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jeudi 17 novembre 2022

A poil


«
 
Il y a chez l'homme qui construit sa propre maison un peu de cet esprit d'à-propos que l'on trouve chez l'oiseau qui construit son propre nid. Si les hommes construisaient de leurs propres mains leurs demeures, et se procuraient la nourriture pour eux-mêmes comme pour leur famille, simplement et honnêtement, qui sait si la faculté poétique ne se développerait pas universellement, tout comme les oiseaux universellement chantent lorsqu'ils s'y trouvent invités ? »

C’est au printemps de l’an de grâce 1845 que je me retrouve, ici, seul dans les bois, à Concord, Massachussetts. Un lieu parlant pour tout amateur de littérature américaine. Une cabane en bois, construite de ses propres mains, au bord de l’étang de Walden. D’abord, la hache, je la pose à mes pieds. Il me faut en premier lieu comprendre le lieu. Regarder le soleil, regarder la lune bleue, sentir le vent et ses fragrances cheminées afin de définir les délimitations de son petit lopin sur lequel terrasser sa nouvelle vie. Maintenant, je prends ma hache, relève les manches de ma chemise à carreaux, en mode bucheron même en c’temps-là, et commence à couper quelques arbres. Mais avant, je sens leur écorce, je caresse leur mousse, je parle à leur sève, pour demander poliment si je peux l’abattre, son cycle est ainsi fait, dans le respect des bonnes manières, vous avez-dit une bière ? Au bout d’une heure, et d’un soleil brillant, le corps en sueur, j’enlève ma chemise, attention les filles, ne vous évanouissez pas tout de suite vous n'avez pas fini de me lire, afin de continuer mon dur labeur. Car de tout temps, tout labeur se fait dans la difficulté et la sueur. 

vendredi 21 mai 2021

les Portes d'Harvard

 


Ils étaient jeunes et promis à un bel avenir, Georgia, Charlie et Alice quand les portes de l'université s'ouvrent à eux. Ils sont dans l’une des plus prestigieuse universités, collège d’Harvard. Le professeur Storrow est enseignant en histoire du droit, des paroles controversées sur la colonisation. Charismatique et énigmatique, il possède une aura auprès de ses élèves, en particulier Georgia et Charlie. Mais lorsqu’une étudiante du cours de Storrow, Julie Patel est retrouvée assassinée sur le campus universitaire, les premiers soupçons se tournent presque naturellement vers le professeur…
 
« Ce soir-là, la sympathie de Charlie alla spontanément à cet enseignant qu'il rencontrait pour la première fois. Là où les autres ne percevaient qu'une joyeuse arrogance, il savait déceler la tristesse. Il y avait chez cet homme une dimension tragique, inséparable de sa conception désuète de la dignité. Avec le recul, Charlie s'étonnerait d'avoir détecté cela aussi tôt, alors que Storrow était au faîte de la réussite et qu'aucun évènement tragique ne l'avait encore frappé. »
 

jeudi 11 juillet 2019

Dans l’antre de la baleine

Le soleil s’est couché, la pluie redouble, dédouble même les ombres, vision troublée par le brouillard qui commence à envelopper la solitude du quai, bittes d'amarrage laissées à l'abandon nocturne. J’erre, la démarche volontaire, dans la pénombre d’un bord d’océan, New Bedford, Massachussetts, prêt à embarquer, un livre de poche dans la poche de ma vareuse. Au ciel, des étoiles qui scintillent avec parcimonie entre les nuages venus fendre l’éclat de la nuit. Dans ma tête, les étoiles d’un rêve que je pensais inaccessible, le mythique Cap Horn. Embarquer sur un baleinier.

Je navigue dans les ruelles, à la recherche d’une étincelle, la lumière qui ouvrirait ma voie, celle de la taverne, senteur de poussière, ivresse du grand large. Là-bas, on doit y boire, de quoi finir ma nuit ou ma vie. Surtout la possibilité de rencontrer des capitaines qui seraient susceptibles de m’accueillir à leur bord, la chasse à la baleine est dans le move en ce siècle. L’hôtel de la baleine, un nom prédestiné, besoin de m’allonger, trouver un lit, un banc, une moleskine avant de me retrouver l’œil hagard sur le pont d’un navire à gerber les entrailles de ma putain de vie. J’entre, pénètre l’antre de la baleine, tel Jonas dans sa splendeur littéraire.