Jackson, Mississippi, au début des années soixante. Des femmes blanches, haute bourgeoisie locale, discutent autour d’une tasse de thé, de tout et de rien, probablement du prochain comité de charité. Un thé qui fume à la bonne température servie par d’exemplaires bonnes, noires. La ségrégation raciale continue à vivre de beaux jours encore à cette époque dans ce coin de l’Amérique, si bien qu’il est de mode de construire des toilettes au fond du jardin pour que ces bonnes puissent se soulager. Tu comprends, c’est mieux pour elle, avoir des chiottes rien qu’à elles. Tu comprends, en plus, elles ne pourront pas transmettre de maladie en s’asseyant du coup sur les toilettes des dames blanches.
D’ailleurs, elles ne boivent pas que tu thé, lors de leurs réunions tupperware et parties de cartes. Il faut bien aider à passer l’ennui d’une telle vie, en plus de vérifier que l’argenterie ne porte pas de trace, et surtout qu’il ne manque pas une petite cuillère qui se serait malencontreusement envolée par je ne sais quelle magie « noire ». Bref la vie n’est pas de tout repos pour ces dames blanches. Et que dire de ces « dames » noires qui élèvent les gosses des blanches jusqu’au jour ou ces derniers les appellent « maman » ou veuillent aller sur le pot des noires…
« Je m'assois à ma table pour manger et j'allume la radio de la cuisine. Le petit Stevie Wonder chante Fingertips. Ce gamin, ça le gêne pas d'être noir. Il a douze ans, il est aveugle, et on entend plus que lui à la radio. Quand il a fini sa chanson je change de station pour le pasteur Green qui dit son sermon, et après je me mets sur WBLA. Ils passent du juke joint blues.
J'aime bien ces sons qui sentent l'alcool et la fumée de cigarettes, quand la nuit tombe. »
