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mercredi 8 juin 2022

Sur un Air de Sidney Bechet


Bonjour, je me présente, José. Votre nouveau voisin.
Viens l'ami, moi c'est Guillermo. Rentre, n'hésite pas, j'allais déboucher un bon vin. A deux, c'est bien meilleur. Sens-moi ce bouquet. Que d'arômes dans un verre !
Assieds-toi, fais pas ton timide. Tu aimes le jazz ?
 
Je bredouille un truc, je ne sais plus quoi. D'ailleurs je ne sais même plus pourquoi je suis venu. Certainement pas pour boire un verre, bien que les circonstances en cette fin d'après-midi, chaude et poussiéreuse, s'y prêtent bien. La petite dort, je peux m'octroyer quelques minutes, entre vin et jazz, et oublier que je sui un pauvre type qui a perdu son emploi après la fermeture de l'usine et s'est reconverti par nécessité en père au foyer.  

Avec cet air jovial, le sourire constant, je le hais déjà, ce voisin aussi charmant qu'un danseur de tango argentin. Il me sort toute sa collection de disques, de femmes, de vins. Son truc à lui, ce sont les petits vins de la pampa ou de Loire, les plus beaux sourires, brunes de la pampa aux jambes couleur caramel - ou café, les disques de jazz. Et notamment, toutes les reprises du célèbre morceau de Sidney Bechet, Petite Fleur.

dimanche 16 décembre 2018

Les Tatous


Une guerre éclair entre l’Argentine et l’Angleterre. Et trop loin de chez nous pour que l’on y soit passionné. Toujours est-il que c’est le premier roman argentin qui croise ma route de lecteur "nu-sous-mon-pancho-comme-un-vrai-argentin-de-la-pampa" et aborde la Guerre des Malouines. D’ailleurs qui cela intéresse les Malouines, surtout en plein mois de mai et juin – durée de la pleine guerre – autour de ces petites îles peuplées de quelques autochtones et autres pingouins de l’hémisphère très-au-sud. De la neige, du froid, du vent. L’air est glacial en cette période, les brebis bêlent - surtout quand elles se font prendre par derrière par des bipèdes - et les tatous creusent.

Ils se nomment ainsi, entre eux, les tatous, comme un hommage à l’animal qui creuse son terrier. Eux ils vivent dans une tranchée, à l’abri du vent, du regard et des bombardements. Ils ont creusé également leur terrier, ceux qui ne veulent plus faire la guerre pour la dictature argentine. D’ailleurs, elle va bientôt se terminer cette guerre, et puis faut pas pousser non plus, dans un mois la coupe du monde va avoir lieu, l’Argentine est tenante du titre, restons mesurés dans la démesure politique.

« La peur, la peur c’est pas toujours pareil. La peur change. Il y a peur et peur. La peur de quelque chose – d’une patrouille que tu peux croiser, d’une balle perdue – c’est une chose, mais la peur continue toujours là, qui traîne partout, c’en est une autre. Tu trimballes cette peur, naturelle, constante, tu grimpes péniblement la côte, tu es à bout de souffle, chargé de bidons et de sacs, et une patrouille surgit, et par-dessus la peur que tu trimballes apparaît une autre peur, une peur forte mais toute fine comme un petit clou planté au centre de la blessure… Il y a deux peurs : la peur de quelque chose et la peur de la peur, celle que tu traînes toujours avec toi et dont tu ne pourras jamais te débarrasser à partir du moment où elle s’est installée. »

mercredi 28 novembre 2018

Jim Jones et son petit coin de Paradis

Suis-moi, je t’emmène faire une petite promenade en forêt. Prends ton pack de bières avec, surtout si tu as soif d'aventures, je te promets pas forcément une cueillette de champignons, même hallucinogènes, et pourtant, fais moi confiance, des hallucinations tu vas en avoir... Laisse aussi de côté ton opinel, sors l'artillerie lourde, ton Smith & Wesson ne sera pas de trop, mais mieux vaut trouver un lance-flammes en chemin. Crois-moi tu ne sais pas - peut-être même n'as-tu pas envie de le savoir - ce qui t'attend à Little Heaven, ce petit coin de paradis à la gloire de... Amos Fletcher, un pasteur illuminé qui ressemble à Elvis... (Toute ressemble à Jim Jones ne serait donc pas fortuite)... une secte obscure parquée dans le Nouveau-Mexique.

« Le mal ne meurt jamais ; Il sommeille. »

Mais surtout suis ces trois mercenaires, Minerva, Ebenezer et Micah. Chasseurs de prime en tout genre, mais surtout dans le genre hors-la-loi, l'histoire débute dans les années soixante, ambiance presque western sanglant. Tiens, le "presque" est même de trop, c'est que le Nouveau-Mexique n'est pas une terre d'asile très propice à l'amour de son prochain, sauf si t'es dans une secte. Enfonce-toi dans la forêt, et des bruits bizarres tu percevras. Plus qu'étrange même, cette sensation d'être épié, et ces ombres noires et gigantesques qui bougent entre la pénombre des arbres. Sauf que si tu t'attends à quelques hiboux nocturnes, détrompe-toi... Des loups aux mâchoires acérées, des ours aux griffes affûtées ? C'est plus que ça, des monstres, des entités non répertoriées sur Terre, mais je n'en dis pas plus, je ne voudrais pas - trop - t'effrayer et te dissuader de ce voyage en terre inconnue... Car de western sanglant, l'atmosphère devient western fantastique. J'ai du mal à retrouver mes esprits, respire respire, tu dois être juste en plein cauchemar... alors pourquoi mon cœur bat trois fois plus vite...    


samedi 17 mars 2018

Chroniques Canines



Il était tard hier soir quand je suis sorti du bar, histoire de prendre l’air, respirer la brise nocturne et glaciale, sentir le froid piqué mon visage qu’une barbe de trois jours habillent de ses poils grisonnants. A la lumière d’une lune bleutée ou d’un lampadaire blafard, je ne me souviens plus trop de l’éclairage de la scène, j’ai vu un chien sur trois pattes. Étonnamment, il semblait bien le vivre, il se promenait cahin-caha, une pluie fine venue mouiller ses poils, ça sent le chien mouillé. Je retourne me prendre une nouvelle bière, bien au chaud, dans un intérieur éclairé de néons qui donnent un éclat triste à ma voisine de comptoir, ça sent la chatte mouillée. L’envie de lui offrir un verre, mon lit, ma musique, on va chez elle, lumière tamisée par quelques bougies autour du lit.

« Comme je l'ai déjà dit, la maison où Bill et moi vivions se trouvait à côté des voies de chemin de fer. C'était la ligne des trains de marchandises Missouri-Pacific. C'est Bill qui m'a initié au plaisir de traîner près des voies ferrées. Il aimait marcher le long des rails et rester là des heures interminables. Les rails s'étendaient sur des kilomètres et des kilomètres dans chaque direction et les paysages étaient très apaisants. Le terrain vague autour de la ligne à haute tension peut procurer un sentiment semblable.  […] »