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mardi 15 juin 2021

Un Quasi-Crime

 les chroniques transat 

Le COURAGE

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« Vous qui tenez ce livre dans vos mains, que savez-vous de moi ? Que je suis une femme qui a subi un viol ? Une femme qui a le courage de tenir une conférence de presse ? Une femme qui ose parler de viol sans fermer les boutons de son chemisier jusqu’au cou ? »

 


Une question de survie et une question de courage. Le courage d’affronter les autres, le courage de se présenter en victime dans un pays aux mœurs encore fermés, le courage d’écrire son trouble, ses erreurs, sa vie. Victime d’un viol, d’une relation sexuelle non consentante, comment en est-elle arrivée là ? Shiori Ito se repasse les évènements de la veille, mais rien, l’obscurité totale, comme dans une boite noire. Mais d’ailleurs, pourquoi se présente-t-elle ainsi, à moi, lecteur lambda d’un autre pays ? Pour me parler de son viol, de son pays, d’autres femmes à qui cela pourrait survenir. Pour faire changer les choses aussi.

 

Sais-tu qu’au Japon, ce crime est rarement dénoncé, c’est ainsi qu’il faut en décrypter les maigres statistiques sur le sujet. Mais sais-tu aussi que dans ce pays où le soleil se lève tôt, il y a deux notions, le viol et le quasi-viol. Et la distinction ferait hérisser les poils de chacun. 

 

samedi 9 février 2019

Libellules et Battes de Baseball

Gris et rose… Pourquoi en gris et en rose me diras-tu ? J’écarte rapidement toute spéculation si tu penses à un vol de flamands roses sous un ciel gris. Avec une âme d’enfant, Takeshi Kitano complètera que ce sont les seuls pots de peinture que son vieux avait en stock. Il revient ainsi sur sa mémoire, tisse quelques mémoires à travers son regard d’enfant sur ce que fut ses jeunes années. Il fait revivre alors, le temps de courts chapitres, la maison familiale d’après-guerre. Dehors, quelques étrangers font leurs apparitions, des blancs et des noirs, des soldats d’occupation. Give me gum. L’amuseur public de la télévision japonaise ne semble pourtant pas avoir vécu une enfance très rose mais plutôt grise, un gris d’un foncé très sombre. Une enfance parfois, souvent, violente ; est-ce de là que viendra son goût d’afficher des éclaboussures écarlates sur la chemise des yakuzas, trous dans la tête, morceaux de cervelles sur le pare-brise

« Quand on est arrivé à la maison, le paternel était en train de frapper notre mère. Une banale habitude dans leurs disputes conjugales.
Pitoyable. Vraiment affligeant, ce genre de scène.

Comme c'était dimanche et qu'il pleuvait, mon père n'avait pas pu aller travailler, et ma mère l'avait sans doute engueulé parce qu'il ne fichait rien. Pour toute réponse, il l'avait bourrée de coups de pied tout en buvant près de deux litres de saké. Et mon frère qui chialait, déçu de ne pas avoir pu acheter le gant. Je me suis senti obligé de pleurer, moi aussi. Quelle misère, je te dis pas ! »


Avant d’être cinéaste, Takeshi traînait dans les quartiers chauds d’Asakusa, en qualité d’amuseur public. Là, je l’ai lu dans « Asakusa Kid », premier roman où l’auteur affichait ses débuts dans le monde du spectacle. Avec « La vie en gris et rose », l’auteur s’allonge sur un canapé pour se psychanalyser et parler de sa tendre enfance. Pas si tendre. Un père alcoolique, une mère rouée de coup, un frère doué pour les études, une pauvreté qui le met à l’écart des autres. De rose, il n’en est jamais question, à part lorsque son paternel, peintre en bâtiment en plus d’ivrogne notoire et d’ex-laqueur, repeint la façade d’une maison avant de ravaler celle de sa femme. Entre les chapitres de sa vie, l’auteur-dessinateur m’illustre d’un crayon naïf et enfantin ses propos. Une case, histoire de montrer qu’il faut voir en Takeshi un artiste aux multiples facettes, comique et producteur, comédien et réalisateur, peintre et dessinateur, une trajectoire qu’une telle enfance ne laissait pas prévoir…