jeudi 13 avril 2017

Trouble de la Personnalité

Philadelphie. Un parking, sortie d’un dinner, anniversaire…
Trois adolescentes jacassent dans la voiture. Elles rient, s’occupent de leurs smartphones, plus que de ce qui se passent de l’autre côté de la vitre arrière.
Un homme rentre par la porte du conducteur, démarre, gaze les filles.
Flash-info : trois filles kidnappées.

Un film qui démarre fort. Les trois filles se retrouvent séquestrées dans un bâtiment si austère qu’il en parait abandonné, à part Kevin. A moins que ce soit Barry ou Dennis ou Hedwig ou Patricia… Kevin semble avoir donc un léger trouble de la personnalité, avec pas moins de 23 identités différentes qui prennent le dessus à tout moment. Un acteur, 23 rôles, James McAvoy que je découvre, n’étant pas un adepte des X-Men.
Grandiose, il fait peur avec son crâne rasé, ses changements multiples de voix, de sourire, de regard… Un nouveau regard sur la schizophrénie, effrayant…

mardi 11 avril 2017

Jaï Alaï

«…dans la vie, il n’existait pas de marche arrière. »

Par où commencer une chronique quand un roman bouleverse les pages de ta vie. Je découvre Jean-Paul Dubois avec ce livre sur « la succession », le deuil, la vie et l’amour impossible. Petit aparté d’entrée de jeu avant d’oublier, sur un sujet à peu près similaire, mon grand coup de cœur de l’année précédente était signé Philippe Claudel, « l’arbre du pays Toraja », roman qui n’a pas eu le droit à sa chronique ne trouvant les mots pour exprimer mon bouleversement. Comme souvent quand on bouleverse ma vie. Un roman donc qui a eu le droit à mes silences et dont je lui rends un peu hommage ici. Mais revenons au Pays Basque…

Par où ?
La Floride, bien sûr, Miami. Du soleil, des boites de nude girls, et le paradis des strings, bien sûr. Non oublie toutes es émotions, tu n'es pas dans un roman de Tom Wolfe qui a tant su me vanter les charmes de Miami et ses atouts proéminents. Florida, orange sanguine et sex on the beach… Je me dois donc de délaisser la plage, ses marais de crocodiles et ses danseuses latinas pour me concentrer sur cette corbeille en osier, fabrication directe et exclusive du Pays Basque par l’entreprise familiale ô combien réputée Gonzalez, que les aficionados nomment en bon basque chistera, ces trois murs qui se dressent devant moi, une foule hurlante, les paris sont fous, parier sur moi, le pauvre type, le jeune médecin un peu fou qui a plaqué la médecine de papa pour vivre de sa passion, la pelote basque.      

dimanche 9 avril 2017

Marathon Boy

« Que la fraicheur de la rosée apaise votre âme, messieurs ! »
 
Commencer à courir. Pieds nus. Avoir du mal à respirer. Sentir une brûlure dans la gorge. S’arrêter. Souffler, essoufflé. Sentir ses cuisses brûler, cramer. Aussi dures que de la pierre. Ce n’est que l’apprentissage, petit, de la course à pied. Il ne mettra pas longtemps à rattraper son grand frère. Il faisait l'éloge de la lenteur et de la paresse, il découvrit que courir lui procurait de nouvelles sensations. A sentir le sol, cette terre, celle de ses ancêtres, de son peuple, de sa vie, foulée par ses pieds, il fuit, s'enfuit, pour échapper aux représailles de l'envahisseur nippon. Le Japon a annexé la Corée. Le Japon contrôle la Corée. Le Japon maltraite la Corée. De son plus jeune âge, il voit ce virulent opposant qui règne en maître sur son territoire, sur celui de ses parents. Il est l'esclave des japonais.

Depuis, il ne cessera de courir. D'abord pour aller chercher chez le voisin chinois des melons pour les vendre ensuite aux japonais, avant de s'asseoir à la table de son école, les yeux fatigués par cette folle chevauchée matinale – il faut dire qu'étudier le japonais n'est pas dans ses priorités. Il s'entraînera, encore et encore. Jusqu'aux jeux olympiques de Berlin de 1936, organisés par l'ami Hitler. Le Japon voudra faire de ses jeux une fierté nationale, quitte à enrôler des non-japonais dans l'équipe nationale. 

