiéreux dans un restaurant indien. Encore plus d’avoir ouvert un bouquin indien en dehors des recettes de curry et de cuisine. C’est dire l’expérience, aussi excitante qu’une orgie dans un ashram ou qu’un air de Ravi Shankar dans un festival hippie au lever du soleil. 

« On avait envoyé Maya cueillir des goyaves sur l'arbre qui poussait au milieu de la cour. Seules les femmes étaient autorisées à cueillir les fruits parce que "leur toucher rend l'arbre plus fertile", affirmait Bhagwan. Mais uniquement es jeunes mariées, pas les veuves ou les stériles. Ces femmes-là avaient les mains sales, elles étaient maudites par les dieux, rejetées par les hommes. L'arbre aurait cessé de donner des fruits si une veuve ou une femme stérile en avait touché ne fût-ce qu'une feuille. Maya était exactement le genre de créature qu'il aimait. Jeune, la chair ferme, les yeux pétillants et les cheveux brillants. Des dents blanches comme des perles et une haleine au parfum de musc. Mais depuis qu'il avait prononcé ses vœux, il devait les tenir à distance et supporter ces vieilles harpies desséchées qui s'asseyaient à ses pieds toute la journée. Leurs yeux tristes et éteints qui le regardaient avec adoration, leurs cheveux blancs qui sentaient la vieillesse. Elles s'inclinaient devant lui et s'accrochaient à son corps de leurs mains noueuses. Maya était un fruit interdit, mûr à point, dans lequel il aurait adoré mordre. Peut-être dans une autre vie. »

mardi 13 août 2019

Une Fleur de Camélia


« Mon existence même est peut-être une erreur dès le départ. »

Je m’avance sur le sable, le soleil couchant illumine les vagues venues s’échouer à mes pieds. Le regard porté sur l’horizon, les souvenirs tentent de remonter à la surface. Elle vient de perdre sa mère, quelques cartons et une vie antérieure se dépoussière. De ces cartons échoués dans son appartement, beaucoup d’interrogations relatives à sa mère adoptive surgissent du passé. Et comment ne pas douter de sa propre existence lorsque l’on ne sait pas les raisons d’un abandon dans un orphelinat là où ce même soleil est en train de se lever, à l’autre bout de l’océan Pacifique, là-même où d’autres vagues, peut-être les mêmes s’échouent sur le rivage de la Corée.

Elle s’appelle Camilla, comme les fleurs de Camélias. Une photo sur laquelle posent deux personnes, elle et sa mère, devant un massif de camélias. A vingt et un ans, elle a besoin de connaître la vérité sur son histoire, sa mère sa naissance. Et ce n’est qu’en foulant la Corée qu’elle pourra trouver un semblant de réponse. Parce que toutes les histoires sont différentes…