"La venue de la nuit semblait accentuer la frénésie des zazous, gorgés de cognac. Des couples dégouttants de sueur parcouraient des kilomètres au pas de course, se prenant, se lâchant, se projetant, se rattrapant, se pivotant, se dépivotant, jouant à la sauterelle, au canard, à la girafe, à la punaise, à la gerboise, au rat d'égoût, au touche-moi-là, au tiens-bien-ça, au pousse-ton-pied, au lève-ton-train, au grouille-tes-jambes, au viens-plus-près, au va-plus-loin, lâchant des jurons anglais, américains, nègres, hottentots, hot-ce-matin, bulgares, patagons, terrafuégiens, et kohêtera. Ils étaient tous frisés, ils avaient tous des chaussettes blanches et des pantalons serrés du bas, ils fumaient tous des cigarettes blondes. [...]Pour mettre un peu d'entrain, il déboucha quelques nouvelles bouteilles et se versa une large rasade. Il rinça son œil de verre dans le fond de son verre, et, le regard plus brillant que jamais, s'élança vers une fillette."
Un piano à queue, une trompette et quelques verres de cognac, les ingrédients nécessaires à la loufoquerie de la suprise-party du Major. Beaucoup de folie pour un peu de cognac, beaucoup de cognac pour un peu de folie. L'élixir des Charentes dansent devant le tourne-disque du Major, ses convives dansent autour du liquide ambrée, des déhanchements furieux pour sortir de leurs camisoles et du swing, de la valse, du bop, le jazz et la belle Zizanie. Il lui a fallu d'un regard d'un sourire, sur un air de jazz, pour que le Major tombe amoureux de cette sublime femme, d'une crinière brune et de jambes élancées qu'il écarte de sa trompette jouissive - oh pardon monsieur quel beau trombone vous avez-là. Et c'est chaud, c'est bon, c'est humide, ça coule dans la folie, dans l'absurdité, dans l'amour. Le jazz c'est l'amour. L'amour c'est mon jazz.