Et Kee-chung remportera la première médaille d'or de la Corée au marathon... sous un nom d'emprunt japonais, sous la bannière japonaise... Sur le podium, le regard se mêle de honte et de haine.

vendredi 7 avril 2017

L'Accordeur de Bergen

« Le grondement d’une corne de brume rependait à l’infini sa musique désolée de violoncelle. »

Si l’histoire commence à Fès, dans la Medina, je la retrouve à Bergen, cette jeune fille frêle et fragile, tout au Nord de l’Europe, au Nord de la vie, du froid et des ancêtres viking qui boivent leur cervoise dans des crânes humains. Il pleut, comme tous les jours. La nuit tombe vite mais des étoiles scintillent encore dans le ciel. Probablement l’âme des ancêtres qui veillent sur les corps encore vivants. Mais j’apprends vite qu’elle n’est plus vraiment vivante. Un passé lourd, des coups et une fuite. Bergen, comme une échappatoire avec vue sur la mer, mais pas la Méditerranée.

« Qui n’a pas vu la pluie tomber à Bergen ne sait rien de la pluie. Chaque jour il pleut. Ici, lever les yeux vers le ciel n’est pas un signe d’espoir mais de résignation. Une pluie qui ne mouille pas, prétendent les Bergenois pour faire bonne figure devant une étrangère. C’est vrai qu’elle ne mouille pas, à condition de lui échapper, de pousser la porte d’un de ces pubs où la bière pression et les jeux de fléchettes s’y entendent pour égayer les nuits précoces de la cité hanséatique. »

Je pousse une porte, un pub bruyant, des hommes bourrus qui chantent, lancent des fléchettes et cognent des choppes en métal. « Krol » ! En tous sens. Cela « krol » de partout – et j’ai oublié de mettre une sk[r]oll au frais. La langue y est inconnue, mais belle. Au Maroc aussi, elle m’était inconnue mais me paraissait moins belle, plus écorchée. Elle, je la sens justement écorchée, comme une abandonnée de la vie, malgré ses vingt-trois hivers. Comme quoi, certaines blessures physiques atteignent au plus profond de l’âme.

mercredi 5 avril 2017

Le come-back du coussin péteur

Ines, la quarantaine et brillante associée dans une société allemande installée à Bucarest, a mis sa vie de côté pour s'investir totalement dans son travail. Une réussite sociale qui semble l'épanouir pleinement jusqu'au jour où son père, quelque peu fantasque et farceur, débarque chez elle et vient foutre en l'air sa vie trop bien rangée.

Winfried, adepte des coussins péteurs et dents de Dracula, joue de son excentricité à fond, comme une marque de singularisation dans une société bien trop sérieuse à son goût. Mais avant tout, il est père et sent que sa fille, malgré les apparences affichées, ne va pas si bien que ce qu'elle prétend. Ils se sont perdus de vue, leurs vies se sont éloignées l'une de l'autre sans vraiment comprendre pourquoi et comment.

Le film se veut émouvant et drôle. Il joue sur les deux registres, mais je sens des réticences. Les coussins péteurs ne me font plus rien depuis quelques années, éjaculer sur un cupcake avant de le manger ne m'est jamais venu (du moins, pas encore) à l'esprit. Le film doit avoir ses fans, critiques et spectateurs. Moi, je suis resté dubitatif. Pas vraiment excité par une réalisation peut-être trop plate, trop lente. Pourtant, le fond du film peut faire réagir. Son principal atout. Jusqu'où s'investir dans son taf. Et pour quelles conséquences. Les relations entre les générations ne sont pas aisées à garder au beau fixe jusqu'au bout, et lorsque le courant s'éloigne, irrémédiablement, il est bien difficile de contre-carrer cette dérive, presque involontaire, qui éloigne les êtres, même issus de même sang. Tu vois la barque s'éloigner dans la brume de la vie, mais les amarres larguées, tu ne sais plus comment te rapprocher à nouveau de la rive...