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mercredi 1 janvier 2020

Un Canon sur la Tempe


Jim, un calibre .44 Magnum dans la poche. Jim, le père de David. Jim, fatigué, lassé, usé par la vie. Une putain de vie, alors il a bien le droit d’avoir son flingue sur lui. Pour être toujours prêt. Le canon froid et métallique dans la bouche, sur la tempe, sous le menton. Sentir cette tension. L’objet de cette attention : le suicide. D’un père, d’un proche.

Jim souffre, intérieurement d’abord. Mais il arrive à exprimer à minima ce malaise qui campe en lui depuis trop longtemps. On pourrait croire à un début, celui de la conscience et de la prise en charge, psychiatre et médicaments pour soulager la peine, un soutien familial. Pourtant, il ne cesse de clamer qu’il veut en finir, qu’il va en finir. Une balle dans le magnum et l’explosion finale.

« J'aurais dû être un meilleur père, un meilleur époux, un meilleur chrétien, un meilleur dentiste, un homme meilleur. Dans mon enfance, je posais des collets, et pour être totalement honnête, j'aurais aimé passer ma vie en forêt, loin des gens, mais j'ai été obligé de discuter avec eux tous les jours, et je dois encore parler. Je suis censé sourire, aussi, mais je ne crois pas que ça me soit arrivé depuis une décennie ou deux. Chaque nouvelle année n'est qu'une période à traverser, du temps à passer, rien à désirer. »

jeudi 11 octobre 2018

Cerf Vidé

Onze ans, c’est l’âge pour tuer un cerf. Mettre sa veste de camouflage, quelques bières dans le sac à dos, un fusil bien huilé, casquette avec visière pour ne pas être ébloui par le soleil californien et s’aventurer en pleine forêt, dormir sur place à même le sol sur un couchage de bric et de broc et surtout d’épines de pin. Cela a tout du portrait initiatique d’un père avec son fils. Le grand-père accompagne, l’oncle aussi, comme une réunion familiale et masculine, un pacte de sang à la vie à la mort. Sentir et respirer les odeurs champêtres, un sentiment de bien-être qui se dégage de mon roman étiqueté nature-writing. Pas de grizzli à s’attendre, juste des champignons, des corbeaux et peut-être quelques heures à attendre que le cerf passe devant mon viseur. Juste un cervidé.

« Je m'agenouillai devant le cerf, devant les hommes, je portai le foie cru à ma bouche. Encore tiède quand je mordis dedans, aucune résistance, rien qu'une bouillie chaude au goût de sang. Je sentis un haut-le-coeur mais le retins, je mâchai et j'avalai, je mordis à nouveau et je pensai au mort, je m'imaginais manger son foie et je sentis la bile monter, ma poitrine et ma gorge se convulser, mais je tins bon et j'avalai encore, et je pouvais percevoir le goût des entrailles de chaque homme et de chaque bête, je pouvais percevoir au goût que nous étions faits des mêmes éléments oubliés et plus anciens que la mémoire, à l'époque où les premières créatures avaient rampé hors de la soupe primordiale. Un goût d'eau de mer et de placenta dans ma bouche, un rappel d'où nous venions tous. »

Cela pourrait faire un excellent roman initiatique, transmission générationnelle d’un père à un fils. Apprendre à manier une batte de base-ball ou un fusil de chasse, le cérémonial est presque le même. L’intensité aussi et ce plaisir de partager quelque chose avec son fils, et de le voir grandir dans le monde « adulte ». Pourtant, les conséquences peuvent être « assez » différentes.