samedi 15 février 2020

Questions pour un Champion


Les lumières sur le plateau s’éteignent. Un public en délire et en sueur, chauffé au thé glacé Earl grey, retient sa respiration avant d’hurler de plaisir ou de fantasmes lorsque le projecteur illumine le Maître de cérémonie, j’ai nommé, j’ai nono, j’ai mémé, non laisse mémé dehors, j’ai nommé JULIEN LEPERSSSSSS… Applaudissements dans les gradins, des soutiens-gorges volent, le piercing du téton est tendance, des rires à gorges déployés, des fan-clubs enjoués et des déambulateurs laissés à l’entrée. C’estttt Questionnnns pour un CHAMPIONNNN !

« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. » Olivier Liron commence ainsi, presque comme une excuse de n’être pas dans le même moule que la société. Il file aux toilettes, trempe une madeleine dans son coca et revient derrière son pupitre attendant la nouvelle question de Juju. Juju, il l’aime bien, et je crois que c’est réciproque. D’ailleurs tout le monde aime Juju, le gars de la télé qui a rêvé toute sa vie d'être chanteur. C’est donc pour lui, cette foule en délire. Il a ses fiches, il regarde Olivier, il regarde le public, il me regarde et crie question botanique. La banane, c’est là où il est le plus fort, pas moi, j’ai séché tous mes cours de biologie végétale.

« Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse à moi est imprenable. Et j’en suis le prisonnier. »


Combat de buzz, comme au temps des romains dans une arène avec lions et gladiateurs. La sueur coule autant. Maquillage, s’il vous plait, et une nouvelle madeleine trempée dans du coca. Question suivante. C’est prenant, je suis pris dans le jeu. J’erre sur le plateau, dans les pensées d’Olivier qui fulgurent dans tous les sens, dans la tête de Julien qui regarde tristement Caroline en pleurs, elle qui vient de se faire lourder comme une malpropre. Car range ton sourire, ici c’est la cour des Grands - et pas des glands, même si question botanique nique nique Olivier est un champion hors catégorie, celle justement des gladiateurs, le spectacle mérite du sang, tu vas avoir du sang. A la vie, à la mort. Ce n’est plus un jeu. C’est un combat mortel. Il ne peut en rester quelqu’un, même si j’ai égaré mon épée dans la lande silencieuse de la vieille Écosse.

« J’ai écouté le silence. C’est marrant comme on peut écouter le silence parfois, et le silence me parlait de choses très pleines de violence et d’amour, bien au-delà de Julien Lepers et des rois de France. »

Un spot vient d’éclater, sans prévenir, cinq minutes de pause, le temps que le chauffeur de salle chauffe… la salle. Olivier en profite pour aller pisser, moi je luis pique une madeleine que je trempe dans un verre de coca. Il semble tirer sa mystérieuse force de cette substance, ses connaissances, son sourire…. Le silence se fait à mon retour, l’instant est grave, limite sérieux, comme lorsque la lame de la guillotine amorce sa descente. On va encore décapiter ce soir. D’ailleurs quel roi fut le dernier à être vu sans sa tête… Je savais que j’aurais lire plus profondément la page Wikipedia des rois de France au lieu de regarder des vidéos porno, j’ai toujours été nul en Histoire ou sur les mésanges. Question pour un champion, c’est un thriller passionnant entre Expert et Dexter. Il y a une intensité folle, un page-turner à chaque nouvelle question posée par Juju, la sueur sur la tempe, les mains moites et en dehors du plateau le silence de certaines vies.  

« J’aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l’orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde. » C’est mon monde aussi, je le partage avec Olivier Liron, le sourire en moins, probablement mon côté autiste qui ressort, si je peux en sourire.

« Einstein, le Sexe et Moi », Olivier Liron.



11 commentaires:

  1. Salut, le Bison
    Ta chronique m 'a fait sourire...
    Moi, aussi, j aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen.
    Bon week-end !

    RépondreSupprimer
  2. Trop envie de le lire celui-ci ! De plus, quel billet, quel enthousiasme !^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu as toi aussi l'habitude de tremper tes madeleines dans du coca, ce livre est fait pour toi. Un enthousiasme qui n'est rien à comparer à la manière dont Olivier Liron met en scène Questions pour un champion. C'est drôle, et c'est plein de suspens. C'est attachant et déchirant. Oui, c'est un grand moment littéraire, en plus, y'a plein de trucs à apprendre sur les mésanges, tout en mangeant des lasagnes...

      Supprimer
  3. J'ai rarement regardé Questions pour un champion (ce n'est pas l'heure où j'allume la télé) mais lorsque je l'ai vu c'était pour Julien Lepers. Il m'éclate ce gars. Je le trouve vraiment drôle.
    Et tu donnes drôlement envie de se pencher sur le cas Liron.
    Le buzzer n'a pas dû survivre à son passage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il a un truc, Juju... Comme Olivier Liron...
      Le buzzer a été remplacé depuis... Il a pas tenu le choc face aux réponses en furei d'Olivier Liron ! :-)

      Supprimer
  4. Un billet qui m'a fait sourire, un livre addictif qui forcément me ferait rire, mais crisse, c'est pas un peu dégueulasse une madeleine trempée dans le coke ? Calvaire !
    Allelujah de Cohen ... de quoi se tremper le majeur dans l'bonheur ... pied de nez, tu m'fais rire ... ! ^^

    RépondreSupprimer