Affichage des articles dont le libellé est Joyeux Noël. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Joyeux Noël. Afficher tous les articles

samedi 25 décembre 2021

Tombe La Neige


Je vois ce fils qui rêve d'acheter un rapace en cage, dans la boutique de l'antiquaire, rue de Brescia. Je vois ce père qui se meurt au fond de son lit et qui garde ses derniers instants à écouter les histoires inventées de son fils sur la capture de l'oiseau façonnant ainsi la légende du milan. Je vois ces vieux et ces vieilles de l'hospice, là où le fils travaille dans le but de se payer le dit-oiseau, en les promenant certains après-midi, après de longues séances presque silencieuses de café noir auprès du gardien.
J'avais les yeux ouverts dans l'obscurité, et j'ai commencé à voir passer les poussières blanches de la fatigue. La chambre a ressemblé à une grande nuit étoilée.
Et là, à l'instant même où la chambre venait de prendre l'apparence de cette grande nuit étoilée, tout a vacillé soudain, tout s'est penché, il m'a semblé que je basculais du fauteuil. J'ai tendu les mains pour rattraper la laisse qui se déroulait au-dessus de la route, et pendant un moment j'ai eu l'impression de la serrer contre moi, précieusement. J'ai continué de basculer, et lorsque j'ai senti que mes mains ne tenaient pas la laisse, mais les accoudoirs du fauteuil, je me suis mis à gémir. À gémir de plus en plus fort, jusqu'à ce que soudain la chambre s'éclaire, et tandis que je me retournais vers le lit, haletant et démuni, mon père, redressé sur le côté et tenant le bouton de la lampe dans une main, a tendu l'autre vers moi. 
Et puis Tombe la neige / Tout est blanc de désespoir / Triste certitude / Le froid et l'absence / Cet odieux silence / Blanche solitude. Une neige, lourde et blanche, pesante et immaculée, tapisse les collines, embellit les rues. L'antiquaire pellette la neige devant son magasin, les vieux n'ont plus très envie de ces promenades hivernales. Le fils se demande si son père ne va pas mourir avant qu'il trouve l'argent pour acheter le milan, il se demande si l'oiseau ne va pas mourir de froid dans sa cage avant qu'il puisse l'acheter et le ramener dans la chaleur de la chambre de son père toujours alité. Et puis des chatons meurent, des pensionnaires meurent, des vieux chiens meurent...
 

samedi 24 décembre 2016

Yippee-ki-yay, Pauvre Con !

Ah la magie de Noël… Surtout à la télévision. Rediffusion de nanars, des « plaisirs coupables », soit disant. Mais là où il y a du plaisir, il n’y a plus de culpabilité. Juste du plaisir. Que du plaisir. Plaisir des yeux, plaisir des sens. Se retrouver dans le noir, et prendre plaisir à regarder le plus grand film de Noël. J’avais le choix entre Sissi l’impératrice ou un flic en marcel blanc. Mon choix s’est naturellement porté vers le second, pour le thème de décembre du ciné-club de Potzina, hébergé ce mois-ci par Rose de « La Chambre Rose et Noire ». 

Je me revois en 1988, Bruce Willis, gringalet dans « Clair de Lune » avec la belle Cybill Shepherd et l'humour ravageur contre l'humeur pince-sans-rire, enfile son marcel le plus blanc de sa garde-robe et, après quelques séances de musculation intensive, part sauver à lui tout seul une tour de cristal, prémices du 11 septembre, prête à exploser, avec au départ juste des répliques cinglantes et les pieds nus. Flic new-yorkais, il débarque avec son ours en peluche sur l’aéroport de Los Angeles, le regard ébahi par des blondes en pantalon très moulant qui dessine si bien son string – voir l’absence de string, que j’aime cette Californie. C’est Noël, la joie, la fête, champagne et lignes de coke dans cette tour, si grande, si majestueuse, si phallique même au moment de son explosion dans une jouissance de cristal. Face à lui, un méchant, feu Alan Rickman, et sa bande de terroristes teutons.