lundi 4 juin 2018

Si tu n'as pas lu le livre, si tu n'as pas vu la série, je ne dirais rien mais je peux te servir un verre, il doit bien rester une dernière goutte au fond de ma bouteille de Crown Royal...

Un jour d'automne ou de printemps, peu importe la saison, le temps défile, la vie reste une putain de tranche de temps qui s'écoule ou pas, je déambule dans le village. Le café de quartier que j'ai toujours vu s'est transformé en maison d'habitation. Où est-ce que les gens prennent-ils leur bière maintenant en sortant du boulot, ou le dimanche matin avant d'aller à la messe à l'église Saint-Martin ? Les cloches sonnent, quelle heure peut-il être, on en revient toujours au temps. Sous la place de l'église, je découvre le mystère du temps, un espace dédié à perdre son temps ou justement à vivre en dehors du temps : une nouvelle boite à livre. Il me faudrait un parasol et une bière pour flirter avec le temps et ma nouvelle découverte. Mais le café a fermé il y a des années. A la place, je ne trouve que de la poussière, poussière de ma vie qui s'envole au milieu de cette place sans café, sans hommes, sans jupes qui virevoltent.

« Notre fonction est la reproduction ; nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n'est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d'autre ; l'amour ne doit trouver aucun prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c'est tout : vases sacrés, calices ambulants. »

samedi 2 juin 2018

Qui qu'a pété ? C'est Bibi !


Voyons... L'art de péter n'est pas un titre bien sérieux. Mais ici, point de place à la grivoiserie et aux mots déplacés. Je suis un type toujours sérieux, trop sérieux, le genre à ne pas avoir de sourire sur la face. Alors ici, ce soir, il s'agit avant tout d'un Essai théori-physique et méthodique à l'usage des personnes constipées, des personnes graves et austères, des dames mélancoliques et de tous ceux qui restent esclaves du préjugé. Je t'avais prévenu, je suis austère - pas comme Paul malheureusement -, et si tu penses t'amuser, pète d'abord un bon coup, ça fera sourire au moins ta voisine.  

« C'est bien mal connaître le pet que de le croire si criminel et coupable de tant de grossièretés. Le vrai pet, ou le pet clair, n'a point d'odeur, ou du moins si peu, qu'elle n'a pas assez de force pour traverser l'espace qui se trouve entre son embouchure et le nez des assistants. Le mot latin crepitus, qui exprime le pet, ne signifie qu'un bruit sans odeur, mais on le confond ordinairement avec deux autres ventosités malfaisantes, dont l'une attriste l'odorat et se nomme vulgairement vesse, ou, si l'on veut, pet muet, ou pet féminin, et l'autre qui présente le plus hideux spectacle, que l'on nomme pet épais, ou pet de maçon. Voilà le faux principe sur lequel se fondent les ennemis du pet ; mais il est aisé de les confondre, en leur montrant que le vrai pet est réellement distingué des deux monstres dont on vient de donner une notion générale. »

Il est honteux d'avoir honte de ta nature. Tu pètes, et alors ? Mais il est bon aussi de savoir faire la différence entre les pets, le pourquoi du bruit et le pourquoi de l'odeur, et quelques références historiques qu'il sera de bon aloi de ramener lors d'un diner au sein de la bonne société, ou avec le sacro-saint rôti familial du dimanche. Car d'après l'Histoire, il n'est point de bon repas sans un pet gras. 

jeudi 24 mai 2018

La Simca 1000

Une Simca couleur cerise, début août. Comme chaque été. Comme chaque année. Elle est le signe d'un mois de vacances sous le soleil de Majorque. Le petit José se souvient, devenu écrivain. Il prend sa plume, face à la mer, cette Méditerranée d'un bleu azur, souvenirs d'enfance des années soixante. Et avec cette quête d'enfance et d'antan, ressort toujours un brin de nostalgie conjuguée à de la mélancolie.

