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dimanche 8 octobre 2023

Kama Sutra Kanac

" femme 
ton sexe était pour ma bouche 
un sujet trop tabou 
maintenant 
je fais coutume 
devant les mots 
me voici boucan 
volcan 
voici mon vol oblique de bouc 
dans ton camp 
dans ton clan et ta tribu 
me voici décharge nucléaire 
en mille implosions d'êtres 
m'échappant par les pores 
par la bouche 
et autres voies ferrées 
de ma poétique intraveineuse 
femme ton feu était pour ma bouche 
risque d'incendie 
propension à la pyromanie 
me voici dans le vif du sujet 
en zone de turbulence "

Cet instant de poésie m’accompagne ainsi d'une bouteille de rhum agricole, comme l'accomplissement de l'amour dans un jardin fruité. Aussi, au bout du premier verre, je peux déclarer la flamme à cette femme qui hante les esprits d'un pauv'type comme moi. Et par la flamme, j'entends y mettre le feu, de la passion et du fruit, ma langue sur les parcelles de ton corps, léchant les perles de sueur qui coulent de tes désirs, les gouttes de plaisir ruisselant entre tes cuisses. Et par la flamme, j'entends éteindre le feu, de ma modeste lance et ainsi inonder ta plaine de mes envies.
 

mercredi 31 mai 2023

Comme une ardente patience


« Et ce fut à cet âge… La poésie
Vint me chercher. Je ne sais pas, je ne sais d’où
Elle surgit, de l’hiver ou du fleuve.
Je ne sais ni comment ni quand,
Non, ce n’étaient pas des voix, ce n’étaient pas
Des mots, ni le silence :
D’une rue elle me hélait,
Des branches de la nuit, soudain parmi les autres,
Parmi des feux violents
Ou dans le retour solitaire,
Sans visage elle était là
Et me touchait.
… »

Un 31 mai, je me tiens silencieux, le regard perdu dans les rêves sur ce quai de gare. Prochain train vers le Sud, la pampa. Le sourire verdoyant de ses « collines ». Prêt à m’embarquer vers de profondes aventures, comme une ardente patience. Il est 7 heures du mat, des odeurs de café noir chatouillant mon esprit. Des hommes se précipitent dans les wagons, entassement de bêtes dociles. Un brouhaha amplifié par les charpentes métalliques de la gare. Épris d’un ardent désir, je suis prêt à m’embarquer vers cette nouvelle vie, ce buisson ardent, avec en son cœur le silence, l’amour et la poésie. Je regarde mon téléphone portable, attendant patiemment un message pour me donner le signal d’embarquer vers ce monde nouveau. En attendant, je feuillette un bouquin, des poèmes de Pablo Neruda écrits sur l’île Noire, les mémoires de Pablo, qui me ramène forcément à une ardente patience d’un autre chilien Antonio Skarmeta.
 

samedi 27 août 2022

La Fugue d'Arthur

Au temps d'une pandémie et d'un pass sanitaire, Sylvain s'en va battre la campagne de la Meuse à la Reie. Il s'en cours sur les traces de la fugue d'Arthur. La fulgurance d'un poète maudit, Arthur Rimbaud entre deux versants d'une colline, entre deux méandres d'un fleuve. Sous la pluie ou dans la brume, je les imagine tous deux discourir autour d'un verre de bière, une Blanche de Bruxelles, de Namur ou de Bruges. Il est cinq heures du soir au Cabaret Vert.    
 
"La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, change de point de vue. Ses poèmes sont des projectiles. Cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore. Quand le monde se fige, c'est la mort. Aucune poésie ne survit au formol. Voyez les quarantaines sanitaires." 
 
En fait de bières, il n'en sera jamais question. Ni même de vodka, si cher à mes souvenirs baïkaliens. Il faut dire que le gamin n'est pas en âge de boire. Et que contrairement aux illustres poètes que je peux fréquenter littérairement, Arthur n'a guère besoin d'alcool, de LSD, d'opium ou de mescaline. Arthur, l'être pur, le génie inné qui apprend de ses classiques - donc de ses maîtres - aussi sobrement que moi je m'enfile des bibines. Il voyage à travers les mots, je voyage à travers les houblons. Chacun son passeport pour l'autre monde, celui de l'imaginaire et des lettres.  

mercredi 27 octobre 2021

Des Variations Impromptues de Hank et de Sibelius

Bois. 
Serait-ce le dernier - ou premier - conseil de l’auteur ? 
Vis aussi. Chie surtout. 
Voilà tout est dit. Ou presque. 
Tu peux tourner la page, tu connais toute la philosophie de l’auteur. 
Tu peux tourner ma page, tu connais tout de ma vie. J’aborde donc une version poète de Hank. Des poésies en prose avec les thèmes de prédilections de l’auteur.

Il boit, certes. Il regarde des femmes, quelques. Il écrit surtout, sur ses écrits. Ce pourrait être des petits instantanés de sa vie. Du quotidien banalement banal. Charles Bukowski va aux toilettes, chie un beau morceau, parfois même un très beau morceau d'anthologie, retourne à sa fenêtre devant une bière, ou à sa machine à écrire devant un verre de vin. Et quand il sort de chez lui, dans le froid, la pluie ou le vent, - bon ok, c’est quand même la Californie - c’est pour aller à l’hippodrome. Les courses, son autre dada, en plus de celui d’écrire des poèmes en prose ou des nouvelles à l’eau de rose – ou aspergées d'eau sauvage. Et il écoute de la musique classique. C’est également un bon point. J’ai toujours trouvé qu’il avait bon fond, ce type, malgré son air grognon et renfermé. 

