Le soleil brûlant, la poussière virevoltant, le stetson vissé sur la tête, un homme marche seul dans cette petite bourgade des États-Unis, perdue au milieu d'un désert. Il doit bien avoir plus de 90 ans, ce vieux. Pourtant, il marche, il fait ses cinq postures de yoga par jour, fume peut-être un paquet de cigarettes par jour. Il n'a pas d'âge, si ce n'est les rides de son âme.
Chaque matin, il va prendre son café au Diner en faisant une grille de mots croisés, puis va acheter son paquet de cigarette chez la mexicaine dont son fils va fêter ses dix ans. Le soir, il discute entre amis autour d'un Bloody Mary. Il aimerait bien allumer une cigarette comme il le faisait en 1968. La nuit s'étale, le vent fredonne et le matin recommence. Toujours en vie, le chanceux. D'ailleurs que sais-je de lui à part qu'on l'appelle Lucky, qu'il a fait les Philippines et la guerre du Pacifique et surtout que c'est le dernier film de Harry Dean Stanton. Son chant du cygne. Il mourut six mois après.



