
« S’il y a une chose qui vous donne un sentiment de solitude encore plus fort qu’un cyberespace vide, c’est d’être une ado assise dans une chambre qui n’est pas vraiment la vôtre car vous êtes obligée de la partager avec vos parents trop fauchés pour louer un appart plus grand, en train d’écouter des adultes discuter en petit comité de vos prétendus problèmes. J’ai augmenté le volume de la musique. J’ai mis des vieilles chansons de Nick Drake que j’adorais. Five Leaves Left. Time Has Told Me. Ces chansons sont d’une tristesse… Lui aussi d’ailleurs, il s’est suicidé. »
En même temps, toute la terre et tout le ciel - Ruth Ozeki.
Une
nuit, seul dans le noir, l’esprit s’enfuit vers un ailleurs, plongé dans le
silence lourd d’un moment de solitude. Seul le ronronnement du frigo perturbe
le halo silencieux du réverbère à la lueur jaunâtre, pisseux et blafard. Je
glisse mon casque sur les oreilles, appuie sur « play » et le silence
se tue. Une voix se glisse en moi, douce, fragile, cristalline même (penser à
racheter de la vaseline). Merveilleuse voix qui s’élève dans ma nuit. Oublier
Sa tristesse. Se caresser. Sensuel. Les veines gonflées d’un ancien désir, les
images défilent dans ma tête ;
Les
yeux se ferment, comme pour respecter la musique, comme pour mieux la laisser
pénétrer en moi. Elle est sacre, elle est illusion, mais putain ce qu’elle est
bandante. Tristement bandante. Quelques accords d’une guitare, cela parait si
simple, si évident mais l’émotion dans une voix telle que Nick Drake me
transporte est encore plus évidente.
Three hours of the night. J’écoute seul cet album,
« made to love magic », imprégné de la tristesse légendaire de Nick
Drake. Pourtant, c’est à deux que cette musique prend tout son sens quand les
corps peuvent chaloupés ensemble et répandre tout le suc de cette tristesse
entre tes cuisses ou les miennes. Quand les gouttes de sueur coulent du
plaisir, de la jouissance, de la tristesse d’après-amour quand lorsque l’on se
demande intérieurement quand sera la prochaine fois.
La
musique s’achève en même temps que ma nuit. Trois hypothèses s’imposent :
1. Prendre un livre et me plonger dans l’autre tristesse d’un roman 2. Appuyer
de nouveau sur la touche « Play » me servir un verre 3. Fermer les yeux, rêver et me laisser emporter.
Made to Love Magic, [2004] Nick Drake.
Excellent le clin d’œil à Ruth Ozeki pour débuter ton billet ;-)
RépondreSupprimerY’a toujours de la tristesse après la jouissance et toujours une certaine jouissance dans ces moments de blues musicaux. En appuyant sur play j’ai été transportée loin, très loin...
Fuck que c'est beau!
Y'a toujours une certaine tristesse lorsque je suis réveillé à trois heures du matin, et toujours aussi une jouissance d'écouter une nuit qui peut me transporter loin, très loin...
Supprimer"River man" pour pleurer des rivières ? un coup de blues mon Bison ? Besoin d'un remontant ? Mais dès que le mélancoNick chanteur se met à feuler dans le micro ("sa voix est au-delà. Elle est comme une brise. Elle est en équilibre sur des cordes qui auraient l'épaisseur d'un fil : les cordes de guitare où ses doigts se raccrochent, glissent et papillonnent, les cordes des violons d'un quatuor de chambre." François Gorin, Sur le rock), on se dit finalement que ça peut être drôlement agréable de se sentir l'âme triste.
RépondreSupprimerJe n'écoute le blues mélancolique que pour profiter du remontant qui sied si bien avec. L'âme triste se colle parfaitement avec l'âme ivre. Écouter la brise de sa voix, sentir la brise iodée de mon verre.
SupprimerTout pareil que Nad, Prince et toi. Vous le savez bien. Allez, arpèges et liquide... Moi aussi, j'me sens mieux quand j'me sens mal.
RépondreSupprimerliquides arpèges, l'harmonie d'une vie...
SupprimerElle est très planante la chanson Riverman, j'aime beaucoup.
RépondreSupprimerEt l'écouter seul(e) en plein milieu de la nuit procure des frissons, une petite douleur jouissive ...
C'est très beau !
une douleur jouissive en solitaire.
SupprimerLes frissons de la nuit, ça pourrait faire un titre de film - ou de livre.