« Il y avait deux mers dans la baie. La première était placide et silencieuse, bleu pâle, presque blanche, veinée de différents tons de vert quand on s'en approchait. Les barques, peu nombreuses, flottaient de telle façon qu'elles avaient l'air de montgolfières et le fond sous-marin, d'une masse d'air emprisonnée par un merveilleux scénographe dans un grand récipient de cristal liquide. L'autre mer était tempétueuse et rugissante, bleu foncé, à la surface éclaboussée de bave blanche et avec de grandes vagues rageuses qui vomissaient des giclées d'écume blanche en arrivant à la côte, comme sur une estampe d'Hokusai. »

De Majorque, il y a cette caserne, son père lieutenant, et cette distinction de deux mondes. Le sien, zone militaire interdite au public, et celui extérieur, avec ses civils. Il y a ce soleil brûlant qui impose les siestes avant d'aller se baigner dans le bleu profond. Il y a cette sécheresse autour de lui, un sol brûlé qui fait penser au début du Maroc. Il y a ces cactus, ces herbacées, ces fleurs, ces plantes et le bruit des cigales. Les souvenirs deviennent un moment de nature-writing, à l'image des écrivains américains. A cette évocation, il y a aussi cette plume solaire pour ce « solstice » d'été.

dimanche 20 mai 2018

De Champollion à Soutine, au sommet des Écrins

L'histoire d'un gamin qui fréquente le lycée Champollion et qui découvre le massif des Écrins par sa face Nord. 
L'histoire d'une région, Grenoble, entourée des plus belles montagnes que je n'ai jamais gravies. Et pourtant...
L'histoire d'un jeune illustrateur émerveillé par un peintre russe. De Soutine à Rochette. 

"En bas, il y a toujours un con pour te dire ce que t'as le droit de faire ou pas.
Ici, c'est la montagne qui décide. Personne d'autre."

Ce jeune gamin qui s'emmerde profondément au lycée découvre par hasard l'escalade. Et là, la magie des lieux, de l'effort aussi, le prix du risque et l'insouciance de la jeunesse, font qu'il trouvera sa voie, en même temps qu'il dessinera quelques croquis. Le récit initiatique de l'adolescence face à l'adversité et à la bravoure. Parce que là-haut, tout aux sommets des montagnes et si proches des anciens de renom, il s'émerveillera d'un ciel aussi bleu que Soulages ses peines.

Beaucoup de bleus dans le ciel, de bleus à l'âme jusqu'aux souvenirs de la lune bleue. Les cases sont bleues. Un peu grises aussi, comme la roche à gravir, ou comme la vie d'un adolescent de Grenoble. Une teinte blanche, est-ce la neige au sommet du col, ou le faux col de ma bière ? 


mercredi 16 mai 2018

Copacabana Viagra

« Je m'évapore au-dessus de Copacabana. J'ai lu un jour que la mort était le moment le plus significatif de la vie. C’est vrai. La mienne aura été bonne. Elle l’est toujours. Plus pour très longtemps. »

Cinq vieux proches de la fin. Le temps même d'écrire le mot « Fin » ou même de décrire leurs vies qu'ils sont déjà morts et mis en bière dans le cimetière Saint François-Xavier,155 rue Monsenhor Manuel Gomes, de Rio de Janeiro. L'usage veut que je vide une bouteille à leur au-delà et leur vie trépidante et passée. Álavaro, Sílvio, Ribeiro, Neto et Ciro. Cinq hommes, cinq amis, du même âge, qui se racontent en cinq chapitres dédiés à leurs histoires respectives et entremêlées. Et au milieu de ces histoires, il y a souvent leurs femmes, leurs histoires de couples, d'infidélités, de culs et de bites érigés comme le Pain de sucre, les bienfaits du viagra, Copacabana. Ces vieux souvent aigris et grincheux ne me sont guère sympathiques, mais puisque l'homme est né pour jouir, je les suis avec plaisir. Quel homme ne s'est pas imaginé sur les plages de Copacabana, le regard porté sur le charme de la faune et de la flore brésilienne. Des tangas et des strings, les couleurs chatoient mon âme comme le soleil caresse le cul dodue de cette sud-américaine.