Viens l'ami, moi c'est Guillermo. Rentre, n'hésite pas, j'allais déboucher un bon vin. A deux, c'est bien meilleur. Sens-moi ce bouquet. Que d'arômes dans un verre !
Assieds-toi, fais pas ton timide. Tu aimes le jazz ?
Je bredouille un truc, je ne sais plus quoi. D'ailleurs je ne sais même plus pourquoi je suis venu. Certainement pas pour boire un verre, bien que les circonstances en cette fin d'après-midi, chaude et poussiéreuse, s'y prêtent bien. La petite dort, je peux m'octroyer quelques minutes, entre vin et jazz, et oublier que je sui un pauvre type qui a perdu son emploi après la fermeture de l'usine et s'est reconverti par nécessité en père au foyer.
Avec cet air jovial, le sourire constant, je le hais déjà, ce voisin aussi charmant qu'un danseur de tango argentin. Il me sort toute sa collection de disques, de femmes, de vins. Son truc à lui, ce sont les petits vins de la pampa ou de Loire, les plus beaux sourires, brunes de la pampa aux jambes couleur caramel - ou café, les disques de jazz. Et notamment, toutes les reprises du célèbre morceau de Sidney Bechet, Petite Fleur.


