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mardi 7 février 2023

Le Couvent de San Jérónimo

 
Qui croira qu'en signant la mort d'un autre,
le juge se condamne lui-même ?
Sœur Juana Iñés de la Cruz,
Sonnet 207. 
 
Dès que je franchis la grille et que celle-ci se referme sur moi, j'ai cette sensation froide comme d'étranges vibrations qui hurlent des murs humides leurs cris de terreur. Un certain silence, gêné, les silences gênés ça me connaît, s'impose du grand cloître au cloître des novices. La sensation de ne pas avoir pénétré la foi d'un couvent mais directement l'antre de l'Enfer. Cette nuit, une sœur s'est retrouvée morte, égorgée, étripée... Une flaque de sang immaculée autour de son corps, des os de poulets à proximité, une statuette d'un dieu aztèque ou incas, faut que j'aille à la bibliothèque pour me renseigner sur ces rites païens... Raconter ainsi l'histoire, ça donne presque envie, au moins autant que de croquer un ver au fond d'une bouteille d'une liqueur ancestrale.
 
« L'enfer. L'enfer. Il n'y avait pas d'autre mot pour décrire cet étalage de sang et de restes humains.
Le vent souffla avec plus de rage, éteignant les cierges un à un. Soudain on entendit des pas.
Lents et cadencés, claquant sur les dalles de pierre volcanique comme s'ils venaient de l'autel, du toit, des murs - de partout à la fois.
Alors, surgissant du sol comme s'ils provenaient de entrailles mêmes de la terre, un rugissement leur succéda, pareil à celui d'un porc qu'on égorge. Guttural, désespéré, de ceux qui vous poignardent les oreilles et vous tordent les tripes.
»

jeudi 3 février 2022

Rouge


Un pull-over, rouge. 
Un cirque, rouge. 
Le sang d'une petite fille, rouge. 
Même ma bière est rouge. 

« Deux journalistes, Alex Panzani du quotidien La Marseillaise et Pierre Bernard du Provençal, sont venus faire le tour des bureaux de l’Evêché, à l’affut d’une bonne histoire. En ce lundi de Pentecôte il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. L’info du week-end a été essentiellement consacrée aux accidents de la route. Près de Salon-de-Provence un automobiliste a fait demi-tour sur l’autoroute : 3 morts, 6 blessés. En tout on compte 94 morts, 1 123 blessés dont 389 grièvement. La Pentecôte est meurtrière.

Sujet plus léger : l’apparition du monokini sur les plages. Certaines femmes le pratiquent même à la piscine où un coin leur est réservé afin de ne pas choquer les enfants. Les adeptes se multiplient et revendiquent fièrement cet acte de liberté : « Pour éviter les marques de maillots et aussi parce que nous nous sentons plus à l’aise. Nous avons fait sauter notre carcan ! » A Saint-Tropez, terre d’insolence, c’est carrément le string qui sera à la mode cet été. Voilà le genre d’informations que les journaux développent quand ils n’ont rien à raconter. »

  Une journée tranquille où il ne se passe rien, ou presque. En ce jour de Pentecôte 1974, les journalistes ont bien du mal à faire la une de leur quotidien. Des accidents de la route ou le monokini sur la plage, voilà de quoi tenir le lecteur informé et en haleine. Pourtant, ce 3 juin sera une date marquante pour la France, pour la justice et surtout pour Marie-Dolores et Jean-Baptiste Rambla. Que faisais-tu ce jour-là ? Toutes les personnes en âge de boire une bière s’en souviennent encore, parait-il, mieux que de sa première cuite. Parce qu’à partir de cette date-là marquée en rouge avec le sang d’une petite fille, la France a peur. Alors oui, je reviens sur les faits, une nouvelle fois. Marie-Dolores a été enlevée, pendant que son petit frère a été « épargné » en allant chercher le chien noir qu’un individu dans une Simca 1100 aurait perdu. Point de départ d’une sombre affaire où quelques jours après son corps mutilé est retrouvé abandonné dans une grotte. Un suspect, l’homme au pull-over rouge, vers lequel semble s’aiguiller les soupçons. Un procès, Giscard qui n’intervient pas, le couperet tombe en même temps que la tête de Christian Ranucci. L’histoire aurait pu s’arrêter là dans ces mois qui ont suivi la mort du dernier condamné, alors que toutes les radios fredonnent le tube de l’été, « Et si tu n’existais pas… » de Joe Dassin, son charme, sa voix, - bref, j’adore - et la chaleur de l’été, d’ailleurs il parait que des femmes se mettent en strings sur les plages de Saint-Tropez, l’insolente ou la décadente, - bref, j’adore encore plus -.

lundi 10 janvier 2022

Dessine-moi un bison


Un phare dans la nuit. Il illumine la vie de pèlerins, de marins, de voyageurs, d'aviateurs. Il est le point d'ancrage des rêves. Des étoiles dans le ciel, des anges, un petit prince, des âmes des mêmes aviateurs, voyageurs, marins ou pèlerins. Les pieds dans le sable, la tête dans les rêves, des songes d'une nuit d'hiver, un serpent glisse entre mes jambes, une renarde lisse son pelage d'une belle rousseur. Les codes sont là, enfermés dans cette boite de Pandore que je n'ose ouvrir, trouver la clef du mystère qui entoure un double meurtre. Qui a tué le Petit Prince ? Qui a tué Saint Exupéry ? Deux assassinats, zéro cadavre. Voilà qui est bien étrange et tel un roman d'Agatha Christie, je vais tâcher de découvrir le coupable, aidé des six membres du Club 612. 
 
" Nous sommes assis dans le coin le plus calme du Café Arnold. Le soir tombe sur Central Park. Des dizaines de businessmen cravatés et vaniteux viennent vider des bières, se montrer et se compter. Andie boit une gorgée de sa Guinness et se rapproche de moi pour que je l'entende dans le brouhaha.
- Et si cette vieille bique de Marie-Swan avait raison ? s'interroge-t-elle. Et si l'assassin du Petit Prince n'était pas l'un des six habitants des six planètes, pas plus que la rose, le renard ou le serpent, mais celui qu'aucun lecteur ne soupçonnait : le narrateur ! Donc l'aviateur ! Donc Saint-Exupéry ! Encore plus fort qu'Agatha Christie ! le narrateur est le tueur, et comme c'est un récit d'autofiction, le tueur est aussi l'auteur."