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jeudi 21 décembre 2017

In The Name of Rock : Jessica

J’ai laissé la moto au garage, comme mon âme de biker. Plus une question de prudence qu’un hommage à Johnny. Mais écouter les Allman Brothers Band dont le nom a perdu en 1973 une partie de sa raison d’être en Harley peut s’avérer dangereux. « Brothers and Sisters », cinquième album du groupe. Un album qui me fait du bien, presque joyeux. Certes, de l’excellent blues, une pointe de boogie-woogie, un soupçon de country, mais j’ai tendance à préférer les oraisons funèbres et intimes à l’hymne à la joie et la joie de vivre. Le blues se doit d’être triste, sombre mais lumineux, l’univers d’une âme en peine, d’un pauvre type devant son verre, à demi vide. Alors, dans un nuage de poussière, âme du désert, je démarre le pick-up, couleur poussière, siège en cuir, radio branchée canal « Radio Poussière ». J’ai les santiags qui frétillent dans le South, direction le dinner, mélange de bruit et de poussière, celui avec une serveuse au sourire plantureux. Bière et slide guitare au programme pour une nuit torride, celle avec Jessica.

Forcément, tu la connais cette Jessica. Elle est belle et elle boit sa bière au goulot. Ou alors c’est parce qu’elle boit sa bière directement à la bouteille qu’elle est si magnifique à mes yeux. Ses lèvres dansent au son du blues et de la descente, ses seins tournent avec la country, le stetson s’envole laissant voir le regard de braise qui anime cette nana. Un gros gars barbu et tatoué émet un rôt fier et enivrant de son odeur, ça tapote affectueusement sur la croupe des serveuses, objets sexuels de tous les désirs, ça cogne des santiags contre le plancher poussiéreux et mégotté, on dirait un troupeau de bisons sur une piste de danse, tout dans la légèreté.    

mardi 6 juin 2017

Le goût tourbé d’un whisky de Géorgie

La chevelure blonde descend difficilement de sa bécane. Usée par la vie, l’alcool et son foie usé, elle retourne sur ses terres de Géorgie. Cette chevelure aussi blonde que légendaire n’est autre que Gregg Allman, l’un des frères des Allman Brothers Band. Il voulait faire un dernier opus avant que son foie ne l’emporte définitivement dans le bayou. Un album de reprises, éternels morceaux maintes fois pris et repris, mais une voix unique, celle du sud, un accent de moiteur et de chaleur tropicale sur des airs à la Muddy Waters ou B.B. King, s’entourant de quelques grands noms du sud et du blues, comme le fabuleux Dr John au piano.

La voix s’élève une dernière fois de la jungle sudiste, charme les crocodiles et garde en bouche le goût tourbé d’un whisky de Géorgie. Les fans les plus fanatiques des Allman Brothers Band feront peut-être la fine bouche, espérant toujours mieux du prince du blues aux cheveux d’or qu’une simple revisite du répertoire sudiste. Moi, j’ai redécouvert la nonchalance de ce sud, la mélancolie de cette terre presque tourbée. En fermant les yeux, je pousse les portes battantes de ce bar presque perdu et abandonné si une dizaine d’Harley Davidson n’était pas garée devant. J’entends d’abord ce piano signé du Docteur de la Nouvelle-Orléans et cet homme encore debout, encore blond, toujours blues, toujours rocailleux. Je commande un verre de whisky, la sueur goutte de mes aisselles, parfum moite du sud profond, et j’écoute ce vieux Gregg. Rythm’n’blues sauvage, hommage.