Écouter
le silence, mettre des notes entre ce silence et se laisser emporter par
le flot de la marée, celle qui chavire l’âme, celle qui dérive le cœur vers le
lointain. « Qu'est-ce que la musique ? N'est-elle pas une communication d'âme à âme ? »
H-J.
n’a pas sept ans lorsqu’elle débarque en France, de sa lointaine Corée natale.
Les croyances lui ont révélée un immense destin hors de ses frontières, ses
parents acceptèrent donc cette séparation, ce déchirement. Elle ne parle pas un
mot de français, ne doit pas encore maitriser totalement le coréen, pourtant,
déjà, elle est à l’aise sur un tabouret face à un piano. Peut-on parler de
don ? Probablement. Une bénédiction bienveillante des Dieux et de ses
ancêtres pour illuminer sa vie de silence, de Chopin et de Beethoven. De son
innocence, et d’un esprit pas formaté par le carcan scolaire, elle deviendra
virtuose, grande pianiste qui aura tout à prouver au-delà de sa fougue et de sa
jeunesse.
Je
la suis, solitaire par obligations, déterminée par racines. A Compiègne. A
Rennes. A Paris pour le conservatoire. A Bruxelles. En Suisse. Elle est
européenne, car les pianistes sont tous européens. Ravel, Liszt, Mozart,
Rachmaninov. Ah Rachmaninov, et la passion romantique qui émerveille les yeux
d’une jeune fille. Je l’écoute à travers ses mots.
