J’ai laissé la moto au garage, comme mon âme de biker. Plus une question de prudence qu’un hommage à Johnny. Mais écouter les Allman Brothers Band dont le nom a perdu en 1973 une partie de sa raison d’être en Harley peut s’avérer dangereux. « Brothers and Sisters », cinquième album du groupe. Un album qui me fait du bien, presque joyeux. Certes, de l’excellent blues, une pointe de boogie-woogie, un soupçon de country, mais j’ai tendance à préférer les oraisons funèbres et intimes à l’hymne à la joie et la joie de vivre. Le blues se doit d’être triste, sombre mais lumineux, l’univers d’une âme en peine, d’un pauvre type devant son verre, à demi vide. Alors, dans un nuage de poussière, âme du désert, je démarre le pick-up, couleur poussière, siège en cuir, radio branchée canal « Radio Poussière ». J’ai les santiags qui frétillent dans le South, direction le dinner, mélange de bruit et de poussière, celui avec une serveuse au sourire plantureux. Bière et slide guitare au programme pour une nuit torride, celle avec Jessica.
Forcément, tu la connais cette Jessica. Elle est belle et elle boit sa bière au goulot. Ou alors c’est parce qu’elle boit sa bière directement à la bouteille qu’elle est si magnifique à mes yeux. Ses lèvres dansent au son du blues et de la descente, ses seins tournent avec la country, le stetson s’envole laissant voir le regard de braise qui anime cette nana. Un gros gars barbu et tatoué émet un rôt fier et enivrant de son odeur, ça tapote affectueusement sur la croupe des serveuses, objets sexuels de tous les désirs, ça cogne des santiags contre le plancher poussiéreux et mégotté, on dirait un troupeau de bisons sur une piste de danse, tout dans la légèreté.
