dimanche 12 février 2017

des Tronçonneuses et de l’Alcool

« Il glissa un CD de Tom Waits, Rain Dogs, dans le lecteur.
Poussa le volume à fond, pour que la voix du crooner déglingué surmonte le ronflement du moteur et le fracas de la pluie.Sortit un sachet d’herbe de la poche de son treillis et entreprit de se rouler un joint.  »

Je descends du métro, ligne 13, jusqu’aux quais où une péniche m’attend. Un peu déglinguée, un peu rouillée, du genre à avoir voyagé et à avoir essuyé quelques tirs de kalachnikov. Je remonte la Seine, et me retrouve subitement sur la Mère de tous les fleuves, Mère des Eaux, humidité tropicale horde de moustiques vengeurs. Pas le temps de faire mes piqûres de rappel ni de mettre à jour mes vaccins contre la fièvre jaune, l’aventure n’attend pas. La mousson non plus charriant les restes des cadavres khmers, fièvre rouge, jetés quelques années plus tôt dans les eaux tumultueuses du Fleuve Kong. Seul à la barre, sifflotant un air déjà connu, l’air du large de la liberté et des putes à gogos dans les bars à gogos, une bouteille de whisky coincé dans les rayons de la barre, attention à la vague ou aux remous, l’aventure n’est que mouvement, des singes me montrent leurs culs rouges, les oiseaux ont percés l’horizon de leurs cris avant de s’envoler vers une direction opposée. DANGER ! Ça pue les emmerdes, mais en bon baroudeur, là où il y a de la merde, les émeraudes s’y retrouvent.

« Après avoir fumé son joint jusqu’au dernier millimètre, Bozo était allé se coucher. Je restais seul à la barre, avec Tom Waits qui, sur le lecteur CD, éructait son Downtown Train. »


vendredi 10 février 2017

Klaxonne. Claquette

C’est l’hiver, le soleil brille, je me retrouve dans les bouchons, bretelle d’autoroute à Los Angeles. Les femmes brillent aussi, robes colorées, jambes halées. Klaxonne. Et dire que j’ai oublié mon parapluie. Mais Los Angeles n’est pas Cherbourg, je peux danser et même chanter sous la pluie. Sauf qu’à L.A., cité des Anges, il ne pleut pas, je referme donc mon parapluie, digne d’apparaître dans une comédie musicale de Jacques Demy. Je sors de la voiture, comme une centaine d’embouteillés qui ont eu la même idée. Je danse, je vole, je virevolte entre les voitures. Une femme en robe jaune me montre sa culotte jaune, elle danse, elle virevolte. Saute entre les voitures, danse, chante « la la la ». Je suis dans une comédie musicale autoroutière au milieu des anges. Et j’aime ça.

Oui, j’aime les comédies musicales – enfin, comme tout, ça dépend de qui, de quoi de la musique. En adorateur de Grease ou de La fièvre du samedi soir, en appréciateur de Fame ou de Flashdance, j’aime ce mélange de danse et de cinéma. Ah La La et Les Blues Brothers… Bon, je n’irai pas jusqu’à regarder Les demoiselles de Rochefort, et je ne connais pas non plus les classiques d’antan, Fred Astaire et Gene Kelly, mais qui sait, avec le soleil de Californie tout est possible, même l’impensable, celui de me voir aimer des comédies romantiques enchantées et en chanson. V'la la mon p'tit aparté sur mon fringant passé de comédies musicales-la-la...

Et pourtant, j’ai aimé. Ryan Gosling, charmeur, élégant, fringant qui rêve d’ouvrir cette boite de jazz, sa passion le jazz pur et dur, Coltrane et Monk, Bechet et Armstrong. Emma Stone, belle et sourire enjôleur qui rêve d’Hollywood, rêve d’actrice. Ils se croisèrent sur cette autoroute, lui écoutant les mesures de Thelonious, elle récitant son prochain casting. Klaxonne. Claquette même, en chantant La la la.

mercredi 8 février 2017

Flamenco Hindou

La dernière fois que j’ai dû écouter John Mc Laughlin, c’était à l’époque où je passais mes journées allongées dans la fumée d’un ashram à l’autre bout de la planète. Autant dire une autre époque, les cheveux longs gras et sales, des femmes aux seins nus vaquaient de fellation en fellation sous la tente, c’était le bon temps de l’amour et de la liberté et jouissance sans tabou ni préjugé. Le bon temps, en somme, celui du jazz, celui de la fusion, celui où le jazz fusionnait avec le rock en même temps que je fusionnais avec cette brune aux jambes interminables.

