
« C'était un été de grande ivresse.
Ma vie était ainsi faite : il y avait eu,
une fois, tout un été de voyages ; et puis l'année d'avant, un été de la
musique. Je me souviens toujours avec tendresse de l'été de la passion ; il y
en a un autre que je n'oublie pas : celui de la séparation et de la conscience.
Ils se distinguent facilement les uns des autres, les mois d'été des
différentes années : il suffit de se rappeler leur saveur dominante et la
mélodie principale que l'on fredonnait.
Mais il y a aussi l'automne, et l'hiver,
et le printemps.
Il y eut l'hiver des morts. Et l'hiver de
la paresse et du vide. Qui fut suivi de l'hiver des pressentiments. (Le premier
fut humide, je ne remarquai pas le deuxième, le troisième fut tiède, sans
chapka.»
Des saisons qui défilent comme des pages
qui se tournent. Avec douceur. Il y a des bouteilles qui se vident au grès du
vent des quatre saisons. Avec nostalgie. La vodka à flot pour entretenir
de petites nouvelles sur les bords de la Volga. Et je crois, confidence pour
confidence, que j'aime la vodka comme je suis amoureux de Olga.
« Le hasard voulut que ces mois d'été-là,
l'alcool coulât à flots.
Sa consommation était d'une facilité
remarquable : il arrivait à point, on le buvait joyeusement et il quittait le
corps insensiblement, pendant un sommeil profond, sans pratiquement laisser de
courbatures ni de vertiges. »
Entre deux prodigieuses cuites, saine
habitude sous le grand froid, je t'imagine ma Cindirella, un shot de vodka,
glisser ma langue entre tes deux cuisses, découvrant ta fine toison, jolie
brebis au pubis parfumé à la senteur des steppes sibériennes. Je veux bien
finir au goulag, si je garde en moi ce goût du plaisir ultime et comme une
vodka glacée qui coule au fond de ma gorge, me réchauffe le cœur, je sens
encore la chaleur s'écouler dans le délit pénétré. Sans chapka. Mais la vodka
ne fait pas oublier, ces étés douloureux ou chaleureux, ces automnes pleins
d'avenir et d'abandon, le silence volubile d'une vodka.