« Le vent essoufflé poussait sans y croire des morceaux de nuages. La mer remuait ses mauvais souvenirs. La terre hélait en vain miséricorde. Les femmes et les hommes ruminaient leur silence. Tout semblait à part, vampirisé par une désolation que même les rires d'enfants n'arrivaient pas à conjurer. Et dans tout Paulette une question se chuchotait. Que cherchait l'étranger ? Ainsi m'avait-on nommé. »
L’étranger, c’est moi. Ce pauvre type venu s’immiscer dans les rêves d’une autre vie, sur une autre rive. Ô Régina, jeune et belle Régina, ô belle mulâtresse aux jambes ensoleillées…
Régina fût kidnappée un matin de soleil rosé, à cause de son teint trop clair, voilà tout le malheur de Marie-Soleil, sa mère.
« J'ai avalé deux ou trois verres de rhum. », l’appel de Cuba, l’appel d’Haïti, l’appel de Sainte-Lucie, de la Jamaïque, de Guadeloupe. Ce n’est pas de ma volonté mais c’est pour comprendre le mythe de ces îles, moi l’étranger sur cette terre, m’immerger dans ce paysage où le vent soulève la poussière de ma misère. Entre rhum et poussière, vivent des poètes, et des filles si jolies que… que le malheur engloutit ces îles. Ô Régina, ô Cuba, ô Haïti... Au-delà des flots et des cimetières, je croise le raconteur. Le raconteur est un conteur d’histoires, un gars qui autour d’un verre de rhum dévoile la vie de Régina, d’une île, de la misère. Celle d’être trop belle dans cette île trop pauvre. Et au milieu de ce malheur, Baron Samedi fait son apparition, tient on est lundi… Peu importe, pas de jour pour le rhum, pas de nuit pour le vaudou.