Bon, je vois que tu restes dubitatif face aux frasques de mon vécu imaginaire. Quelques années en fait que je n’avais pas écouté le guitariste, mon dernier plaisir datant de l’époque de Shakti ou des grands moments du Mahavishnu Orchestra. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, dès les premières notes perçues, je me retrouve plongé, les cheveux rasés, dans cette ambiance Mahavishnu, les années soixante-dix les fleurs et les seins nus – non, je ne fais pas une fixette sur les seins nus. La guitare électrique de Sir John, je lui donne même des lettres de noblesse, tant il parait l’un des derniers survivants de cette époque. Ambiance rock ou ambiance feutrée, au choix, qui accompagne volontiers un verre de vin, rouge pour la précision. J’imagine un petit côte du Rhône sans prétention, certainement illuminé par le soleil de Vishnu.


lundi 6 février 2017

De certaines façons de mourir…

La radio allumée, le soleil du Mexique s’éteint. Les ondes diffusent une radionovela vénézuélienne. De piètre qualité mais surtout bon marché du genre à casser les prix, au grand désespoir de mon ami, voix célèbre sur les ondes radiophoniques depuis plus de vingt ans en compagnie de la belle et grosse Guadalupe Frejas. Il s’est spécialisé dans les rôles de méchant, une voix qui fait peur tout en émoustillant les jeunes vierges et les grosses dindes mexicaines. Mais… Maintenant qui voudrait de lui, si les vénézuéliens lui piquent son boulot. Même pas les publicitaires, une voix de violeur d’enfants ou d’égorgeur de femmes fragiles ne fait pas vendre.   

« - Je n’ai pas voulu vous offensez.
- Ne vous inquiétez pas. Vous, vous n’offensez qu’avec votre langue.
- La langue est plus puissante que l’épée.
Il écarta un peu sa veste et je vis une masse sombre.
- On a inventé des choses plus efficaces. Colt .357 Magnum. Vous connaissez ?
- Non.
- Vous avez de la chance. Ils sont pires que le tabac ; une fois qu’on les a utilisés on ne peut plus vivre sans. Comme les femmes… »

Justement, le Chauve, au crane aussi exécrable que sa physionomie, lui donne la carte de visite d’un de ses amis. Un boulot bien payé, parait-il. 5000 dollars tout de suite, 10000 après le boulot. Une telle somme laisse à réfléchir. Y a de quoi tuer un homme pour ce prix-là. Et si c’était vraiment ça le contrat ? Est-ce qu’une voix peut tuer ? Dans le genre assassinat politique. Au Mexique, tout est possible, même le roman noir salvadorien, Rafael Manjivar Ochoa, écrivain exilé.


mercredi 1 février 2017

Jack Orion (Fa la la la la la la la la la)

 

Ce soir, cette nuit, je te propose un petit album qui passerait presque inaperçu devant l’immensité de cette nuit étoilée. Du folk vintage sorti d’un autre temps. D’un autre côté, c’était effectivement d’un autre temps, 1970. Qui se souvient encore de cette époque où tu liquidais tes neurones à coups de joints et de gâteaux au chanvre.  Lointaine époque que furent ces seventies, mais la musique semble encore plus ancienne comme sortir du Moyen-âge, une ère médiévale, dans le genre ménestrel et « oyez, oyez braves gens ».

Des airs purement traditionnels de l’épopée des chevaliers et une musique si douce, ambiance acoustique, une musique avec un accent oriental, douce sitar, et cette voix féminine si frêle si douce de Jacqui McShee, un air si sage avec ses cheveux lisses et raides.

(Fa la la la la la la la la la)