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lundi 11 janvier 2021

Regards Contaminés

J'ouvre la première page, deux photos qui se font face, une mère et sa fille, à gauche, des buissons à droite. Est-ce qu'elles jouent, est-ce qu'elles interrogent ? Je ne vois pas leur visage, leurs cheveux fouettant leurs regards, leurs sourires, leurs perplexités. Je me mets à la place de ce couple, la fille a envie de jouer, la mère a envie de la protéger. La protéger de quoi, de cet ennemi totalement invisible que les buissons ne laissent même pas entrevoir. La radioactivité. Il est un lieu où l'on ne peut plus aller, laissant à la dérive les souvenirs de sa vie, de ses ancêtres. Il est un lieu, où il est nécessaire d'avoir son compteur sur soi et vérifier que l'on peut sortir prendre l'air, prendre le vent qui emporte ou dépose quelques poussières invisibles mais radioactives.

Je tourne la page, deux autres photos, des enfants qui regardent à travers la vitre, un jardin mi-vert mi-ombragé presque abandonné. Et toujours cette même réflexion, comment continuer à vivre dans cet environnement. Pour soi, pour sen enfants, pour ses ancêtres. Delphine Parodi, photographe installée au Japon depuis 2010, montre le visible et l'invisible, des photos humaines où l'homme, la femme, l'enfant sont présents au cœur de son regard, tout comme la nature qui elle, continue, comme s'il ne s'était rien passé, à survivre dans cet environnement.

Une fillette arrose ses ipomées
avec l'eau non gazeuse,
La terre glougloute dans le parterre mouillé.
Sa mère accourt à toute allure.
L'eau achetée, je n'en gaspille jamais !
L'enfant répond calmement :
Contaminé, le mot que j'ai entendu de toi.
Aller chercher avec l'arrosoir
l'eau du robinet, que j'évite, ce serait absurde,
alors que ma fleur me fait confiance.