« Je ne crains rien ni personne, la pluie s'abat
sur la porte et je suis devant cet ordinateur
écoutant du Rachmaninov à la radio.
la pluie tambourine violemment à la porte,
alors je souffle la fumée d'un cigare à son intention
et souris.
derrière la porte il y a un petit balcon
sur lequel est posé une chaise.
je m'assieds parfois sur cette chaise quand il y a
de l'eau dans le gaz.
(bon sang voilà que la pluie rentre à l'intérieur !
formidable ! Une pluie battante sur ma chaise en bois
dehors !
les arbres et les câbles de téléphone s'agitent
sous la pluie.)
Je m'assois parfois sur cette chaise quand il y a
de l'eau dans le gaz.
et je sirote ma bière là dehors,
regardant passer les voitures la nuit sur l'autoroute,
remarquant au passage le nombre de lumières nécessaires
dans une ville, tellement de lumières.
et je reste assis là et me dis, bon, c'est peut-être
un sale moment
mais au moins tu n'es pas à la rue.
et tu n'es même pas encore au cimetière.
courage, vieux garçon tu as remporté des batailles
pires que celle-ci.
descends ta bière.

mais ce soir je suis à l'intérieur,
et Rachmaninov joue pour moi. »

[extrait : tempête pour les morts et les vivants]

lundi 11 janvier 2021

Regards Contaminés

J'ouvre la première page, deux photos qui se font face, une mère et sa fille, à gauche, des buissons à droite. Est-ce qu'elles jouent, est-ce qu'elles interrogent ? Je ne vois pas leur visage, leurs cheveux fouettant leurs regards, leurs sourires, leurs perplexités. Je me mets à la place de ce couple, la fille a envie de jouer, la mère a envie de la protéger. La protéger de quoi, de cet ennemi totalement invisible que les buissons ne laissent même pas entrevoir. La radioactivité. Il est un lieu où l'on ne peut plus aller, laissant à la dérive les souvenirs de sa vie, de ses ancêtres. Il est un lieu, où il est nécessaire d'avoir son compteur sur soi et vérifier que l'on peut sortir prendre l'air, prendre le vent qui emporte ou dépose quelques poussières invisibles mais radioactives.

Je tourne la page, deux autres photos, des enfants qui regardent à travers la vitre, un jardin mi-vert mi-ombragé presque abandonné. Et toujours cette même réflexion, comment continuer à vivre dans cet environnement. Pour soi, pour sen enfants, pour ses ancêtres. Delphine Parodi, photographe installée au Japon depuis 2010, montre le visible et l'invisible, des photos humaines où l'homme, la femme, l'enfant sont présents au cœur de son regard, tout comme la nature qui elle, continue, comme s'il ne s'était rien passé, à survivre dans cet environnement.

Une fillette arrose ses ipomées
avec l'eau non gazeuse,
La terre glougloute dans le parterre mouillé.
Sa mère accourt à toute allure.
L'eau achetée, je n'en gaspille jamais !
L'enfant répond calmement :
Contaminé, le mot que j'ai entendu de toi.
Aller chercher avec l'arrosoir
l'eau du robinet, que j'évite, ce serait absurde,
alors que ma fleur me fait confiance.

lundi 13 mai 2019

Poésie de l'Absinthe

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

L'albatros.


L'air piteux, j'ai ressorti d'un carton tout poussiéreux, ces fleurs du mal, fleurs jaunies et fanées de les avoir laissées dans un coin sans les arroser. Le pichet d'eau à la main, je te rassure, dans l'autre, il y a ce verre de petit jaune qui m'accompagne, je replonge dans ces mers et redécouvre toutes les annotations que j'avais soulignées au crayon à papier HB de l'époque, si je me souviens bien, c'était au siècle dernière, livre que j'ai choisi pour l’épreuve de français d'un baccalauréat passé sans passion ni idéal.

mardi 25 avril 2017

Haïkus d'ivrognes

« Hommage au poète de haïku japonais Issa

Au Japon saoul dans un
Bar
Ça
Va »

Les néons s’illuminent de toute part, Tokyo s'ouvre à moi. Où mon regard se porte, il voit clignoter des lumières de toutes les couleurs, je lève la tête, à gauche, à droite, elles sont partout, rouges, vertes, violettes, toutes aguicheuses pour me faire rentrer dans tous ces bars de solitaires. Seul au comptoir, je m’installe, commande un premier Johnnie Walker Black Label, sort mon petit « Journal Japonais », grand livre du maître incontesté du haïku version américaine. Je ne résiste pas à lire celui-ci, à voix haute, le verre haut, les glaçons qui tintent comme la cloche du temple d’à-côté, ce haïku parfumé à la fraise : 

« Haïku à la fraise

. . . . .
. . . . . . .
Les douze baies rouges »



La claque que je prends à chaque fois que je le lis. Le génie qu’il était cet homme du Montana venu se perdre – ou se trouver – au Japon. Il boit un verre, lui aussi, seul dans ce bar. Je l’accompagne. Fidèlement. Sur ses traces. Il griffonne sur son carnet, le verre toujours à la main, son journal intime, ses inspirations divines. Je n’ose le déranger, seul sur son tabouret, le teint jauni par cette lumière artificielle. De toute façon, l’on s’enferme dans ces bars pour leur solitude, et la solitude d’un poète cela se respecte. Comme la solitude d’un ivrogne.